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CONSEILS A SUIVRE. — PRÉCAUTIONS A OBSERVER

Laissez-moi maintenant vous indiquer quelques précautions hygiéniques que vous ferez bien de ne pas négliger pendant votre traitement. C’est encore le résultat de mes séjours prolongés dans cette localité, de mes observations que je vais vous soumettre; vous n’y trouverez rien de scientifique. C’est la routine raisonnée et raisonnable : c’est l’expérience pratique d’une vieille garde-malade qui, ayant longtemps exercé, a beaucoup vu, entendu, appris et retenu.

Sydenham a dit : (( La mode de changer d’habits, suivant les saisons, a tué plus de monde que la poudre à canon. » Méditez ce sage précepte, et faites-en surtout l’application ici. Vos vêtements doivent être très-légers et chauds. Les Eaux-Bonnes étant dans les montagnes, si les journées y sont chaudes, les matinées, les soirées y sont généralement fraîches ; la température atmosphérique est excessivement variable. De plus, une douce transpiration est essentielle pendant le traitement des eaux thermales. Les malades ne doivent donc porter que des vêtements de laine, ne jamais les quitter malgré la chaleur, dans la crainte d’être surpris à l’improviste. Voyez ce type de buveurs d’eau que pour vous j’ai saisi d’après nature. C’est par un de ces temps de demi-brouillard, si fréquents à Bonnes : l’homme a eu soin de revêtir un double vêtement qu’il quittera seulement au retour de l’établissement ; de plus, il garantit sa bouche contre les atteintes possibles d’une humidité redoutable pour les poitrines délicates : la femme, non moins prudente, protège sa gorge par une écharpe épaisse, et sur ses

EAÜX-BONNES.

L’exercice est favorable pourvu qu’il ne soit pas excessif, et qu’on ne reste pas exposé trop longtemps à l’ardeur d’un soleil brûlant. Allez donc à pied, à cheval, ou en voiture ; mais lorsqu’il fait bien chaud, cherchez l’ombre, et

épaules elle a jeté un de ces burnous en étoffe d’hiver qu’ici même en été, et à de certains jours, plus d’une d’entre vous, mes chères lectrices, se félicitera d’avoir apportés avec elle.

évitez la fatigue des longues courses. Ne vous faites point un faux point d’honneur de suivre jusqu’au bout ceux qui, plus forts que vous, oublient votre faiblesse. Que l’exemple de mademoiselle V... vous serve de leçon. Il y a quelques années, cette jeune personne, atteinte d’un commencement de phthisie pulmonaire, partit avec une nombreuse cavalcade pour la cascade du Discoo ; le docteur avait autorisé cette course modérée. Arrivée en cet endroit, au lieu de revenir, la société, entraînée par l’éloquence de quelques dames intrépides, continua sa course jusqu’à la cascade dé Laressec. Mademoiselle V... sentit bien qu’elle allait commettre une imprudence; mais timide et bonne, craignant de nuire aux plaisirs de son frère qui l’accompagnait, elle suivit les autres ; il faisait une chaleur étouffante ; en revenant, elle se sentit défaillir, et pourtant elle cachait le malaise qu’elle éprouvait, pour ne point attrister ses amis. Le temps pressait, on précipita le retour; à peine arrivée, à peine descendue de cheval, au moment où sa mère, inquiète de sa longue absence, allait lui adresser de tendres reproches, mademoiselle V... perdait connaissance, saisie par un vomissement de sang. Peu de jours après s’éteignait cette victime d’une mauvaise honte, car la jeune fdle avait eu la conscience du danger auquel elle s’exposait.

Couchez-vous, levez-vous de bonne heure ; si vous dormez bien, ne restez pas plus de huit heures au lit.

Pour hâter la digestion, les uns après le repas, et après avoir pris les eaux, aiment l’exercice, les autres le repos; rien d’absolu sur ce point : consultez vos habitudes, votre tempérament; on digère très-bien les eaux et le dîner sans se donner de mouvement.

On n’oublie pas à volonté, je le sais ; on ne se commande pas. Pourtant il faut tâcher de prendre le plus possible sur

soi pour chasser tout souvenir pénible. Fuyez surtout ce qu’on appelle ici une distraction, et qui souvent dégénère en un fléau destructeur, je veux parler du Jeu. Le conseil que je donne n’est pas sans restrictions, vous devez le penser, autrement il serait absurde. Si vous êtes sûr de vous, de votre raison, amusez-vous à faire une petite partie avec des amis, cela vous aidera à passer le temps et ne vous fatiguera pas. Mais si, d’un caractère faible, vous vous êtes surpris quelquefois à jouer par passion, par amour du jeu et non par désœuvrement ; oh ! alors, gardez-vous de toucher à une carte ! On se laisse facilement aller à l’entraînement; j’en ai été bien souvent témoin, et plus d’une fois le médecin s’est vu forcé de revenir la nuit, de sa propre autorité, éteindre les bougies et envoyer coucher les joueurs. Le docteur Darralde me le disait : tous ces genslà se tuent; ces irritations violentes du jeu sont autant d’obstacles invincibles à la guérison ; elles suffisent pour hâter d’une manière vraiment étonnante le développement des maladies de poitrine. Pour vous, malades, j’aimerais mieux vous voir revenir d’une excursion, mouillés jusqu’aux os, quoique ce soit fort mauvais, que de vous apercevoir assis à une table où l’on joue gros jeu.

Quand on vient de boire, si on sent que l’exercice produit un bon effet (et on en est soi-même le meilleur juge), il faut se promener, ne pas rester seul, causer avec les personnes que l’on connaît, et s’occuper de toute autre chose que des eaux qu’on vient de prendre. Si vous êtes faible, si vous pensez que la promenade pourrait vous fatiguer, n’allez pas vous enfermer tristement dans votre chambre, ne cherchez pas pour vous asseoir un endroit isolé, domptez votre sauvagerie. A Carlsbad, l’administration locale a établi près de la buvette un orchestre com-

plet ; c’est au son des instruments que les buveurs assis, ou tout en se promenant, laissent passer les eaux. Ici, l’administration a, par ma foi, bien d’autres galanteries à nous faire avant celle-là; remplaçons cette distraction qui nous manque, par des causeries, par des cancans, par des médisances même ; mais gardons-nous des calomnies, vilain péché dans lequel on tombe bien souvent, et qui serait capable pourtant de gâter tout l’effet des eaux.

Si vous êtes trop faible pour aller à la source, s’il pleut, s’il fait froid, ou s’il y a du brouillard, envoyez chercher votre eau dans une bouteille de grès, qu’on bouchera bien, qu’on enveloppera d’une flanelle chauffée ; l’eau transportée dans ces conditions sera aussi efficace que si vous l’aviez bue à la source même.

C’est ordinairement le matin, qu’il faut aller au bain; c’est plus hygiénique d’abord, et plus commode ensuite, cette partie du traitement, pour ceux qui y sont soumis, étant la plus assujettissante, il est bon de l’avoir accomplie avant déjeuner, afin d’être libre ensuite toute l’aprèsmidi, jusqu’à l’heure du second ou du troisième verre d’eau, qui se prend habituellement vers trois ou quatre heures du soir. On peut se baigner nu, ou avec une chemise de laine qui met à l’abri du froid la portion du corps qui n’est pas dans l’eau. Pendant la durée du bain, tâchez aussi de causer avec quelqu’un ; lisez un ouvrage amusant ; essayez de vous distraire et de ne songer ni à votre état de maladie, ni à votre traitement. Dans les divers établissements thermaux, on a remarqué que le bain en commun, dans une vaste piscine, agit plus favorablement que celui pris dans un cabinet particulier. Faites-vous apporter et buvez votre eau dans le bain, l’estomac doucement échauffé la digérera mieux. Pour le temps que vous devrez y rester.

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ayez soin de consulter votre docteur. C’est un point important du traitement. Un séjour trop prolbngé dans l’eau a quelquefois fait cracher le sang. Ne vous couchez après votre hain que si la nuit a été agitée ; si vous vous sentez fatigué, efforcez-vous, au contraire, de chasser le sommeil, qui nuit souvent à l’action des eaux.

Ne vous tourmentez pas si, pendant le temps de votre saison, vous éprouvez une sorte d’ahattement ; ce n’est pas une faiblesse réelle ; cela provient d’une excitation des organes, nécessaire à la guérison même. Il vous arrivera peut-être de ressentir des coliques passagères, quelques pincements, d’éprouver un peu de malaise sans cause apparente, tant mieux ; car c’est là un signe à peu près certain que les eaux vous éprouvent, et ont dès ce moment sur vous une action qui ne pe,ut manquer plus tard d’être efficace. N’allez pas vous aviser de les accuser, de crier après elles... Quand ces petits accidents se présenteront, et que vous n’aui’ez pas le docteur sous la main pour le consulter, prenez tranquillement un ou deux hains de santé, surtout si vous ne faites que boire et n’ôtes pas au régime des bains minéraux. Tous ces petits symptômes qui vous auront alarmé disparaîtront comme par enchantement. — En relisant les paragraphes qui précèdent relatifs aux Bains, je m’aperçois que ce mot et quelques autres reviennent bien souvent. Avec un peu de travail, j’aurais sans doute réussi à effacer certaines de ces répétitions. Mais à quoi bon ces coquetteries de style pour des descriptions purement techniques? D’ailleurs, je trouve une excuse et un exemple dans Carême que je relisais ce matin même. Dans une seule page, il répète plus de cinquante fois : beurre et fines herbes. Ne soyez donc pas plus sévère avec moi, pour ces mots bains et eaw trop souvent répétés, que vous ne le seriez

avec le grand Carême pour ses expressions de beurre et fines herbes.

En arrivant, perdez une fausse idée qu’on vous aura peut-être donnée. On vous aura dit : Vous prendrez une, deux saisons; chacune de ces saisons sera d’un certain nombre de jours. Il n’y a rien de tout cela ici. Pour les maladies chroniques, il faut quelquefois deux mois et plus. J’ai vu souvent interrompre, recommencer, suspendre l’usage des eaux. Le médecin est juge souverain des alternatives que devra subir votre traitement. Trois années de suite, une dame de ma connaissance est restée aux Eaux- Bonnes pendant près de quatre mois. Pour d’autres, vingt ou vingt-cinq jours étaient suffisants : il n’y a donc sur ce point rien d’absolu.

Quand votre temps sera fini, ne vous pressez pas de partir ; restez pour vous reposer deux ou trois jours; ne vous en allez pas, autant que possible, d’une seule traite, des Eaux-Bonnes chez vous. Ayez soin, avant de partir, de demander à votre médecin une consultation écrite, sorte de bulletin de votre santé, et du traitement qu’il vous aura fait suivre pendant votre séjour : votre docteur habituel, quand vous serez de retour, y trouvera, sans nul doute, des renseignements précieux pour sa médication ultérieure. Quant aux malades un peu maltraités, qu’ils ne se fassent pas tirer l’oreille pour rester à Pau si la Faculté leur en donne le conseil. Sur ce geni’e de prescriptions, MM. les médecins de Bonnes n’ont pas besoin d’être combattus, ni arrêtés ; je sais qu’il faut plutôt, au contraire, les pousser dans cette voie, et je leur dirai même franchement qu’ils n’ont pas toujours le courage de roidir leur opinion contre les obstacles et les répugrances qu’on leur oppose. Croyez-vous, par hasard, que la maladie va se prêter de bien bonne

grâce à toutes vos petites combinaisons de commodo et incommodo? Essayez-en, et vous m’en direz de... ti’istes nouvelles ; OU plutôt, soyez raisonnable, et faites comme une personne que j’accompagnais ici, et qui n’a pas murmuré, quand, pour la troisième année de suite, on lui commandait de rester à Pau. Aujourd’hui elle n’a qu’à s’applaudir de sa résignation, et si elle eût voulu agir autrement, qui sait ce qu’il en fût advènu!... Pour le surplus, je vous renvoie à mon chapitre relatif au séjour à Pau.

itTABLISSEMENT THERMAL. — CHAPELLE.

Dans les chapitres précédents, il s’agissait de votre santé, des précautions qu’elle exige ; mon allure a dû être, et elle a été, sérieuse, doctorale même.parfois. Quittons ce ton de circonstance; je vais vous faire faire une petite visite à l’établissement thermal et à la chapelle. C’est là que vous chercherez les secours de la terre et du ciel. Ils ne vous manqueront pas, recevez-en l’assurance.

Après cette petite formalité de politesse pour ces deux puissances du lieu, je n’aurai plus qu’à m’occuper des plaisirs, des promenades, des distractions que peut vous | offrir ce petit coin de verdure et de pierres, perdu dans la ; montagne. Je serai ingénieux à ne rien oublier.

Commençons par l’établissement; il est sur notre chemin ; d’ailleurs il vaudra mieux finir par la demeure de ; celui qui, à son gré, rend forte ou paralyse la science hu- i maine. Nous nous agenouillerons aux pieds de la statue de la Vierge, cette divine messagère, qui porte là-haut les ■ larmes, les prières j et en rapporte les consolations et l’espérance, Nous l’invoquerons, vous pour les vôtres et pour ■ VOUS; moi pour les miens. !

Établissement thermal. — A l’extrémité du village, à gauche, en suivant la grande rue, est situé l’établissement. Son architecture simple et élégante tout à la fois, '

convient parfaitement à un monument de cette nature. |

Sa façade principale donne sur la rue. Il est à regretter que, pour la voir, on soit obligé de se placer dans une impasse, devant laquelle il est élevé, ou de monter à quelques centaines de pied en l’air, comme il m’a fallu le faire

pour que mon dessin vous permît d’en juger l’ensemble. Une de ses faces latérales donnait sur une promenade à laquelle on descendait par un escalier composé de six

marches. Dans le principe, on voyait sur ce terrain d’horribles bicoques appartenant à la commune : elles furent abattues, et de cet emplacement on avait fait un promenoir planté d’arbres, qui était pour les malades d’une utilité inappréciable.

Au lieu d’améliorer ce qu’on avait eu tant de peine à créer, et comme si les promenades de plain-pied étaient

trop nombreuses en ce pays, on s’est empressé de détruire ce promenoir de regrettable mémoire. Sous prétexte de salles de bains de pieds et d’inhalation, on a construit en cet-endroit une sorte de blockaus, épais massif de maçonnerie, sans formes ni élégance, qui s’appuie d’un côté au flanc du rocher et de l’autre au parapet de la rue avec lequel il fait corps. C’est non-seulement une faute de goût qui a été commise, c’est un vrai crime d’avoir privé les buveurs de cette petite promenade, où entre deux verres d’eau, chacun d’eux pouvait faire sans fatigue quelques tours aussi agréables que salutaires. J’ai entendu bien des imprécations contre cette amélioration thérapeutique, j’espère encore, en dût-il coûter deux fois plus cher’ que l’on rasera cette laide construction et reportera ailleurs, n’importe où, la nouvelle annexe jugée nécessaire à l’établissement thermal.

Je n’entends pas cependant attaquer ici les lumières ni le talent de M. l’ingénieur du département qui, d’après ce qui m a été dit, n’a fait que se conformer aux exigences d’un service dont les plans, dans tous leurs détails, avaient été par avance (comme cela a lieu trop souvent) arrêtés sur le papier et loin des lieux par l’administration centrale.

Sur le mur de la maison de M. Pommé qui regardait le petit promenoir, M. le comte D... de R..., pendant un de ses séjours aux Eaux-Bonnes, avait tracé lui-même un méridien. M. le proviseur du collège de Pau avait composé, pour être placé à côté, un assez joli distique que M. Pommé a négligé, je ne sais pourquoi, d’y faire inscrire ; je répare cet oubli :

Horas potandæ tu ne obliviscere lympbæ.

Jure Bonas dicens, salvus abibis, aquas.

Je me dispense de donner la traduction de ces deux

vers, que mes lectrices se feront expliquer par le premier écolier de troisième qui leur tombera sous la main.

De l’autre côté, l’établissement thermal prend jour sur ce chemin que nous avons suivi, lors de notre revue des hôtels pour arriver au quartier de la chapelle. Enfin il est appuyé contre le rocher, appelé la Butte du Trésor, d’où jaillissent les sources thermales qui alimentent ses baignoires, ses douches et sa buvette. Les frais de construction de toute nature de cet établissement se sont élevés à 97,500 fr. Les travaux ont duré environ trois ans. Ceux qui ont été commencés l’an dernier, loin d’être aussi considérables , ne laisseront pas d’atteindre un chiffre encore assez élevé. Et pour quel triste résultat! c’est ce que j’ai dit tout à l’heure et ce dont vous jugerez vous-même.

Dans la localité des Eaux-Bonnes, il existe cinq sources distinctes :

1“ La Source Vieille, qui fournit l’eau à la buvette et à l’exportation ;

2“ la Source Nouvelle, consacrée au service des bains ;

3° La Source d’en Bas ou de la Douche, qui alimente quatre ou cinq baignoires et une douche.

Telles sont celles employées au service de l’établissement.

11 en est une quatrième qu’on appelle d’Ortheig, et qui occupe le versant de la montagne ; elle est moins chaude que les autres, mais contient les mêmes principes. Elle va se perdre dans le Valentin, au bas de la rue de la Cascade, à quelques pas à gauche du pont jeté sur le torrent. Cette source, longtemps abandonnée en quelque sorte, a pris faveur depuis qu’un quartier nouveau s’est élevé dans son voisinage. L’an dernier, m’a-t-on assuré, les plans d’un petit établissement, devant contenir une buvette et six bai-

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gnoires, étaient terminés, approuvés par l’administration supérieure, et les travaux allaient être mis en adjudication.

5° Enfin il y a une autre source fortement sulfureuse, que l’on rencontre en montant à gauche derrière la chapelle. Elle est froide (10 degrés R.). Le docteur Darralde a étudié avec beaucoup de soin cette source peu connue et négligée avant lui. Il a obtenu dë son emploi des résultats favorables dans les affections atoniques du tube digestif ainsi que dans la chlorose. Pour mon compte, j’ai vu souvent des personnes, dont la vue était irritée ou affaiblie, faire usage de cette eau en lotions ; presque toutes en ont éprouvé d’heureux effets. Autrefois elle coulait sur la promenade et sans être enfermée ; mais comme elle était comprise dans son bail, le fermier actuel l’a fait entourer de planches.

J’approuve fort M. Cazaux de la mesure qu’il a prise. Il empêche ainsi qu’on ne vienne faire à cette source froide, qui a la même saveur, la même odeur, mais non les mêmes principes salutaires que ses collègues, la contrebande d’une eau qu’on y puisait gratis, qu’on faisait passer dans le commerce pour de l’eau prise à la buvette, et pour laquelle il eût fallu payer un droit.

Je joins ici un tableau donnant le résultat des expériences faites à Bonnes en juin 1858, par M. François, ingénieur des mines chargé du service des eaux minérales de France.

De la comparaison des chiffres de ce tableau il résulte que la température de la buvette est la même au gi’iflbn qu’au robinet de la buvette ; et c’est un des résultats les plus considérables obtenus dans ces dernières années par les travaux de captage qu’ont fait exécuter les fermiers, que d’avoir restitué à la plupart des sources de Bonnes plusieurs degrés de leur chaleur naturelle perdus insensible-

» eaux-bonnes.

ment par le mauvais état des tuyaux et le mode vicieux de conduite et de distribution des eaux.

On ne voit guère que des buveurs à Bonnes ; on s’y baigne peu, on y prend rarement des douches ; cela vient de ce que ces eaux ne sont pas réputées produire beaucoup d’effet à l’extérieur; de plus, lorsqu’on emploie ce mode de les administrer, il faut en élever la température, ce qui lès altère toujours un peu. L’établissement contient, autant que je puis m’en souvenir, douze cabinets, dont onze pour les bains, et un seul pour les douches.

Au lieu des belles baignoires en marbre qui garnissent les cabinets, c’était, et il n’y a pas fort longtemps, des sortes de cuviers disposés dans d’étroits locaux, sales et boueux, pendant l’hiver, réceptacles habituels des reptiles qui, dans l’été, ne se gênaient pas pour en venir disputer la possession aux baigneurs. Mes belles et craintives lectrices, ne redoutez plus ces indiscrets visiteurs qu’on a méchamment exilés de vous à tout jamais. Du reste, ils sont fort inoffensifs; et je les excusais de tout mon cœur, quand jadis ils bravaient tous les dangers pour venir nager dans vos eaux.

Un fermier, dont le bureau est dans l’établissement administre les eaux ; le prix de la boisson et des bains est déterminé par des règlements administratifs affichés à l’intérieur.

Il en coûtait autrefois 20 c. par jour, par personne, pour la boisson, qu’on en usât peu ou beaucoup; 1 fr. par bain, et 20 c. en sus pour le linge. Maintenant, les prix sont fixés comme suit, savoir : Pour la boisson, les manouvriers, domestiques, artisans allant à la journée (ce sont les tei’mes de l’arrêté) paieront à raison de 2 fr. par personne. Les personnes de toutes les autres classes paieront 10 fr. pour tout

le temps de leur séjour dans le pays, quelle qu’en soit la durée.

Les bains sont fixés à 30 c.pour les domestiques et journaliers, depuis le 1®'’ novembre jusqu’au 1®“' mai, et 50 c. pour le reste de l’année.

Pour toutes les autres personnes, depuis le 1®“' juin jusqu’au 1®"' septembre, à 1 fr.; et 80 c. pendant le reste de l’année, non compris le linge.

Les bains de pieds se paient 25 c. pour la première classe, et 10 c. pour les autres classes de baigneurs. Cette médication est devenue récemment d’un usage à peu près général, et c’est le manque d’espace nécessaire pour l’appliquer convenablement qui a conduit l’administration à construire une annexe à l’établissement actuel.

Pendant la saison de 1857, il en a été pris 2,200 à l’établissement et 600 au dehors.

On doit, en arrivant et avant de faire usage des eaux, se faire inscrire au bureau du fermier, qui délivre une carte qu’on est tenu de représenter aux garçons préposés au service de la buvette. L’abonnement se paie d’avance, de même que les cachets pour les bains de toute nature ; mais, pour ces derniers, on vous rend la valeur de ceux que vous n’avez pas employés.

Ne vous offusquez pas de l’obligation que vous impose l’arrêté du préfet de payer d’avance bains et boisson. C’est une précaution fort sage prise dans l’intérêt du pauvre fermier qui, trop souvent, était victime d’oublis .plus ou moins involontaires.

Le service des bains et des douches est fait par des hommes et par des femmes, suivant le sexe des malades. Ces places sont très-i’echerchées à cause du traitement fixe et des étrennes qui sont assez considérables. Comme il y a

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un grand nombre de postulants, on peut être difTicile dans le choix que l’on fait. Il en résulte que rarement vous aurez à vous plaindre des employés chargés de ce service.

En 1770, ainsi que le prouve un titre que j’ai eu dans les mains, les sources - des Eaux-Bonnes étaient affei’mées moyennant 3 livres tournois par an : en 1835, moyennant 8,100 fr. MM. Cazaux et Maquet, fermiers actuels, aux termes de leur bail, paient à la commune une redevance fixe et principale de 15,000 fr. par an : de plus, on a mis à leur charge tous les frais d’entretien de l’établissement, les impositions, l’éclairage du village, dépenses qui peuvent s’élever à 6,000 fr. annuellement.

11 résulte des documents qui m’ont été communiqués que, pendant la saison de 1857, le nombre des baigneurs et buveurs de 1”® classe a été de 2,000 environ. L’établissement a donné 3,500 bains et 500 douches.

L’exportation a augmenté, depuis dix ans, dans des proportions considérables ; le nombre des bouteilles expédiées en 1857 a dépassé 120,000, parmi lesquelles il faut comprendre, dans la proportion d’un dixième, celles qui ont été remplies à la source par d’autres que par le fermier et qui ont dû acquitter le droit de 20 c. fixé par le cahier des charges. Les expéditions ont lieu par bouteilles de toutes grandeurs. Celles qui contiennent un simple quart de litre sont cependant les plus demandées. Les Eaux-Bonnes, mises dans des bouteilles bien bouchées, garnies de mastic, recouvertes d’une capsule de plomb, supportent parfaitement les voyages de long cours et n’éprouvent aucune espèce d’altération. On en a envoyé aux États-Unis et même à Canton. Tous les ans, les demandes pour les pays étrangers augmentent dans une proportion constante. Je me plais à rendre hommage ici à M. Cazaux,

fermier actuel de l’établissement, et à son associé, M. Maquet, pour les soins et le zèle qu’ils apportent à la régulière expédition des Eaux-Bonnes, dont l’usage, pendant la mauvaise saison, a pris aujourd’hui tant d’extension.

J’apprends que, pour éviter la contrefaçon si funeste aux malades et afin d’inspirer une confiance légitime dans la bonne qualité de ces eaux aux médecins qui en prescrivent l’emploi, ces Messieurs viennent d’ouvrir à Paris deux dépôts spéciaux d’Eaux-Bonnes, l’un rue de Grenelle-Saint-Honoré, n“ 42, et l’autre rue des Billettes. Autrefois, en leur écrivant directement à Bonnes, on était sûr d’être bien et loyalement servi; ce soin est superflu maintenant, puisqu’à Paris, à leurs dépôts, on trouvera, dans les mêmes conditions consciencieuses, des bouteilles d’eau de toutes dimensions aux prix suivants :

1 fr. pour la bouteille de 3/4 de litre.

MM. Cazaux et Maquet ont eu l’heureuse idée de faire pour les Eaux-Bonnes comme on a fait pour les eaux de Vichy. Ils composent des pastilles qui en contiennent tous les principes essentiels et salutaires, et sont agréables au goût. Quelques médecins ont prescrit l’usage de ces pastilles d’Eaux-Bonnes, surtout pendant l’hiver, pour des rhumes et des catarrhes; ils en ont observé souvent les bons effets.

D’après un tableau statistique dressé cette année, et que . j’ai des raisons de croire exact, les buveurs, baigneurs, oisifs, curieux, touristes, auraient laissé dans la localité, pendant la saison de 1857, aux hôteliers, marchands.

loueurs, etc., etc. (car il y a ici des dépenses de bien des natures), la somme d’un million au moins. Et cependant le mauvais temps en avait fait une année moyenne pour le nombre des étrangers.

Les années 1855 et 1856, la dernière surtout, avaient été merveilleuses; jamais pareille affluence n’avait été remarquée à Bonnes. On faisait queue jusqu’à la pharmacie de M. Cazaux quand on voulait aller prendre son veire d’eau ; qu’on juge par là de ce qu’une pareille foule dut laisser ici.

Entre mille exemples, je citerai le suivant : Je connais un industriel qui, en 1856, fit en deux mois pour plus de 10,000 fr. d’atfaires, et son commerce tout spécial est essentiellement de luxe.

Il est à regretter que l’administration n’impose pas impérieusement aux logeurs l’obligation d’inscrire avec soin et régularité les noms de toutes les personnes, maîtres, domestiques arrivant chez eux, soit qu’ils ne fassent que passer, soit qu’ils séjournent. Ce relevé qu’ils fourniraient, ainsi que le prescrit, du reste, l’art. 16 du règlement, mettrait l’administration à même d’avoir sur le nombre des étrangers des données certaines. On me dira que le commissaire chargé de la police des Eaux-Bonnes peut faire ce travail ; je répondrai que je l’ai vu à l’œuvre : malgré sa bonne volonté, il ne peut arriver qu’à des résultats tout à fait insuffisants. Qu’on tienne donc sévèrement la main à 1 exécution du règlement, qu’on exige des logeurs les documents nécessaires pour ce travail, qui, bien fait, serait extrêmement curieux. Je n’aurais garde de citer ici comme un progrès la publication d’une liste imprimée des baigneurs et buveurs, qui a lieu depuis quelques années, pendant la saison, pour toutes les Eaux des deux départements

des Basses et des Hautes-Pyrénées. Dressées d’après des documents qui ne sont pas recueillis avec un soin scrupu- ■ leux, elles sont bonnes uniquement à satisfaire la curiosité du moment, qu’elles trompent encore trop souvent.

Indépendamment des cabinets de bains et de douches, l’établissement renferme le logement du médecin inspecteur, du commissaire de police, des deux baigneui’s et des deux baigneuses. Plusieurs pièces au premier étage, autrefois destinées aux fêtes formaient un vaste local qui fut longtemps occupé moyennant 600 fr. de fermage par un limonadier de Pau, lequel y avait établi un billard, un cabinet de lecture et le louait pour les concerts et les bals. Depuis cinq ou six ans, tout cet ensemble de pièces a été annexé au logement de l’inspecteur et permet maintenant, aux heures de consultation, de mettre à la disposition des malades un espace resté trop longtemps insufiisant pour la foule qui s’y présentait.

Buvette. — Lorsque vous vous rendez à la buvette, emportez avec vous un verre de cristal. Les tasses d’argent dont je vols quelques personnes se servir, ont un inconvénient ; l’eau sulfureuse agit sur le métal, le rend noir, lui donne un aspect désagréable. La boisson n’est déjà pas très-engageante ; il faut éviter tout ce qui peut ajouter au dégoût qu’elle inspire à certains buveurs.

L’usage de couper les eaux avec du lait, du coquelicot, du tilleul, ou simplement du sirop, donne lieu à deux graves abus en sens inverse. Le premier ne vous concerne pas. Cependant à bon entendeur salut. Comme il est impossible d’emporter avec soi le lait chaud qui doit être ajouté à l’eau minérale, l’employé préposé à la buvette en a toujours à la disposition des malades ; c’est une petite spéculation bien innocente de sa part. 11 sème pour recueillir et

compte sur votre reconnaissance et votre générosité. Mais quelquefois, et il s’en plaignit à moi, l’année dernière, beaucoup de ceux qui ont bu son lait oublient, dans la préoccupation de leur départ, d’acquitter cette petite dette d’honneur. Puisse cette observation empêcher pour l’avenir une distraction que j’aime à croire involontaire. Depuis quelques années, des affiches placardées à trois endroits distincts de l’établissement, remettent à la mémoire ce que je viens de dire: est-ce à moi qu’est due l’idée de cet appel formel au souvenir des buveurs oublieux, je suis assez porté à le croire, et serais heureux si en le renouvelant ici, j’arrivais au résultat désiré.

Voicile second abus que j’ai à signaler. Beaucoup coupent l’eau minérale avec du sirop de gomnie : de cette manière,

elle est plus agréable. Or, pour éviter de traîner continuellement avec soi la bouteille à sirop, on est dans l’usage de la déposer sur des planches placées près de la fontaine, sous la garde des employés de la buvette, et plus encore sous la

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foi publique. Le soin qu’on prend de garantir son dépôt par une étiquette indiquant le nom du propriétaire n’est pas toujours suffisant; chacun se plaint que dans sa bouteille le liquide diminue dans des proportions surnaturelles et effrayantes. Est-ce un effet chimique du voisinage de l’eau sulfureuse? Les médecins n’avaient pas encore observé cette particularité, je dirai même cette bizarrerie. Tout ce que je sais, c’est qu’une dame de mes amies, qui buvait deux fois par jour, se trouva l’année dernière avoir consommé, du soir au matin une demi-bouteille de sirop. Un jeune homme demandait aussi devant moi l’explication du même phénomène; et comme il parlait alors preuves en mains, c’est-à-dire en montrant la note indiquant l’achat de la houteille fait la veille seulement, le garçon de la buvette, forcé dans ses retranchements, lui avouait que son domestique buvait avec monsieur depuis le commencement de leur traitement. Entre plusieurs, toutes aussi plausibles sinon raisonnables, voilà une raison que j’ai voulu consigner ici.

Si c’était votre montre qui courût des dangers, je vous dirais : achetez une chaîne de sûreté ; mais en bonne conscience, vous ne pouiTiez mettre un cadenas à votre bouteille, ni vous résigner au supplice de la porter et la remporter trois ou quatre fois par jour. 11 faut vouloir ce qu’on ne peut empêcher.

Je ne quitterai pas l’établissement thermal sans rendre hommage à l’ordre, à la régularité dans le service, qu’y ont introduits MM. Cazaux et Maquet. Vieil habitué des Eaux- Bonnes, je ne me suis pas toujours trouvé dans le cas d’accorder aux administrations précédentes les éloges que je me plais à adi’esser aux fermiers actuels. J’ai bien souvent pris plaisir à causer avec ces hommes honorables des améliorations utiles que réclame l’établissement des Eaux-

Bonnes, et qui ne manqueraient pas de l’élever au niveau de ceux les plus renommés.

Vous ne m’accuserez pas, amis lecteurs, d’allonger outre mesure ce chapitre en vous donnant le relevé d’un des budgets de l’établissement thermal des Eaux-Bonnes. Le chiffre en est respectable : telle grande ville de second ordre voudrait bien en avoir un pareil. Êtudiez-le, et voyez si vous en tirez les mêmes conclusions que moi.

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