SCÈNE PREMIÈRE
DOLORÈS, seule.
(Très agitée, quittant la fenêtre, où elle se tenait au lever du rideau et venant en scène.)
L'échafaud ! Le bûcher! La foule sur la place ! Les condamnés bientôt ! . . . C'est affreux !
L'heure passe
Ah! quelle nuit! — Il est sauvé pourtant! Sauvé par dona Rafaële !
Ces bourreaux, en me délivrant, Me l'ont appris!... Sauvé par elle !...
Mais qu'ai-je à redouter de celle Qui va s'ensevelir, vivante, en un couvent?
Quand je l'implore, quand je tremble?... Pourquoi donc tarde-t-il ainsi.
Ah ! fuir à jamais, fuir ensemble, Chercher le repos loin d'ici ; M'arracher enfin à moi-même, Fuir mon crime, ne plus rien voir, Oublier tout, hormis qu'il m'aime,
Le voilà, mon rêve suprême, Le voilà, mon plus cher espoir!
Karloo, mon adoré, pour le garder, je livre
Mon âme criminelle au remords éternel ; ^
Mais dans tes bras du moins que Dieu me laisse vivre;
J'ai bien droit à l'amour, si j'ai perdu le ciel !
(Karloo paraît.) D 0 L 0 R E S, avec joie, courant à lui.
Toi!
KARLOO, contenu.
Madame!
DOLORÈS
Ah! parle ! Que je t'écoule!
J'oublie et mon effroi Et mon terrible doute, Puisque tu me reviens, tout à moi, rien qu'à moi !
KARLOO, très ému.
Ne parlez pas ainsi, quand déjà la mort touche
Celui-là qui nous eût à bon droit condamnés,
Ce cœur,.., ce cœur divin,... qui nous a pardonnes
DOLORES, avec une explosion de joie.
Il nous a pardonnes !
KARLOO.
Hélas! âme farouche, Ce pardon nous impose un austère devoir.
(Après un silence, gravement.)
Adieu, madame.