‹ patrie!Chapitre 81 sur 116 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ALBE. Madame, écoutez-moi bien! Si un autre que vous osait me parler ainsi. il ne sortirait pas d’ici vivant! mais vous avez, en effet, rendu un grand service à Sa Majesté!

DoLorÈs. A vous...

ALBE. À moi? soit! Et la preuve que je m’en souviens... c’est que vous êtes encore là!

DozorÈs. Ah! il ne vous manqueraiït plus que de me faire arrêter!

ALBE. Pourquoi pas?

DoLorÈs. Vous êtes bien sanguinaire, monsieur le Duc, mais vous ne l’oseriez pas!

ALBE. Peut-êtreMaintenant!... puisque nous parlons honneur, où je ne permets à personne de me reprendre. jamais! entendez-vous bien, je ne vous ai promis le salut de cet homme... jamais!

DoLorès. Et ce n’était pas me le promettre que de m'encourager à trahir pour lui tous les autres? et le premier de tous, vous savez qui?

ALBE. Voilà bien ce qui vous condamne! c’est que vous plaidiez ici pour votre amant, quand vous devriez tomber à mes pieds pour votre mari!

DoLorËs. Ah! c’est horrible! je le sais mieux que vous! mais c’est bien à vous de m’en faire une injure! Vous seriez, ce matin, traîné par les ruisseaux de la ville, une corde au cou. (Mouvement du Duc.) Allons! .… vous savez bien que c’est là ce qui vous attendait... si je n'étais une épouse indigne et une femme folle d'amour! et vous êtes bien le complice de mon crime, vous qui en profitez!

ALBE. Ah!

Dozorès. Et seul! car il en profite seul, cet homme!

Allons, monsieur le Duc, ne faisons pas d’hypocrisie

l’un devant l’autre! Nous nous valons bien tous les deux, allez! C’est épouvantable, ce que j'ai fait, cette nuit, de surprendre le secret de ces malheureux pour vous le vendre! mais c’est bien atroce aussi, avouez-le, de les prendre à coup sûr dans vos filets, pour boire leur sang tout à l’heure en place publique! Passion pour passion! vous avez le despotisme!... j'ai l’adultère! Nous sommes aussi méprisables l’un que l’autre. et nous trempons dans le même assassinat? Seulement, moi, je dénonce! vous, vous égorgez!….. je suis plus lâche! et vous plus féroce! voilà toute la différence!

ALBE. Madame, prenez garde!

Dozorès. Si, je me trompe, vous êtes aussi plus habile: car tout le butin vous reste! Eh bien, non! je veux ma part! Et, si vous ne me la donnez pas. je crierai partout que le duc d’Albe est un lâche. qui vous met le poignard à la main, et qui, le coup fait, vous refuse le salaire!

ALBE (avec rage). Ahl... vous voulez donc...?

Dozorès (folle). Je veux ma part! je la veux! Ah! je vous aurai sauvé, vous et votre armée! Ah! je vous aurai livré, pieds et poings liés, trois millions d’âmes!... et vous me refusez la vie d’un seul homme!— Allons, Monseigneur! c’est de la démence! Un seul hommel. Voyons! donnez-le donc! payez donc!

que nous soyons quittes!…

ALBE. Nous le sommes!—Ce n’est pas à lui que je donne la vie! c’est à vous, que je viens, en vous écoutant, de condamner trois fois à mort!

Dozorès. Moi!

ALBE (hors de lui, éclatant). Allez-vous-en! allez-vousen! allez-vous-en!... cet homme mourra!.…. et si vous dites un mot de plus... (Montrant la chambre de la question.) je le fais mettre à la torture.

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