‹ patrie!Chapitre 13 sur 116 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Rysoor (de même). Pauvre enfant! Et la mère!

La TréMoïLLe. fites-vous marié, monsieur le Comte?

Rysoor. Hélas! oui, Monsieur, à une femme que j'adore!

La TRÉMOÏLLE. Bon courage, Monsieur!

VARGAS. À un autre donc! Dépêchons!… on grelotte!

(Rires des soldats à l'entrée de Jonas.)

Rysoor (inquiet). Ah! le sonneur! Pauvre diable! comment est-il 1à?

NoïRCARMES. Avancez!

(IL prend les papiers des mains de Vargas.)

VARGAS. Injures et sévices envers un soldat.

NorrcARMES (à Jonas). Tu t’appelles Jonas?

JoNAS. Oui, Monseigneur; on m'appelle aussi l’Enflé! .… mais je n’y tiens pas!

(Rires des soldats.)

Dezrio (souriant). Une bonne figure, celui-là!

NoïRcARMES (de même). Oui; qu'est-ce que vous faites, l’ami?

JONAS (enhardi). Dans ce moment-ci, Monseigneur, je fais pas mal de mauvais sang; mais il y à un an, avant l’arrivée de monseigneur le duc d’Albe, j'étais carillonneur à la maison de ville. \

NorrcaArMes. Ah! c’est le carillonneur… bon!

Vous demeurez dans le beffroi?…

JoNAs. Oui, Monseigneur, avec ma femme et mes petits... On m’a laissé le logement, au rez-de-chaussée, quoiqu’on m’ait supprimé le service des cloches et mes appointements!.…

VaRGAs. Oui... Vous logez chez vous le clairon Cortadilla?

(Cortadilla s’avance et fait le salut militaire.)

Jonas. Oui, Monseigneur, j’ai ce désagrément.

VarGAs. Eh bien, le clairon Cortadilla, ici présent, se plaint d’être abreuvé par vous d’humiliations.

Jonas. Pour abreuvé, Monseigneur, il l’est! mais c’est de mon vin! Il a bu toute ma cavel…

(Rires des soldats.)

NorrcARMES. Vous devriez être heureux, maître Jonas! de désaltérer un bon serviteur de Sa Majesté Catholique, affligé d’une infirmité pareille. Car il à le malheur d’être muet, ou à peu près, depuis la bataille de Saint-Quentin.

Jonas. Oui, Monseigneur, il m’a conté cela! une balle qui lui à emporté la moitié de la langue!

NoïrrcARMES. Eh bien, alors?

Jonas. Ah! c’est un bien malheureux accident! Ah! mon Dieu, quel funeste accident! Avant ça, il devait être bavard; mais, à présent, c’est bien pis! Comme on ne comprend plus un traître mot de ce qu’il baragouine, il s'explique avec son clairon. Alors il a des sonneries à lui pour toutes les circonstances de la vie. une pour qu’on se mette à table! une pour demander du potage! une autre pour redemander du vin! et je la connais, celle-là! Enfin, Monseigneur, ce n’est plus une vie! Il rentre à une heure du matin! (/Imitant le clairon, impérieusement.) Ta ra ta ta ta! c’est-à-dire: Ouvrez!» Bon! je me lève! et j'ouvre! Il se couche! Je m’endors!... (Même jeu, tristement.) Ta ra ta ta ta! Il est malade! on se relève, on le soigne. Je n’en dors plus. Encore n'est-ce rien! Mais ne s'est-il pas avisé, ce matin, d’une sonnerie nouvelle! (Même jeu, gaillardement.) Ta ra ta ta tal. Savez-vous ce que cela veut dire?.…

NorrcarMEs. Ça veut dire?

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