INTRODUCTION A L HISTOIRE DK LA LITTERATURE
Il faut établir aussi la crédibilité des témoins et peser la valeur des témoignages contraires.
§ 6. Editions des écrivains ecelésiasti<iiies. — Leurs collections.
Dès les premiers temps de l'imprimerie, des libraires à la fois entreprenants et doués d'un vaste savoir, Robert et Henri Estienne à Paris, Aldus Manutius à Venise, Froben, Oporin, etc., à Bâle, s'appliquèrent d'abord à reproduire les saintes Ecritures, les classiques grecs et romains, puis les (Euvres des saints Pères. Le célèbre humaniste Désiré Erasme (mort en 1536) prit une part active à l'édition des saints Pères qui fut publiée à Bàle dans le commencement du seizième siècle. Ce fut donc à Bàle que parurent les premières éditions de la plupart des saints Pères : elles étaient loin d'atteindre à la perfection, car elles étaient incomplètes * et la correction laissait à désirer.
Ces éditions furent reléguées au second rang par les travaux des bénédictins réformés de Saint-Maur, des oratoriens ((îallandi), des jésuites (Pétau, Corder, Rader, Gretser, Fronton-le-Duc, Garnier, Chifflet, Sirmond, Hardouin), et des dominicains (Combéfis et Lequien). Grâce aux ressources que ces religieux trouvèrent dans leurs ordres, au zèle persévérant qu'ils déployèrent sur ce terrain, et qui se continue de nos jours, ils surpassèrent tous leurs devanciers. Les excellentes éditions publiées par leurs soins contiennent : 1 . la biographie détaillée des saints Pères; 2. une indication de leurs ou^Tages plus complète, disposée souvent par ordre chronologique et signalant les écrits apocryphes; 3. le résumé de leur doctrine ; 4. l'explication de certains passages difficiles; .j. des tables mieux soignées, car elles sont à la fois alphabétiques et méthodiques : ce sont les seules à consiûter pour les travaux scientifiques. La plupart des éditions originales parurent à Paris et furent réimprimées à Yenise.
* On sait que les premières impressions sorties des célèbres ateliers de Mayence, Strasbourg, Rome, Paris, Venise, Augsbourg et Baie furent appelés Incunables. La plupart des bibliographes terminent à l'an 1500 l'époque des Incunables: quelques-uns cependant retendent jusqu'en 1320, et môme jusqu'en lo36. — Voir sur les Incunables V Encyclopédie de Ersch et Gruber.
■ Cf. Hei'bst, Services rendus à la science par les bénédictins de Saint- Maur et les oratoriens [Theol. Quart. -Schrift, 1833-1835). Ces éditions, toutefois, ont encore bien des défauts; les ouvrages y sont incomplets, et la critique qui a présidé à l'établissement du texte laisse à désirer. (Cf. Ang. Mai, Nova Mblioth. Pair., t. I, p. xvn, et Valarsi dans la préface de son édition des (Euvres de saint Jérôme.)
Outre ces éditions des saints Pères, on a encore publié les collections suivantes :
1. Maxima bibliotheca veterum Patrum et anliquorum scriptonim ecclesiasliconim, etc. Lugd., 1677, 27 vol. in-fol. Le premier volume contient la table des ouvrages réimprimés (les ouvrages grecs ne contiennent que la traduction latine), et un index generalis materiarum. Cette collection s'étend jusqu'au quinzième siècle, et ne renferme que des auteurs d'ouvrages peu volumineux. On doit au bénédictin Le Nourry un Apparatus ad Biblioth. maxim., Lugd., 1703-1715, eu 2 vol., avec de longues et savantes dissertations sur les Pères des quatre premiers siècles.
2. Bibliotlieca veterum Patrum, antiquorumque scriptorum ecclesiasticorum, de Toratorien André Gallandi. Yenet., 1765, 14 vol. in-fol. Cette collection ne renferme également que des œuvres peu étendues ; on y trouve surtout des apologies et un recueil des plus anciennes épigraphes apocryphes. Les ouvrages grecs sont reproduits dans le texte original, avec accompagnement d'une traduction latine, d'excellentes dissertations, de plusieurs corrections de texte, d'explications de passages obscurs et difficiles.
3. J.-S. Assemani Bibliotlieca orientalis démenti no- Vaticana (recueil de morceaux syriaques, arabes, persans, turcs, hébreux et arméniens). Romœ, 1719, 4 vol. in-fol.
4. La plus complète collection des autem*s latins et grecs a paru dans le Cursus complétas Patrologiœ, éd. Migne, Paris, 1843 et suiv. Les Latins commencent à Tertullien et finissent au pape Innocent III, 217 volumes in-4°. Les tomes 218-221 contiennent les tables générales et les tables spéciales. Les Grecs, depuis les Pères apostoliques jusqu'à Photius, occupent 104 volumes de la première série ; la seconde série s'étend jusqu'au quinzième siècle (de Photius à Bessarion, 890-1453), tomes 105-162^ Paris, 1862-1867. La traduction latine mise en regard n'est guère qu'une réimpression des excellents travaux
INTRODUCTION A l'hISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. Il
des bénédictins, dont les tomes et les pages sont indiqués; cependant les éditions nouvelles y sont aussi signalées, et on y trouve des corrections de texte, des dissertations et des éclaircissements ' .
Cette collection des Pères grecs et latins renferme aussi la plupart des morceaux détachés ou des ouvrages récemment découverts appartenant à divers auteurs ecclésiastiques, et reproduits par le théologien anglican Grabe, dans le Spicilegium sanctorum Patrum et haereticorum, dans les Reliquiée sacrœ des deuxième et troisième siècles, de Routh, ainsi que dans les trois collections suivantes du célèbre bibliothécaire du Vatican, Angelo Mai : Scriptorum xieterum nova collectio, Romœ, 1823-1838, 10 vol. in-4-°; Spicilegiwn romanwn, Romse, 1839-18ii, 10 vol. in-8°; Nova Patrum bibliotheca, Romae, 1852 et seq., 7 vol. in-i", et enfm dans le Spicilef/ium Solesme7ise, du bénédictin français DomPitra, Parisiis, 1852 et seq..
< Comme la collecliou grecque, à partir de Photius, manque de tables générales et spéciales, nous donnons ici, d'après le P. Gams, la liste des historiens ecclésiastiques grecs depuis Photius jusqu'à Bessarion (890- 1453), tels qu'ils figurent dans la seconde série de la Palrolocjie grecque de Migne (t. CV-CLXIII, Paris, 1882-1867), soit parce que cette seconde série est encore peu connue, soit parce que ces historiens ne sont pas d'un facile accès.
Tome CV, Paris, 1862, Nicetœ Paphlagonis, qui et David, Nicetse Byzantin! Opéra, S. Joseph) Ihjinnographi, Theognosli monachi , Anonymi Vila S. Nkolaï Studitss (aun. 890-900). — Tome CVI, Andrese, Caesarese archiepiscopi, et Arethse, discip. ejus et successoris. Op. omnia. Acced. Josephi Christiani , Nicephori philoS. Christ., Joannis Geometrœ, Cosmse Vestitoris, Leonis Patricii, Athanasii, Corinth. episc, Scripla vel fragmenta. Opusc. scripturislica, litiirgica, moralia incerlie setatii. Paris, 1863 (ann. 900-915). — Tome CVII, Leonis Sapientis (mort en 971), Opéra omnia, uunc primum in unum corpus collecta. — Tome CVIII, Theophanis Chronographia ; Leonis grammatici, auct. inc. Vila Leonis Arment, Anastasii bibliothecarii historiarum sut temporis qux supers. (990-940). — Tome CIX, Ilislorise byzantinœ scriptorcs post Theophanem, ex edit. Combefisii; ace. Jos. Genesii Historia de rébus constantinopolitanis (ann .81 3-948). — Tome CX, Chronicon Georgii monachi cogn. Hamartoli (ann. 914). — Tome CXI, Nicolaï, Constant, archiep. Epislolae ( ace. Basilii Neopatrensis melrop., Basilii Minimi, Gregorii, Cœsarœ presb., Opusc, vila S. Clemenlis Bulgarorum episcopi ; Moyses Syrus, Theodor. Daphnopata, Nicephorus pr. Constantinop , enfin Eutychii Alexandrin! patriarchœ Annales ad an7ws usque Hejirse islamiticse (ann. 92o-956). — Tomes CXII, CXIII, Paris, 4864, Constantin! Porphyrogeniti (mort en 859) Scripta, nunc primum in unum collecta, 2 vol. — Tomes CXIY-CXVI, Symeonis Logothetse, cognom. Metaphrasta?, Opéra omnia, ascelica, parienetica, canonica, historica, 3 vol. — Tome CXVIIL Leonis diaconi hisloriw , lib. X (ann. 9o9-97o), e recens.; Carol. Ben.
4 vol. Le Spicilegîum Liberianum, de Fr. Liverani, Florent., 1865, n"a pas encore été utilisé dans les collections de Migne. .5. Auctuarium novum fjrseco-latinae Patrum bibliothecœ , Paris, lf548, puis Auctuarium novissimmn bibliothecœ greecorum Patrum, Paris, 1672, ensemble 4 vol. in-fol., par le dominicain Combéfis.
6. Collectio nova Patrum et scriptorum grœcorum, Paris, 1706, 2 vol. in-foL, par le bénédictin Montfaucon.
7. Spicilegium. veterum aliciuot scriptonmi, par le bénédictin L. d'Achéry, Parisiis, 1655-1677, 13 vol. in-4". Nova edit., Paris., 1783, 3 vol. in-fol.
8. Veterum Analecta, de Mabillon, Parisiis, 1675 et seq. , 4 vol. in-8° ; editio 2% 1723, in-fol. Le même, et Mich. Germain : Muséum Italicum, éd. 2% Parisiis, 1721, 25 vol. in-4°.
9. Petr. tloustant, ord. S. Bened., Epistolss rom. Potitificum ab anno Christi 67 ad amium 440. Parisiis, 1721 in-foL Edit.
Hase. Menologium Basilii — jussu éd. —Ace. Hyppolyti Tliebani, Georgidis monachi, etc., Scripta. — Tomes CXVIII, CXIX, Œcumeuii Opéra omnia, juxta edit. parisiensem anni 1631, 2 vol. — Tome CXX, Joannis Xiphilini, Symeonis junioris Opéra. Ace. Joannis Eucîiaitse, Theodori Sconii, etc., Scripta. — Tomes CXXI, CXXII, Gregorii Cedreni mon. (vers. 1037), Compendium histariarum ab 0. C. jusqu'en 1037 ; Joannis ScylitzEe Curapalalse, Michaelis Pselli (mort vers 1110), Opéra, t. II. — Tomes CXXIII-CXXVI, Theophylacti, Bulgar.' archiep. (mort en 1107). Of. quai reperiri pot. omnia. Accedit Marite Bern. de Rubeis Disserlatio (Venet., i vol. in-folio., 17of-). — Tome CXXVII, Nicephori Historia7-um lib. IV. Constantini Manassis Chronicon; Nicolaï, etc.,qu8e supersunt. — Tome CXXVIII-CXXXI. Euthvmii Zigabeni (mort après 1118) Opéra onmia (ed C. F. Matlhœi. Lips.,'l792, 3 vol.). — Tome CXXXII, Theopbanes, Homilias in Evanxjclia dominicalin et fcsta tolius anni, ex editione Francise! Scorsi. — Tome CXXXIII, Cinnami (vers. 1183) Historiariim lib. VII (ann. 1118-1176) ex editione du Gangii ; acced. Arsenii, Lucse CbrysobergcB, etc., qufe supersunt. Par., 1865. — Tomes CXXXV, CXXXVI, Zonarte (mort vers 1130) Opéra omnia. Accedunt Eustathii Tbessalonicensis Scripta. — Tomes CXXXVII, CXXXVIII, Tbeodori Balsamonis (mort en 1205), patriarcbse Antiocb., Opéra omnia, ace. Joannis Zonarse et Aristeni Comment, in canon, sanct. aposl., etc. — Tomes GXXXIX, CXL. Nicelii3 Opéra omnia. Preemittunt. Joelis, Isidori Nicelse Maroniensis, Joannis Gitri, Marci Alexandrin! Scripta, quse supersunt. — Tome GXLI, J. Vecci (mort vers 1285), Op. omnia, quibus nune priumm aecensetur Hefalatio libri Pholii de proccssione Spirittis sancti, edilore et .interprète D' J. Hergenrœtber, etc. — Tome GXLII, Nicepbor! Blemmidœ (vers 1255) Opéra omnia; prsemitt. Gregorii Cyprii , Atbanasii Scripta varii ctrçjumenti. — Tomes GXLIII, GXLVI, Epbrœmus Gbronograplius, Tbeoleptus Pbiladelpbiens. metrop., Georgii Pacliymeraj Hist. Mich. Palseoloqi (ann. 113-1332) et Andronici Palseoloiji, etc.; Theod. Metochita, Mattbeeus Blastares. — Tomes CXLV-GXLVII, Nicephori
INTRODUCTION A t/HISTOIRE BE LA LITTÉRATURE. 13
Schsenemann, Gotting., 1796, iii-8% continué par Thiel. Lips., 1867, sur les manuscrits laissés par Constant.
10. Des éditions portatives d'anciens auteurs ecclésiastiques, reproduites d'après les meilleures éditions, ont été données parOberthur, Opéra Patrum cjrsecorum, grsec. etlat., Wirceb., 1777-1792, 21 vol. in-S" (Justin, Clément d'Alexandrie, Origène); par Richter, Opéra Patrum latinorum, ibid. , 1780-1791 (Cyprien, Arnobe, Firmin Materne, Lactance, Hilaire, Optât de Milève) ; insérés de nos jours dans la Bibliotheca Patrum grœcorum (selecta), Lips., 1826 et seq., par Gersdorff, Bibliotheca Patrum latinorum, Lips., 1826 et seq. Deux ouvrages qui témoignent de l'intérêt que les protestants eux-mêmes attachent à la littérature patristique. Sanctorum Patrum opuscula selecta, éd. Hurter, Soc. Jes., (Eniponte, 1868 et suiv., 24 vol. in-16. On fonde de grandes espérances sur la publication du Corpus scriptorum ecclesiasticorum, par l'Aca-
Callisti Hislorix, lib. XVIII. Prœmitt. Syntagm. Matlhxi Blastaris conlin., et Theoduli monachi Orat. et Epistolœ (1332-1333). — 4 alii Callistus, Nicephorus monaciius, Maximus Planudes. — Tomes CXLVIII, CXLIX, Nicephori Gregorse Byzanlinse historise, lib. XXXVII (ann. 1340); Scripta alia Nicepli. Nilus Cabasilas, Theodor. Meliteniota, Georg. Lapitha (ann. 1349). — Tomes CL, CLI, Gregorii Palmse Opéra omnia, acced. Gregorii Sinaitse, Constantini Armenopiili, Marcarii Chrysocephali, Joannis Calecse, Tlieophanis Nicœni, Xicolai CabasilsB;, Gregorii Acindyni, Barlaami de Seminai-ia, quse supersunt (ann. I343-13o0;. — Tome CLII, Paris., 1866, Manuelis Calecœ Opéra, ace. Joannis Cyparissiotae, Matthsei Cantacuzeni (eximperatoris, mort vers 1380) Opéra omnia, accedit Joann. Palaeologi, etc., Scripta, — Tome CLV, Symeonis Thessalonic. archiep. Opéra omnia. — Tome CL VI, Manuelis II Palseologi (mort en 1423) Opéra omnia, acced. Georgii PhranzEe (mort après 1477) Chronicon; 1239- 1477). — Tome CLVII, Georgii Codini Opéra omnia. Accedit Ducse Historia bijzantina, a Joanne Palœologa, anno Christi 1341 ad ann. 1462. — Tome CLVIII, Michaelis Ghycae (sasc. XII, ant. 13), Opéra omnia. Accédant Josephi patriarchse (mort en 1439 à Florence). Joann. diaconi, etc., Epistolœ. — Tome CLIX, Laonici Chalcocondylœ (1470) Historia de origine atque rébus Turcorum et imperii Grascorum interitu, lib. X, 1298-1462. Accedunt Josepbi Metlionensis (vers. 1439) Scripta, Leonardi Chiensis, Isidori (de Rievo), EpistoLv historicse. — Tome CLX, Genuadii, qui et Georg. Scholarius (vers 1438), Opéra omnia. Accedunt Nicolai V, Gregorii Mammse, Georgii Gemisti Plethonis, Mattheei Camaristse, Marei Ephesimi, Opuscula et epistolse. — Tome CLXI, Bessarionis (mort en 1472) Opéra omnia, accedunt virorum doctorum suppellectili litteraria selecta qusedam. — Tome CLXII, Michaelis apostolici Op. supplcmenta (série d'auteurs du troisième au seizième siècle, la plupart réimprimés sur la Nova bibliotheca du cardinal A. Mai); voir le rapport d'Hergenrœther sur la seconde série de la Patrologie grecque dans Bonner-theolog. Literalur blatl, 1867, p. (337) 440-447.
demie impériale de Viemie. Trois volmnes ont paru depuis 1866 (Sulpice Sévère, Minucius Félix et saint Cyprien).
11. Une traduction allemande des Pères de l'Eglise (et non des auteurs ecclésiastiqu.es) commencée à Kempten en 1831, est parvenue au 37" volume in-8°, et comprend jusqu'à saint Ephrem de Syrie inclusivement. (Sans valeur.)
Déjà précédemment, le protestant Rœsler avait publié, sous le titre de Bibliothèque des Pères de l'Eglise, des extraits traduits en allemand. Ce travail, estimable pour son temps, s'étendait jusqu'aux écrivains qui ont vécu pendant la querelle des iconoclastes, au huitième siècle. Lips., 1776-1786, dix parties. Tout récemment (Ehler a publié en traduction allemandC; avec texte original, un choix des Œuvres des saints Pères sous le titre de : Bibliothèque des saints Pères. Lips., 1858, tome I-IV.
La plupart de ces collections et d'autres encore sont indiquées dans le catalogue de J.-G. Dowling, intitulé : Notitia scriptorum SS. Patnim aliorumque veterum ecclesiasticorum momimentoriim, quœ in collectionibus anecdotorum post annum Christi ilOO in lucem editis continentur. Oxoniae, 1839. (11 y manque le Spicilége d'Ang. Mai, sa Nova Patrwn Bibliotheca, et le Spicilegium Solesmense de Dom Pitra.)
§ 7. Travaux eutrcfiris sur l'histoire Ac la littérature chrétienne.
Les premiers débuts d'une Histoire de la littérature chrétienne, avec de courtes notices biographiques et l'indication des ouvrages des auteurs, se rencontrent :
l.Dans saint Jérôme, natif de Stridon, en Dalmatie (mort en 420) : De viris illustribus, seu catalogus de scriptoribiis ecclesiasticis. L'ou\Tage, divisé en 135 chapitres, contient 135 écrivains ecclésiastiques, commençant par les apôtres Pierre, Jacques le Mineur, etc., et finissant à l'auteur lui-même, saint Jérôme.
Plus tard, sous le même titre ou sous des titres analogues, mais dans le même esprit, cet ouvrage a été successivement continué par Gennade, prêtre de Marseille (vers 490) ; par Isidore, évêque de Séville (636) ; par Ildefonse, archevêque de Tolède (mort en 667); puis, après un long intervalle, par
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llonorius, prêtre d'Autun (mort en 1120), ci Sigebert de Gemblûurs (mort en 1112); par Henri de Gand, en Flandres (mort vers 1293) ; par Pierre, religieux du Mont-Cassin, avec un supplément de Placide ; par Tritlieim, abbé des bénédictins de Sponlieim (entre Trêves et Mayence), et ensuite du couvent des Ecossais de Saint-Jacques, faubourg de Wurzbourg (mort en lolG), et enfin par Le Mire, chanoine de la cathédrale d'Anvers (mort en 1G40) jusqu'au milieu du dix-septième siècle. Au commencement du dix-huitième, saint Jérôme, y compris tous ses continuateurs jusqu'à Le Mire, a été réédité avec des remarques historiques et critiques par Je protestant J.-Alb. Fabricius, professeur au gymnase de Hambourg, sous le litre de : Bibliotheca ecclesiastica. Hamb., 1718, in-fol.
2. Dans l'Eglise grecque, Photius, patriarche de Consiautinople (mort en 891), a rédigé un ouvrage semblable sous le titre de : Mu^stoÇtS/iov r, Bi^ltoOi./.vi, cité ordinairement sous le nom de Photii Bibliotheca. 11 a été édité en grec et en latin par Hœschel et Schott, Rothomagi, 1653, in-fol. ; en grec, par Emmanuel Becker, BeroL, 1824, 2 vol. in-i"; par Migne, série grecque, tomes CIH-CIY. C'est un mélange bigarré de 280 auteurs chrétiens et païens tels qu'on les lisait alors, sans ordre clironologique ; ils sont souvent très-bien caractérisés. On y trouve aussi quantité d'extraits d'auteurs dont la plupart des ouvrages sont aujourd'hui perdus.
3. Un ouvrage qui rentre dans le genre de celui de saint Jérôme a été publié au commencement du dix-septième siècle par le cardinal Bellarmin, sous ce titre : Libei' de scriptoribus ecclesiasticis, depuis les auteurs de l'Ancien Testament jusqu'en 1500, Rome, 1613. 11 a été élaboré et complété par son confrère Labbe. Ou s'en est beaucoup servi et il a eu de nombreuses éditions. Oudin, moine apostat de l'ordre des Prémontrés, l'a complété à son tour dans son Supplementum de scriptoribus ecclesiasticis a Bellarmino omissis, ad annum 1460, Parisiis,
4. Les travaux des bénédictins de Saint-Maur et des autres ordres religieux ayant développé le goût des études patristiques au-delà de toute prévision, les résultats épars des recherches faites par ces savants furent recueillis par N. Le Nom-ry, bénédictin français, dans son Apparatus ad Bibliothecam maximum veterum Patrum, etc., Parisiis, 1703-1715,
2 vol. in-fol. ; — par l'abbé Tricalet, en sa Bibliothèque portative des Pères de l'Eglise, Paris, 1757-1762, 9 vol. in-8°. Cet ouvrage renferme la vie des auteurs, leurs meilleurs écrits, un aperçu dé leur doctrine et des sentences ; — en latin sous ce titre : Tricaletti BibUotheca manualis Ecdesiœ Patrum, Bassani, 1783, 9 vol. ; — par Schramm, bénédictin allemand de Banz : Analysis fidei Operum sanctorum Patrum et scriptorum ecclesiasiicorum, Aug. Yind., 1780-179o, 18 vol. in-8° ; — par un religieux du même monastère. Placide Sprenger : Thésaurus rei patristicœ, seu dissertationes prœstantiores ex^. LeNourry, (jallandi, etc., 3 vol. in-1% \\lrceb., 1782-1791 ; — par Lumper, prieur des bénédictins de Saint-Georges, à Yillingen : Historia theologico-critica de vita, scriptis et doctrina sanctorum Patrum aliorumque scriptorum ecclesiasticorum triumprimorum saecidorum, 13 vol. in-8°, Aug. Yind., 1783-1799. Ce travail d'élaboration, souvent traité avec indépendance, est parfaitement exécuté.
Outre ces divers ouvrages, l'histoire de la littérature chrétienne a suscité, comme l'histoire ecclésiastique, des travaux qui se distinguent surtout par leur caractère' scientifique.
En France.
5. Ellies Dupin, docteur de Sorbonne et professeur de philosophie au Collège royal, a publié une Nouvelle Bibliothèque des auteurs ecclésiastiques , contenant leur biographie, le catalogue, la critique, la chronologie de leurs ouvrages, le sommaire de ce qu'ils renferment, un jugement sur leur style et leur doctrine. On trouve à la fm l'indication des conciles, et, pour quelques siècles, le récit des faits qui intéressent particulièrement l'histoire ecclésiastique jusqu'à son temps (il mourut en 1719). 11 compléta son œuvre par la Bibliothèque des auteurs séparés de la communion de l'Eglise romaine des seizième et dix-septième siècles, continuée jusqu'au dix-neuvième siècle, par l'abbé Gouget, Paris, 1686 et suiv., 3° édit., 1698, 47 vol. in-8°; Amsterdam, 1693-1715, 19 vol. ln-4°. La traduction latine, Paris, 1692 et suiv., 3 vol. in 4°, ne va que jusqu'à saint Augustin et n'est pas exacte. Dupin a fait preuve de talent et de goût, mais il travaillait trop vite et ne portait qu'un médiocre intérêt aux auteurs du moyen âge, dont il
INTRODUCTION A l'hISTOIRE DE LA LITTÉRATURE. il
n avait pas lintelligcnce et qui d'ailleurs souriaient peu aux gallicans. L'oratorien Richard Simon, dans sa Critique de la Bible de M. Dupin (^Paris, 1730, 4 vol. in-i"), a fait une censure outrée des bévues de Dupin sur les anciens auteurs, et particulièrement sur les écrivains de la Bible.
6. Un ouvrage plus complet et plus exact que son devancier, c'est VHistoire générale des auteurs sacrés et ecclésiastiques du bénédictin Remy Ceillier, Paris, 1729-1763, 23 volumes in-i". Ce travail s'étend jusqu'à Innocent III et jusqu'à Guillaume, évèque de Paris (mort en 1244). Les matières sont les mêmes que dans Dupin, avec cette différence, indiquée par l'auteur lui-même, vol. XXIII, p. 11 : « Les analyses des auteurs ecclésiastiques font Vobjet principal de notre ouvrage. » Sa diction est moins agréable que celle de Dupin. La librairie Vives en a donné, en 1860, une nouvelle édition en 15 vol. in-4°, enrichie d'additions et de notes nombreuses, miais qui laissent à désirer.
7. Nous devons également mentionner ici l'ouvrage qu'a pubhé Tillemont sur l'iiistou^e de l'Eglise , sous le titre de Mémoires pour servir à l'Histoire ecclésiastique , ainsi que VHistoire littéraire de la Finance ', par la congrégation des bénédictins, Paris, 1733, 20 vol. in-4°.
8. Caillau a donné une sorte d'aperçu général sous le titre d' Introductio ad sanctorum Patruni lectiones (vita, opéra, prsecipuee editiones, modus concionandi).
9. D'autres ouvrages destinés à un cercle de lecteurs plus étendu ont paru récemment en France : Etudes sur les Pères de l'Eglise, par Charpentier : beaucoup de phrases et peu de fond. — Tableau de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle, par Yillemain : beaucoup de rhétorique aussi, avec une plus grande connaissance des détails. Cours d'éloquence sacrée, Paris, 1857-1868, par l'abbé Freppel, professeur à la Sorbonne, aujom'd'hui évêque d'Angers, 12 vol. Détaillé et attrayant. (Les Pères apostoliques, les apologistes grecs du deuxième siècle : saint Irénée, Tertullien, saint Cyprien, Clément d'Alexandrie, Origène.) Quelques-uns de ces volumes ont eu deux éditions.
^ La maison Victor Palmé, à Paris, en a publié une nouvelle édition en 16 vol. in-4o sous la direction de M. Paulin Paris, de rinstitut.
(Note du traducteur.)
iS PATHOLOGIE.
En Allemagne.
En Allemagne, si l'on excepte les ouvrages de Schramm, Sprenger et Lumper, mentionnés plus haut, les travaux sur la Patrologie ne sont que des compilations de traités particuliers, provoquées par la commission impériale des études de Vienne, tels que :
10. Patrologia ad iisiis academicos, par Wilhelmus Wilhelm; production misérable, Frib. Brisg., 4775, suivie des travaux, également insignifiants, de Tobenz,Yienne, 1779, et de Macaire de Saint-Elie, Gratz, 1781.
11. Winter, dans son Histoire critique des plus anciens témoi?i§ du christianisme, ou Patrologie, Munich, 1784 (sur les trois premiers siècles), a fait un effort vers la critique, mais il est tombé dans l'excès.
12. Les Institutiones patrologicœ de Wiest, Ingolst., 1795, sont très-superficielles. La Bibliographie des Pères de l'Eglise, de Goldwitzer, Landshut, 1828, et sa Patrologie unie à la patrisiique, Nuremb., 1833-1834., 2 vol., sont sans critique et sans valeur.
13. Les ouvrages suivants ne valent pas beaucoup mieux : Manuel de patrologie, par Annegarn, Munster, 1839 ; Manuel de patrologie, par Locherer, Mayence, 1839. Par contre, \Esquisse de l'histoire de la littérature chrétienne, jusqu'à la fin du quinzième siècle, par Busse, Munster, 1828, 2 vol., est utile à consulter. La Patrologia genercdis (1" vol.), et la Patrologia specialis (2° vol.), en deux parties, sur les cinq premiers siècles, de Permaneder, est trop superficielle et trop informe, par conséquent peu utile. Quant au nouveau travail du vicaire Magon, Manuel de patrologie, Ratisb., 1864, 2 vol., il n'atteste aucune connaissance littéraire et scientifique, et est par conséquent rempli de fautes.
Voici les ouvrages les plus marquants pubUés dans ces derniers temps :
14. Patrologie ou Histoire de la littérature chrétiemie, de Mœhler, pubhée par Raithmayr, Ratisb., 1840. Malheureusement, il n'a paru qu'un seul volume, sm* les trois premiers siècles; — Institutiones patrologicœ, par Fessier, Œniponte, 1850-1851, 2 vol., jusqu'à Grégoù-e le Grand; — Esprit de la tradition chrétienne , où l'on essaie de présenter, selon leur