‹ patrie!Chapitre 35 sur 116 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

lit où votre mère agonisait de misère? Et depuis... vous avez donc trouvé en moi un mari bien chagrin, bien jaloux et bien incommode, pour que cela m’ait valu votre haïine?

DozorÈs. Eh! Monsieur!

Rysoor. Ah! mon Dieu! fais donc ton devoir d’honnête homme et de bon mari! n’aie donc qu’une pensée constante: le bonheur de cette femme... les plaisirs et les désirs de cette femme, en ne lui demandant qu’un peu d’affection en échange! et rentre chez toi. imbécile!.… voilà ce qui t’accueillel!.. la faute hautaine, impudique et résolue, qui te regarde en face et dit: (Œh bien oui, c’est comme cela! et puis après?» et qui, pour un mot de plus, va te prouver que c’est toi qui es coupable!

Dozorès. Ah! Dieu, oui, c’est vous!

Rysoor. Ah!

DozorÈs. Vous!

Rysoor. Moi!

Docorès. C’est vous!—Vos bontés pour moi... Monsieur... mais je les connais bien... voilà dix ans que mon cœur vous les paye en reconnaissance! Dieu m'est témoin que je suis entrée chez vous honnête fille, et résolue à être honnête femme! My avez-vous aidée? Jamais! Vous avez tué ma reconnaissance par l’ennui!.. et ma tendresse par l'indifférence!

Rysoor. Moi! dont l’amour..

Dozorès (debout et gagnant la gauche). Votre amour! … Ah! parlons de votre amour! Croyez-vous donc que je ne sache pas qui le possède avant moi. votre amour? Ah! je la connais, ma rivale! c’est votre Flandre bien-aimée.. votre Patrie! comme vous dites. La voilà, votre vraie femme, votre maîtresse! le voilà, votre amour! Mais moi... allons donc!

Rysoor. Hélas! il ne vous manque plus que de m'insulter dans la seule croyance qui me reste.

DoLorès. Mais, de bonne foi, Monsieur, voyons. quelle vie m’avez-vous faite. avec cette folle passion qui vous tient pour ce je ne sais quoi que vous appelez la Liberté? Elle est donc bien supportable, mon existence à moi, entre vos voyages suspects. vos sorties du soir et vos repas silencieux, où votre regard cherche dans le vide un but mystérieux qui m’échappe?… Et cependant, je suis là, moi, qui me dis: (Il pense à Elle!» —Ah! Monsieur, vous ne les avez pas comptés, mes jours d’ennui et mes nuits de larmes! vous ne l’avez pas seulement soupçonnée l’horrible solitude d’un cœur ardent qui parle tendresse... et à qui l’on répond: «Patriotisme!..» Et qu'est-ce que cela me fait, à moi, que les Pays-Bas soient libres? Je suis femme! et ma Patrie à moi, c’est l’Amour!-—S$i vous aviez fait pour celle-là le quart de ce que vous faites pour l’autre... nous ne serions, ni vous ni moi, Où nous en sommes...

Rysoor. Ah! je ne cherche même pas à vous faire comprendre que ce n’est qu’une seule et même cause!

Doors. Non, je ne comprendrais pas, je l’avouel!.…

Rysoor. Mais vous êtes bien la digne fille de cette race damnée qui nous dévore!—Ah! Espagne maudite! Espagne égoïste et féroce, voilà bien ton sang!

DoLorès. Vous avez raison! Nos deux races ne sont pas faites pour s'unir! mais pour se déchirer l’une l’autre! Il ne fallait donc pas m’épouser!—Je n'aurais pas, moi, Espagnole, catholique, et qui m’en vantel…. un mari flamand! un mari rebelle! un mari apostat, renégat et parjure!

Rysoor. Qu'en savez-vous?

Dororès. Qu'importe à présent! Finissons-en! (Elle

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