‹ patrie!Chapitre 9 sur 116 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Rysoor. Patience! le temps est proche. La rébellion couve dans les provinces hautes. Presque toutes les côtes sont à nous. Guillaume de la Marck est entré dans le port de la Brielle.. La province d’Utrecht refuse l'impôt et s’arme en silence. Écrasé de dettes, à bout de ressources, dépouillé par les pirates anglais des subsides qu’il attendait d’Espagne, le Duc vient de lever un nouvel impôt du dixième denier, qui fait courir, dans les Pays-Bas, un frisson d’horreur et de haine: car c’est la ruine de toute la nation!—Que le prince d’Orange, notre sauveur, notre dieu, répare l’échec de Jemmingen, et batte une seule fois les Espagnols... la révolte éclate, les enveloppe et les dévore!..

La TrÉMoïLLE. Monsieur le Comte, gardez-moi ma part!

Rysoor. Hélas! Monsieur, vivrai-je jusque-là?.… (Tambours au loin.) Ces tambours pourraient bien nous annoncer M. le Grand Prévôt et ses dignes acolytes!

(IL regagne la droite.)

LA TRÉMoïLLE (le suivant). Et c’est ce Grand Prévôtlà qui va décider de notre sort?

Rysoor. Oui. Noircarmes, une sorte de brute, qui, par ses exploits, à mérité le surnom de Boucher! Avec lui, Delrio, un fanatique imbécile, plus bête que méchant, et Vargas, le secrétaire du conseil, un sinistre coquin chassé d’Espagne pour le viol d’une jeune fille dont il était le tuteur, et qui travaille à s’enrichir ici par la confiscation et le vol.

LA TréMoïzze. Et, de ces trois faquins, aucun, je l'espère, n’est gentilhomme?

Rysoor. Non.

LA TRrÉMoïLLE. A la bonne heure!—Je leur parlerai comme il faut! (Les tambours se rapprochent.)

Rysoor. Les voici, monsieur le Marquis; ceci est peut-être notre dernière heure.—Voulez-vous me permettre de vous donner un bon conseil?

La Trémoïzze. Dites que je vous en prie.

Rysoor. Si l’on vous interroge sur vos croyances religieuses, cachez bien que vous tenez pour Calvin! Il y va peut-être de la tête.

La TréMoïzze. Monsieur le Comte, si je vous par nais le même conseil, seriez-vous homme à le suivre?

Rysoor. Non!

La TréMmoïzze. Alors, trouvez bon que je vous imite en toute chose. assuré que c’est le vrai moyen de faire mon devoir!

Rysoor (lui tendant la main). Vous avez raison, Monsieur. Que Dieu vous protège!

La TréMoïzze. Et qu’il vous sauve!

(Tambours battant aux champs dans la rue.— Tous les soldats, ribaudes, etc., rentrent en scène, se rangent à l’arrivée du tribunal, grimpent sur les bancs, les meubles, les charrettes, etc.—On ne voit partout que soldats accourus, qui ne laissent libre que le milieu de la scène.)

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