ACTE PREMIER
JONAS. (Que madame Jonas monte dans ma chambre, tout de suite! j'ai à lui parler!» (Rires des soldats.) J’ai fait semblant de ne pas l’entendre!… Il a sonné plus fort! je me suis fâchél!.. et, là-dessus, querelle! Mais, dame, il aura toujours le dernier avec sa trompette!—Gredin, va, si je pouvais te répondre avec mes cloches!..
VARGAS. A propos de cloches, précisément, maître Jonas, je vois ici que vous êtes fort mal noté.
JowAs. Moi, Seigneur Dieu!
VArRGAS. Oui, pour vos opinions.
Jonas. Je n’en ai jamais eu d’autres que celles de mon clocher!
VARGAS. Précisément! Il est suspect, votre clocher!
Jonas. Mon carillon?
VarGas. Votre carillon est signalé comme partisan des rebelles!
Jonas. Il ne dit rien!
VARGAS. Parce qu’il ne peut rien dire; mais tout le monde sait bien que, s’il n’était pas bâillonné, il ne sonnerait que des airs flamands: c’est-à-dire hostiles au
| Roi!
Jonas. Mais!
NorrRcaARMES (durement). Assez! Combien avezvous de cloches au beffroi?
Jonas (intimidé). Trois, Monseigneur: le gros bourdon, qui s’appelle Roland, Jacqueline et la petite Jeanneton; ces deux-là pour les jours de fête! quand on s’amusait !
Dezrio. On vous a commandé de supprimer toute corde qui pouvait les mettre en branle.
Jonas. C’est fait; on a même rompu les marches de l’escalier jusqu’au premier étage!
NoïrcARMES. Bon! mais cela ne suffit pas! On vous a commandé aussi de transformer tous les airs flamands du carillon en chansonnettes espagnoles; —est-ce fait?
Jonas. J'y travaille, Monseigneur; mais les cloches, ça ne change pas d’opinion si vite que ça! ça a la tête dure...
VARGASs. Je crois que ce drôle nous raille!
Dezrio (bas). Oui; mais il n’y a que lui dans toute la ville pour cette besogne-là! Nous le pendrons plus tard!
NorrcARMES. Maître sonneur.. vous avez quarantehuit heures pour transformer votre beffroi flamand en bon clocher espagnol. fidèle au Roi et à l’Église! Tenez-vous-le pour dit. Et allez!
(Jonas va pour sortir.)
VARGAS. Un mot encore! Vous parliez tout à l’heure, l'ami, du temps où l’on s’amusait.… Nous sommes au mardi gras... c’est le moment d’être gai!
JONAS. Dame, c’est que...
VARGAS. Comment, drôle, quand vous viviez ici dans le désordre et l’anarchie, ce n'étaient que fêtes et carrousels. et maintenant que la ville regorge de soldats pour y entretenir le bon ordre. vous affectez d’être lugubres!.. Pas un masque dans les rues. un jour comme celui-ci! pas même un ivrogne!.….
JONAS (montrant Cortadilla). Ah! pardon! il y a le clairon!.…
(Rires.)
NorrcARMES. Eh bien, justement! Clairon Cortadilla, vous allez donner le bras à ce drôle; vous lui planterez des plumes sur la tête, un masque, n'importe quoi. Et vous irez vous promener avec lui, de cabarets en cabarets, en recrutant le plus de camarades que vous