‹ PatrologieChapitre 13 sur 143 · LES APOLOGISTES GRECS. — TATIEN L ASSYRIEN. H · texte numérisé non relu

LES APOLOGISTES GRECS. — TATIEN L ASSYRIEN. H

'( la doctrine d'un homme devenu Dieu, » Tatien oppose les absurdités et les platitudes de la mythologie : il dépeint les immoralités du théâtre et les cruautés du cirque, rappelle les querelles des philosophes, les vanteries des rhéteurs (ch. xxixxvi), la futilité des formes tant exaltées du style attique, du syllogisme , la contradiction de leurs lois (ch. xxi-xxvm). « Ouvrez les yeux sur votre folie, avant de songer à celle des autres ; il est vrai, votre langue est cultivée, mais vos opinions sont insensées » (ch. xiv).

« Je ne veux point régner, dit-il, je ne pense pas à m'enrichir; je repousse les honneurs du commandement; je hais la fornication ; je ne me mettrai point en mer par motif d'avarice; je n'aspire point aux couronnes des athlètes ; je suis exempt de la manie de la gloire; je méprise la mort; je suis supérieur à toutes les maladies ; la tristesse ne me consume pas l'àme. Esclave, je supporte patiemment la servitude ; hbre, je ne me vante pas de ma liberté. L'empereur m'ordonne-t-il de payer le tribut? je suis prêt. Le maître veut-il que je le serve? je reconnais mon devoir. L'homme veut être honoré humainement. Dieu seul doit être craint. Si quelqu'un me commandait de le renier, alors seulement je n'obéirais

point; je mourrais plutôt pour iiètre ni menteur, ni ingrat

Pourquoi vouloir me persuader de dissimuler ma profession? Et toi, qui te vantes de ne pas craindre la mort, pourquoi m'engager à la fuir par des moyens honteux ? »

Tatien fait preuve d'un vi'ai courage en s'élevant contre les philosophes, car ils étaient tout-puissants à la cour d'un prince qui se piquait de philosophie. « Qu'est-ce que vos philosophes, dit-il, ont de si merveilleux et de si grands? Ils découvrent négligemment une de leurs épaules, se font venir de grands cheveux, une longue barbe et portent des ongles comme des griffes de bêtes. Ils publient qu'ils n'ont besoin de personne ; cependant il leur faut un corroyeur pour leur besace, un tailleur pour leur habit, un tom'iieur pour leur bâton, des gens riches et un bon cuisinier pour leur gourmandise. Toi, cynique, pareil à l'animal auquel tu dois ton nom, tu aboies efï'rontément devant tout le monde, comme si tu n'avais besoin de rien ; cependant si on manque de te donner, tu te venges toi-même, tu charges d'injures les riches et fais de la philosophie un métier. Te déclares-tu partisan de Platon, aussitôt un sophiste

épicurien te résiste en face. Veux-tu suivre Aristote, tu seras en butte aux invectives du disciple de Démocrite. Pythagore, héritier de la doctrine de Phérécyde, assure qu'il a été Euphorbe; mais Aristote combat l'immortalité de l'âme. Et toutefois, divisés ainsi entre vous par tant d'opinions contraires, vous osez nous attaquer, nous qui n'avons pour ainsi dire qu'un esprit et une langue. Tel parmi vous prétend que Dieu est un corps, moi je crois qu'il est incorporel; tel, que l'univers est indissoluble; moi, qu'il se dissoudra un jour; tel, que l'incendie de l'univers arrivera plusieurs fois ; moi, qu'il n'arrivera qu'une seule ; tel, que les juges des âmes sont Minos et Rhadamanthe ; moi, que c'est Dieu même ; tel, que l'âme seule est douée d'immortalité ; moi, que le corps même y aura part. En quoi donc, ô Hellènes, vous faisons-nous tort? Pourquoi, nous qui suivons la raison de Dieu, nous haïssez-vous comme les plus scélérats des hommes !

» Quant à votre tentative pour allégoriser les dieux, ce n'est autre chose que leur destruction. Après avoir observé tout cela parmi vous, à quoi j'ajoute encore la diversité des lois, au lieu d'une loi unique, je ne pouvais pas servir plus longtemps l'erreur et favoriser l'immoralité: je vous tourne le dos, sans me laisser séduire par l'atticisme du style et la vraisemblance des syllogismes de la philosophie.

» Tandis que je cherchais, des livres barbares '^lAncien Testament) me tombèrent comme par hasard entre les mains, beaucoup trop anciens et divins pour qu'on puisse les comparer avec la doctrine et les erreurs des Grecs. Ce qui me détermina à leur donner créance, ce fut la simplicité du style, le naturel de la narration, l'explication intelligible de la création du monde, la prévision de l'avenir, l'excellence des doctrines, et l'empire qu'on y voit exercé sur toutes choses. C'est ainsi que mon esprit reçut un enseignement divin, que je reconnus que votre doctrine conduit à la damnation, que celleci, au contraire, abolit l'esclavage dans le monde, nous affranchit d'une multitude de maîtres, nous délivre d'une foule innombrables de tyrans, et qu'enfin elle nous apporte un présent que nous avions déjà, il est vrai, mais dont l'erreur nous empêchait de jouir » (ch. xxvni-xxixl.

Tatien prouve ensuite par l'histoire que la sagesse des chrétiens est beaucoup plus ancienne que celle des Grecs, car

LES APOLOGISTES GRECS. — TATIEN LASSYRIEN. iSt

Moïse est antérieur à tous leurs écrivains, y compris Homère fch. xxxi-XLi). Philosopher chez les chrétiens n'est pas seulement le privilège des riches, les mendiants eux-mêmes y reçoivent gratuitement l'instruction (ch. xxxi).

Ce discours, presque toujours orthodoxe, pronostique cependant les erreurs que Tatien devait professer dans la suite.

Doctrines et opinions particulières de Tatien.

1 . C'est au chapitre cinquième de son Discours que Tatien parle le plus longuement de Dieu et du Verbe divin ; mais, outre qu'il n'est pas toujours clair, on reconnaît visiblement l'influence des idées de Philon sur le /oyo; hSi.âeizoç et Tzoofopt-Mi. « Dieu était au commencement quand rien n'existait encore ; et le commencement des choses, comme la foi nous l'a enseigné, c'est la force du Verbe. Le Maitre de toutes choses, principe de tout ce qui est, était, avant la création du monde, absolument seul. Mais tous les êtres en puissance, tant visibles qu'invisibles, ayant en lui leur fondement, ils existaient déjà en Dieu, d'une certaine manière, par la vertu du Verbe. Dieu donc, de même que le Verbe qui était en lui, existait dès le commencement. Cependant le Verbe sortit dehors par la volonté du Dieu simple ; mais au lieu de se perdre dans le vide (comme une parole humaine), il devint le premier ouvrage du Père. Son incarnation fut non une séparation, mais une participation. » Tatien enseigne positivement l'incarnation du Fils de Dieu, lorsqu'il dit que « Dieu est né sous une forme humaine » [Orat., c. xxi), et lorsqu'il rappelle aux Grecs qui se moquaient de cette doctrine les fables insoutenables de leur théodicée.

2. Sur le monde, Tatien enseigne, contrairement à Platon, « qu'il n'est pas comme Dieu sans commencement, par conséquent qu'il n'a pas la même puissance que Dieu. Il a été créé, et il ne l'a été que par le Créateur de toutes choses » (ch. v).

3. Dans l'anthropologie, Tatien frise souvent le gnosticisme, bien qu'il admette la création de la matière et la liberté de l'homme, et qu'il fasse dériver l'origine du mal de la liberté de la créature : « Nous ne sommes pas nés pour mourir, ditil, mais nous mourons par notre faute. Le libre arbitre nous a corrompus ; libres, nous sommes devenus esclaves ; nous avons

122 FATROLOGIE.

été corrompus par notre faute. Rien de mauvais n a été créé de Dieu; cest nous-mêmes qui avons produit le péché. Toutefois, ceux qui l'ont commis peuvent le quitter de nouveau » {Orat., c. x). Tatien enseigne que notre ressemblance avec Dieu ne réside pas dans notre àme telle qu'elle est par nature, mais dans le Saint-Espdt. qui la complète en même temps qu'il lui confère l'immortalité, et transforme Ihomme de psychique en pneumatique [Orat., c. xm). Une autre opinion plus étrange encore, c'est que toute la création matérielle est animée par l'âme du monde ou par l'àme des étoiles. « Il y a des âmes dans les astres, dans les anges, dans les plantes, dans les hommes, dans les animaux, et bien que l'âme soit la même en tous, elle a cependant des différences' » (ch. xu).

4. A propos de la rémission des péchés, Tatien reconnaît que '< celui qui a été vaincu peut vaincre à son tour, en éloignant de lui la cause de la mort, le péché » (c. xxV Nous pouvons l'éloigner par Jésus -Christ, qui nous a enseigné à le faire, et, par sa passion salutaire, nous a rétablis dans la communion du Saint-Esprit (ch. v et xuij.

5. Tatien professe égcdement la résmTection éternelle des corps, et non pas la résurrection temporaire des stoïciens. « Que je sois noyé dans les fleuves, englouti dans la mer, dévoré par les bêtes, je n'en serai pas moins recueilli dans les trésors du Seigneur » (ch. vi).

Cf. Daniel, Tatien, apologiste. Halle, 1838.

§ 23. Athénag^ore.

Voir les Prolégomènes de Maran, Gallandi et Otto (t. Vil); corap. Nolte, dans la Revue théolog. de Viem^e, t. VIII; Héfelé, Appendices à l'histoire de l'Eglise, t. I, p. 60-86.

Nous ignorons absolument les circonstances de la vie d"Âthénagore, et sa qualité de philosophe d'Athènes n'est attestée que par le titre de ses ouvrages manuscrits. Eusèbe et saint Jérôme ne l'ont point connu, et saint Epiphane, De liserés., Lxiv, ne le mentionne que dans un passage d'Athénagore rapporté par MéL>.ode de Tyr. 11 est faux, comme le prétend

» Cf. Sciiwaae, Hisl. da dogrn.. 1 vol.

l.ES APOLOGISTES GRECS. — ATHÉNAdORE. 423

Philippe de Sidètes, qu'il ait été le maître de Clément d'Alexandrie ' .

Son Ambassade pour les cJwétiens (Legatio pro christianis), en trente-sept chapitres, fut présentée aux empereurs Mare- Aurèle et à son fils Commode, en t7() ou 177 ^ Âthénagore commence en demandant pour la religion chrétienne la même tolérance dont les différents cultes jouissent dans le vaste empire romain.

«' Dans votre empire, il est permis à tout le monde, à toutes les nations, de vivre selon leurs lois, de professer tels rites, d'honorer tels dieux qu'il leur plaît, ces rites et ces cérémonies fussent-ils ridicules. — Les Egyptiens vont jusqu'à prendre pour des dieux les chats et les crocodiles. Aux chrétiens seuls il n'est pas permis de professer le nom de chrétiens,, quoique innocents, ni de vivre selon leurs lois, quoique trèssaintes. Contre toutes les règles de l'équité, il suffit de s'appeler de ce nom et de s'avouer chrétien pour être, sans forme ni ordre de jugement, l'objet de la haine publique, pour être maltraité impunément de toutes les manières , dépouillé de ses biens, n'avoir plus aucune sûreté pour sa personne et se trouver dans un péril continuel de la vie.

» Lors donc que nous admirons votre douceur, votre indulgence, votre humanité envers tous les autres, il nous semble incompréhensible que nous, sans avoir commis aucune injustice, mais étant animés envers Dieu et envers votre empire de pensées pieuses et justes, nous soyons chassés, balayés, persécutés, uniquement à cause du nom chrétien.

» Nous osons toutefois défendre publiquement notre cause et vous prier de vous intéresser aussi à nous, afin que nous soyons délivrés des persécutions, des calomniateurs, qui nonseulement nuisent à nos biens , mais souillent et injurient nos pensées et nos actions, attentent même à notre vie. après que nous avons librement renoncé aux richesses.

» Si quelqu'un peut nous convaincre d'un déht quelconque, grave ou léger, nous ne demandons pas à rester impunis : nous exigeons qu'on nous inflige le châtiment le plus dur et le plus terrible. Mais si l'accusation ne tombe que sur notre nom, il vous appartient, pieux et savants dominateurs, de

< Euseb,, Hisl. ecd., lib, V, c. n. — » Voy. les clinp. xviii et xxxviî.

détourner de nous l'injustice, afin que nous puissions aussi vous témoigner notre reconnaissance et nous réjouir d'avoir été enfin délivrés des calomnies, privilège dont chacun jouit dans toute l'étendue de l'empire » (ch. u).

On nous impute trois crimes : l'athéisme, les festins de Thyeste et l'inceste (ch. iii). Les chrétiens ne sont point des athées, car ils honorent un seul Dieu ; s'ils n'en admettent pas plusieurs, c'est qu'ils ont appris de leurs prophètes que cette doctrine était déraisonnable. Ils honorent encore le Fils et le Saint-Esprit, puis les anges eux-mêmes, mais seulement comme des ministres de Dieu (ch. iv-xi). « Quand plusieurs de vos philosophes et de vos poètes, poussés par un besoin irrésistible, ont fait des recherches sur la divinité sans tomber d'accord sur la vérité, lorsque Platon a affirmé que le Créateur était un Dieu non engendré, ces philosophes n'ont point passé pour des athées. Et nous, au contraire, on ne laisse pas de nous appeler ainsi, quoique notre doctrine ait pour garant le témoignage des prophètes, par qui le Saint-Esprit a parlé. Serions-nous soucieux de notre perfection morale si nous ne croyions pas que Dieu est le maître du genre humain » (ch. xii)? La principale cause pour laquelle on accuse les chrétiens d'athéisme , c'est qu'ils n'offrent point de sacrifices d'animaux. Mais il y a quantité de païens qui n'en offrent pas non plus. Du reste, le Créateur et le Père de l'univers n'a pas plus besoin du sang et de la graisse des animaux qu'il n'a besoin de fleurs et de parfums (ch. xui-xvu). Quant à cette objection, que le culte des idoles se rapporte aux dieux euxmêmes, voici comment Athénagore y répond : D'après les théogonies, les dieux ne sont nés qu'après coup ; par conséquent leur théologie tout entière, et plus encore cette opinion qu'ils étaient revêtus d'une forme humaine, n'ont aucun fondement ; de là vient qu'on s'est réfugié dans l'interprétation allégorique et physique (ch. xvui-xxii). Il faut donc attribuer aux démons les effets merveilleux que produisent quelquefois les statues des dieux (ch.xxiii-xxvu). D'autre part, les divinités païennes ne sont que des hommes divinisés (ch. xxvni-xxx).

« Si nous sommes vraiment coupables d'inceste, n'épargnez aucun sexe ; anéantissez-nous jusqu'au dernier, avec nos femmes et nos enfants, si un d'entre nous vit comme les animaux, lesquels ne s'accouplent que lorsque l'instinct les

l.ES APOl.OliîSTES tiHKC.S. — ATHÉNAGORE. l^ri

y porte et à des temps déterminés, et jamais pour le plaisir (ch. m).

» Ce qui nous étonne, c'est que, voulant par là nous rendre odieux au genre humain, ils ne haïssent pas aussi leur Jupiter, accusé d'inceste avec Rhéa, sa mère, et avec Proserpine, sa fille. Quant à nous, nous sommes si loin de violer dans la génération des enfants les lois de la pudeur, de la nature et du sang, qu'il ne nous est pas même permis de regarder une femme avec un mauvais désir. Aussi trouvcrez-vous parmi nous un grand nombre de personnes des deux sexes qui, dans l'espérance d'être plus étroitement unies à Dieu, vivent dans le célibat (ch. xxxi-xxxni).

» Il n'est pas moins facile de repousser la calomnie dont on nous charge, comme si dans nos repas nous mangions de la chair humaine. Quon demande à nos accusateurs s'ils ont vu ce qu'ils avancent; nul ne sera assez impudent pour le dire. Cependant nous avons des esclaves, les uns plus, les autres moins; nous ne pouvons nous cacher d'eux ; toutefois, pas un n'a encore dit ce mensonge contre nous. Comment, en effet, peut-on accuser de tuer et de manger des hommes ceux qui ne peuvent, comme on sait, souffrir la vue d'un homme qu'on fait mourir même justement; d'où vient que nous avons renoncé aux spectacles des gladiateurs. » Déjà auparavant, Athénagore n'avait pas craint de dire : « Jusqu'au jour présent, nul chrétien na encore été convaincu d'un seul crime, et nul chrétien ne peut être un criminel sans mentir à l'Evangile » (ch. xn).

Il termine en adjurant les empereurs de jeter un regard favorable sur les chrétiens, d'autant plus dignes de leurs bonnes grâces qu'ils prient sans cesse pour la prospérité de l'empire.

Athénagore se place constamment sur le terrain de ses adversaires et se plaît à les réfuter par leurs propres principes. Son écrit se distingue par la beauté de l'ordonnance, par la modération, le calme et la franchise.

Dans son ouvrage sur la Résurrection des morts, il réfute les objections élevées contre cette doctrine. Dieu étant la cause de tout ce qui existe, ces objections peuvent se résumer ainsi : ou Dieu ne peut pas ressusciter les morts, ou il n'en a pas la volonté. La première supposition est un non-sens; la seconde

est gratuite, car une telle volonté n'implique rien qui soit injuste ou indigne de Dieu (ch. t-x). Il passe ensuite aux preuves directes : 1 . l'homme ayant été créé en vue de Dieu et pour contempler à jamais ses divines perfections, ne saurait périr tout entier ; ^. la nature de l'homme, composé d'un corps et d'une âme, demande que son corps, détruit par la mort, soit rétabli ; la résurrection des morts a. du reste, de nombreuses analogies dans la natm'e extérieure. 3. Dieu étant juste, il n'est pas convenable que l'àme seule soit récompensée ou punie dans l'autre monde, puisque le corps a participé à toutes ses actions, bonnes ou mauvaises, i. Enfin le but suprême de l'homme n'est ni l'apathie ni les plaisirs sensibles ; il consiste à contempler, dans une autre vie, l'Etre par excellence et à se réjouir à jamais dans sa loi. Or, ce but exige que l'homme soit restauré dans la plénitude de sa nature.

Doctrines et vues particulières d'Athénagore.

1. Dans ces deux traités, Athénagore se rapproche souvent de saint Justin, surtout par son appréciation modérée du paganisme, où il trouve aussi des semences du Yerbe divin : « Vos philosophes qui ont recherché les principes des choses s'accordent tous, à leur insu, à reconnaître l'unité de Dieu... Vos poètes et vos philosophes n'ont que des conjectures et se contredisent > parce qu'au lieu de demander la connaissance de Dieu à Dieu même, chacun a voulu la trouver en soi. Nous, au contraire, outre les raisonnements qui ne produisent qu'une persuasion humaine, nous avons pour garants de nos idées et de nos croyances les prophètes, qui ont parlé de Dieu et des choses divines par l'Esprit divin » {SuppL, ch. vnj.

2. En repoussant l'accusation d'athéisme, Athénagore développe longuement la preuve rationnelle de l'existence et de l'unité de Dieu (ch. viu et ixj, puis il s'écrie : « J'ai donc suffisamment prouvé que nous ne sommes point des athées, nous qui reconnaissons un Dieu incréé, éternel, indivisible, impassible, incompréhensible et immense. 11 y a plus : nous honorons un Fils de Dieu ; mais non à la manière des dieux ridicules de la mythologie ; le Fils de Dieu est le Yerbe du Père en idée et en efficacité, car tout a été fait par lui et sur son modèle, parce que le Père et le Fils sont un. »

LES AI'OLOGISIÎ'.S (iRECS. — ATHKNAGOIU:. 127

Quant au Saint-Esprit, qui agit dans les hommes inspirés, nous disons qu'il est une émanation de Dieu, et qu'en découlant do lui il retourne à lui par réiieelion, comme le rayon du soleil. fl Qui ne sera donc étonné qu'on nous fasse passer pour athées, nous qui reconnaissons Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit, nous qui voyons dans leur uniié la puissance, et dans leur ordre la distinction » (eh. x).

On reconnaît de suite à ce langage avec quel soin Athénagore recherche les meilleures expressions pour établir la doctrine de la sainte Trinité, et combien il est plus heureux que Tatien. Pourfant, il y avait à parler de l'union substantielle du Fils avec le Père un danger sérieux auquel il n'a pas complètement échappé : c'était de considérer le F1ls comme un simple attribut du Père, et le Saint-Esprit comme une émanation de Dieu. Atliénagore comprend très-bien, du reste, l'insuffisance de ses spéculations, et n'attend que de la vie future la connaissance parfaite de ce mystère : « On nous croit pieux (contrairement aux épicuriens), quand nous faisons peu d'estime de cette vie, et que nous aspirons à la vie future uniquement pour connaître Dieu et son Yerbe et la manière dont k Fih est mii au Père, pour savoir ce que c'est que l'Esprit, quelle est la nature de leur union et en quoi ils diffèrent » (ch. xn).

3. En repoussant l'accusation d'athéisme, l'auteur, à l'exemple de saint Justin, parle des anges eu même temps que de la Trinité. « Nous savons aussi que Dieu a créé une légion d'anges et de ministres que le Créateur et l'Ordonnateur de l'univers a distribués et ordonnés par sou Verbe, pour maintenir riiarmonie des éléments dans le ciel, et dans le monde, et dans ce qui s'y trouve » (cb. x). Toutefois l'auteur n'entend pas confondre Dieu avec les créatures, car il enseigne ailleurs que Dieu a créé les anges afin qu'ils veillent sur toutes choses : qu'ils peuvent, comme l'homme, tomber dans le péché, chose impossible à Dieu, comme il est arrivé à quelques-uns, qui sont devenus des démons (ch. xxiv, xxv).

4. C'est à tort qu'on a accusé Athénagore de montauisme : l'expression exagérée d'adultère honnête dont il se sert pour qualifier les secondes noces [vj-Konvr,: ^oi/sta), ch. xxxui , s'exphque par le désir de repousser énergiquement le crime affreux de l'inceste dont on chargeait les chrétiens. Un vrai

montaniste aurait appelé les secondes noces un véritable

adultère, cdfjy^oà. y-oi/jM*.

5. Si l'essai sur la Résurrection des corps n'est pas également réussi dans toutes ses parties, il n'en est pas moins une des plus remarquables expositions de ce dogme si souvent attaqué.

6. Âthénagore est heureux de montrer les merveilleux effets que le christianisme exerce sur la vie humaine, où il se révèle, non par des paroles mais par les œuvres. « On trouve parmi nous , dit-il , un grand nomljre de personnes qui vieillissent dans le céhbat, parce qu'elles espèrent être unies à Dieu d'une façon plus étroite. Si donc nous sommes persuadés que l'état de virginité nous unit plus intimement à Dieu, et que les mauvaises pensées et les mauvais désirs nous en éloignent, combien plus doit-on croire que nous évitons de faire ce dont l'idée seule nous effraie » {Legatio, cap. xxxin).

Page 1