GUIDES
ANES — CHEVAUX — VOllUEES
Tout le monde aux Eaux-Bonnes est'guide, ou veut être guide : c’est-à-dire que chacun offrira de vous conduire où vous voudrez, et de vous montrer le chemin. Ce n’est
pas ainsi que je comprends cette honorable profession, qu’il n’est pas si facile d’exercer dignement qu’on veut bien le croire.
Le guide doit être gai, causeur, conteur d’anecdotes; avoir à vous dire sur chaque pierre, sur chaque arbre; aussi je ne connais que Lanusse et son fils, Esterle, Maucoret son fils qui méritent véritablement ce nom et ce titre. Chacun d’eux a sa spécialité bien distincte. Je ne veux pourtant pas exclure les autres, tant s’en faut: Pulong.et Titon sont de braves garçons que j’ai employés souvent et dont j’ai été fort content. Lanusse est mon homme, et je vous le recommande ; il a d’ailleurs, à mes yeux, le grand mérite d’avoir conservé seul à peu près, dans toute sa pureté, le costume national ; et en me promenant dans les montagnes, en visitant les grottes, les cascades, j’aime à me faire illusion, et ne veux pas me croire conduit par un commissionnaire du boulevard des Italiens moins sa médaille. De plus Lanusse est un beau type de montagnard, franc, joyeux, ouvert, attentif et prévenant ; j’avoue que c’est mon favori pour les promenades, les courses et les chasses. Si vous voulez tenter une longue excursion , qu’il faille soigner les chevaux, s’occuper de vivres, prenez Maucor père et fils. Quant à vous, chasseur déterminé, qui voudrez, près des glaciers, aller surprendre sans bruit un isard, un aigle, un vautour, partez de compagnie avec Titon, c’est un rude camarade; je vous promets que si vous êtes intrépide, vous aurez de l’agrément avec lui. Il y avait autrefois le grand Fourcade et Pierre Salenave; je ne les aurais pas oubliés, mais l’un a changé le bâton de la montagne contre la truelle du maçon, et l’autre, qu’un accident à la jambe a rendu impotent, se boi’ne maintenant à gérer son petit immeuble: c’est une véritable perte pour les touristes.
EAUX-BO NNES.
En général le prix de la journée d’un guide est de 5 fr., non compris celui du cheval que vous serez tenu de lui fournir pour les grandes excursions. — Pour une promenade de deux à trois heures, avant le déjeuner ou avant le dîner, payez 2 fr. 50 c. à 3 fr., c’est assez. Si vous voulez faire un voyage de quelques jours, visiter les établissements thermaux des Hautes-Pyrénées, ou tenter une pointe en Espagne, il vous en coûtera 5 fr. par jour pour chacun de vos guides, 5 fr. pour chacun des chevaux que vous emploierez ; la nourriture des hommes et des montures en route sera de plus à votre charge.
Une innovation, assez bonne en soi s’est produite depuis quelques années : moyennant le prix de 7 fr., tant pour le cheval que pour le guide, celui-ci noumt en route lui et ses bêtes.
Anes. — Chevaux. — Voitures. — Voici une des principales et des plus lucratives industries du pays. Si vous arrivez de bonne heure aux Eaux, en vous promenant, examinez les chevaux qui circulent constamment dans le village : si l’un d’eux vous séduit à première vue, demandez à le monter un instant, essayez-le, et pour peu que la foi'me et le fond vous conviennent, louez-le pour le temps que vous aurez à passer ici; cela vous coûtera 120 fr. par mois, selle et bride comprises. Autrement vous seriez exposé, quand vous ferez des promenades, à n’avoir que le rebut des écuries, et souvent quand le temps est beau, lorsqu’il y a sur le tapis un projet de grande cavalcade, à ne rien avoir du tout, à moins toutefois que vous ne soyez peu amateur d’équitation et que vous ne deviez rarement vous permettre cet exercice ; dans ce cas, en fait de monture, vous prendrez ce que vous trouverez à raison de 4 fr. par jour, sans compter l’avoine quel’humanité ordonne d’offrir à
KAUX-BONNl
son cheval, quand on va un peu loin, et que beaucoup, je suis forcé d’en convenir, lui refusent, comme si les k fr. alloués au maître remplissaient l’estomac de la pauvre bête. Je ne^ vous indique le personnel ni des loueurs ni des coursiers, parce qu’il se renouvelle tous les ans, et que mes connaissances des années précédentes ne vous seraient d’aucune utilité pour celle-ci.
L avidité naturelle aux industriels de ce pays que j’ai déjà signalée, et que je ne saurais assez fréquemment ni assez sévèrement stigmatiser; cette avidité est venue souffler à quelques loueurs l’idée de bouleverser les anciens us et coutumes qui protégeaient également les intérêts du producteur et du consommateur. Aujourd’hui certains de ces Arabes-Béarnais veulent vous louer un cheval au mois , moyennant I40 fr., ce qui est un prix trop élevé. Mais ce n est pas tout encore : ils exigent, ou du moins lorsqu’ils ont affaire à des novices, à de bons enfants, ils veulent exiger que quand vous ne vous en servirez pas, ils puissent louer à d’autres, pour la journée, le cheval que vous payez au mois. Pour beaucoup de raisons, ne souscrivez pas à ces conditions qui sont absurdes et injustes. En louant au mois, vous assumez sur votre bourse la responsabilité des jours de pluie qui sont fréquents l’été dans les montagnes, et pendant lesquels, tout en laissant à l’écurie votre coursier, vous faites les frais de sa nourriture, réduite, en ces jours d inaction, à la portion congrue. De plus, en ai’rêtant pour un certain temps une monture, on a espéré pouvoir à la longue s’accoutumer, autant que possible, à l’allure de son cheval, et le former, par réciprocité, aux habitudes que généralement chaque cavalier adopte. Le coursier de montagnes se façonne merveilleusement à ces petites exigences équestres. Du premier instant où vous aurez fait
;aux-bünnes.
connaissance avec votre nouveau compagnon, vous lui indiquerez, je suppose, ce qu’il comprendra avec intelligence, que vous avez le galop en horreur et que vous ne pratiquez que le trot à l’anglaise ; eh bien ! cela ira à ravir au bout de deux ou trois promenades, et vous prendrez plaisir à monter souvent ce cheval que vous aurez soin de ménager. Mais vos leçons seront perdues, votre locatis ne saura plus où donner de la tête, si le lendemain, je ne sais par quelle raison, vous ne vous en servez pas, et que la pauvre bête, déjà faite à votre allure de trot , tombe dans les mains d’un enragé galopewr, qui, ne l’ayant que pour un jour, ne manquera pas de la mettre sur les dents, et de vous la rendre éreintée, incapable pour longtemps d’un agréable service. Or donc, si l’on veut, en vous louant un cheval au mois, vous imposer la condition de cette communauté avec le premier venu, gendarmez-vous, refusez net. Mieux vaut cent fois, en pareil cas, courir la chance de choisir dans toutes les écuries, et de trouver aussi bien, en vivant au jour le jour ; et cela sans avoir le crève-cœur de payer, quand la pluie vous interdira la promenade, un cheval qui sera ensuite à tout le monde.
Les ânes, acclimatés ici récemment, sont pour les malades auxquels l’usage du cheval est interdit une inappréciable amélioration. C’est le trait d’union entre la chaise à porteurs, d’un usage un peu funèbre, et le cheval, monture permise seulement aux valides. Monblanc a une écurie d’ânes parfaitement montée ; je vous le recommande tout particulièrement ; il a aussi des ânesses dont le lait, exclusivement réservé aux malades, jouit dans toutes les Eaux-Bonnes d’une réputation de pureté irréprochablement soutenue. Monblanc met quelquefois de l’eau dans son vin, c’est-à-dire qu’il consent à un léger rabais sur sa
boisson quand on s’abonne avec lui ; mais il n’en a jamais, au grand jamais mis dans son lait.
Les voitures attelées de deux chevaux vous coûteront : pour la journée entière, 16 ou 18 fr. ; pour une promenade de quatre heures à peu près, de 8 à 10 fr., suivant le nombre des amateurs, selon que l’état du ciel et l’affluence des étrangers feront plus ou moins rechercher ces véhicules. Les voitures à un cheval sont moins cher; mais dans ce pays de montagnes, on s’en sert généralement peu, et je ne vous engage pas à en user, à moins que vous ne soyez seul, et qu’il vous importe peu d’aller vite.
Pierre Salenave, Maucor, Lahore, Pierre Fourcade, Courtade, sont les seuls qui aient des voitures d’une manière normale et constante. Les autres en possèdent bien accidentellement pendant une saison ; mais souvent l’année suivante ils ont vendu l’équipage au voisin.
M. Taverne jeune, qui tient la poste aux Eaux-Bonnes, vous fournira aussi des chevaux pour la promenade, avec ou sans une petite voiture légère.
Chaises à porteurs. —Je n’ai pas besoin de vous dire que toutes les promenades autour des Eaux-Bonnes, à l’exception de celles sur le chemin horizontal, sont pénibles pour les santés frêles, car il faut toujours monter et descendre. Quelques malades sont hors d’état de gravir les montagnes, et veulent portant sortir un peu du triste jardin anglais. C’est pour répondre à ce désir que Pascal et Pulong ont organisé un service de chaises à porteurs qui consiste dans des fauteuils posés sur deux brancards, et portés par deux hommes dont le pied est aussi sûr que celui des chèvres. Il y a donc là pour vous sécurité entière ; et de cette manière, sans peine, sans danger, vous pouvez visiter ce qü’il y a de curieux à deux ou trois
EAUX-BONNEi
lieues, tout aussi bien que ceux qui ont la force d’aller à pied ou à cheval.
Les prix, calculés selon la distance parcourue, sont toujours raisonnables; vous concevez cependant qu’il ne m’est pas possible de vous fixer par avance sur ce point d’une manière positive.
Ce véhicule, qui permet de voir et de prendre l’air sans fatigue, est fort commode quand il fait beau : mais quand le temps est incertain, il ne serait pas prudent de vous risquer dans ces fauteuils couverts seulement d’une capote de toile nullement imperméable. J’avais vivement insisté l’année dernière auprès de Pascal et de Pulong pour qu’ils établissent de véritables chaises légères et fermées, comme il en existe dans la plupart des établissements thermaux et notamment au Mont-Dore. Ce sei’ait^ j’en suis sûr, une bonne spéculation, car après la promenade du jour, les baigneurs s’en serviraient le soir pour aller passer la soirée dans les hôtels voisins. Malheureusement la routine ici est si forte, que j’ai bien peur d’en être réduit à désirer encore longtemps cette amélioration.
Poste aux lettres. —■ Le service des lettres et des journaux se fait avec une grande régularité. Votre correspondance vous parvient à heure presque fixe et deux fois par jour : le matin pour le courrier de Paris, dans la journée pour ceux de la province. Vous avez de même deux départs à des heures différentes. L’érection de Bonnes en bureau de distribution date de 1842. Jusque-là, les lettres adressées à cette localité n’étaient pas, à leur départ de Paris, l’objet d’un paquet spécial comme aujourd’hui, où, expédiées directement à destination, elles portent toutes le timbre de : Ligne des Pyrénées , ce qui rend leur arrivée plus rapide.
EAÜX-BOJNNES.
Ce bureau correspond aussi directement pendant le temps de la saison thermale, c’est-à-dire du 15 mai au 15 octobre, avec le bureau de Tarbes. De cette façon, les correspondances qui ne sont plus obligées de subir un temps d’arrêt à Pau, gagnent près d’un jour sur les anciens délais. Le transport des dépêches se fait par un cabriolet à deux places, dans lequel, si l’on est pressé, on peut en trouver une pour aller à Pau. Grâce à l’affluence des buveurs et des touristes pendant les mois d’été, le chiffre des lettres atteint en moyenne 300 par jour, soit 45,000 pendant les cinq mois de la saison ; ce qui donne à la direction de Bonnes une recette annuelle d’eziviron 10,000 fr. Je me plais ici à rendre, avec tous les étrangers, hommage à M. Castéran, le directeur de la poste, pour le soin scrupuleux et l’extrême obligeance qu’il met à remplir ses fonctions.
Poste aux chevaux. — Lorsqu’on voudra quitter les Eaux-Bonnes avec sa voiture et prendre la poste, on s’adressera à M. Taverne jeune, chargé de ce service qui est très-bien fait.
Cabinets de lecture. — En arrivant, prenez chez Taverne aîné un abonnement d’un mois, moyennant 6 fr. ; c est le prix, autant que je puis me le rappeler. Vous trouverez dans son cabinet de lecture, romans, histoire, quelques ouvrages sérieux, d’autres relatifs au pays. Les nouveautés que vous aimez à dévorer à Paris aussitôt qu’elles paraissent, sont longtemps à arriver aux Eaux-Bonnes. Mais, elles s oublient bien vite, et vous aurez encore un certain plaisir à parcourir quelques-unes de ces œuvres éphémères, vieilles connaissances à demi effacées de votre mémoire, et dont le souvenir ne manque souvent ni d’agrément, ni de chai me. C est tout autant qu’il vous en faudra pour lire
EADX-BONNES.
quelquefois, sur un banc du jardin, sous un arbre dans la montagne, ou dans votre chambre quand il fera mauvais.
De plus, vous trouverez chez Taverne trois ou quatre journaux de couleurs différentes, vous avez la chance de rencontrer la votre.
M. Fischer tient aussi, à l’Hôtel des Princes, un cabinet de lecture qui réunit tout le comfort de ceux de Paris. Ce n’est plus seulement deux ou trois journaux que l’on y trouve : ce sont aussi les Revues de Paris et des Deux Mondes, presque toutes les feuilles politiques ou illustrées, et les journaux financiers.