‹ Pau, Eaux-Bonnes, Eaux-ChaudesChapitre 24 sur 46 · EFFETS DES EAUX-CHAUDES · texte numérisé non relu

EFFETS DES EAUX-CHAUDES

Je suis obligé d’user encoi’e ici, avec mes lecteurs, d’une petite précaution oratoire, et de leur demander pardon d’oser les entretenir des vertus de ces eaux et de leurs effets, quoique je ne sois pas médecin, quoique je ne sois jamais resté longtemps dans cette localité; mais ils savent que par suite de mes séjours prolongés dans la vallée d’Ossau, j’ai, en visites multipliées, passé plus de temps aux Eaux-Chaudes, que si j’avais été condamné à y subir deux ou trois saisons. Ajoutez qu’indépendamment des notions pratiques que j’ai puisées dans de nombreux entretiens avec des malades et des médecins, j’ai lu, feuilleté, analysé tout ce qui a été écrit sur ces eaux; de plus, tous les documents qui pouvaient m’éclairer et m’empêcher de m’égarer m’ont été prêtés par le médecin-inspecteur des Eaux- Chaudes. Il eût certes mieux fait de me donner, ainsi qu’il me l’avait promis, un précis sur ces sources, qu’il a étudiées avec soin et qu’il sait administrer avec une rare intelligence. Mais il a eu peur sans doute de faire honte à son collègue de Bonnes, et il a préféré l’imiter, en me manquant comme lui de parole. Je ne savais pas qu’en Ossau on fût aussi Gascon, mais on apprend tous les jours du nouveau.

Quoi qu’il en soit, malgré l’appui qui me fait défaut, et dont je suis bien obligé de me passer, vous voyez, par tous les motifs détaillés au commencement de ce chapitre, que, sans trop d’outrecuidance, je puis, appuyé sur les meilleures autorités, vous détailler les vertus thérapeutiques

EADX-CHAUDE!

de ces sources. D’ailleurs je vous fais la même recommandation qu’à vos confrères les malades des Eaux-Bonnes ; Gardez-vous d’user de ce remède, aussi dangereux quelquefois, qu’héroïque et salutaire, suivant qu’il estbien ou mal appliqué, sans avoir pris l’avis de l’inspecteur ou de son adjoint.

Il y a aux Eaux-Chaudes six sources :

1» Lou Rey (le roi), ainsi appelée, m’a-t-on dit, parce que c’était celte qu’affectionnait Henri IV, dans les voyages fréquents qu’il fit aux Eaux-Chaudes ; on prétend que depuis quelques années, sa température (27 degrés R.) s’est affaiblie, mais je ne me porte pas garant de cette assertion. Dans mon désir de ménager toutes les susceptibilités, je m’empresse de déclarer que ce n’est que l’opinion particulière d’un bomme, que pourtant je regarde comme bien compétent en cette matière.

2“ L’Esquirette (clochette), 28 degrés R. C’est la source la plus minéralisée de l’établissement, celle en faveur auprès des malades.

3° Lou Clôt (le trou), 29 degrés R.

h° Larressec (moulin à scie), 20 degrés R.

5° Baudot, 20 degrés R. Elle ne sert qu’à la boisson.

6“ Mainvielle (source froide), 9 degrés. On l’emploie souvent pour les maux d’estomac ; mais on peut dire que, suivant la nature et la cause de ces affections, elle est ou salutaire ou dangereuse. Plusieurs hommes de l’art, persuadés qu’elle produit en somme plus de mal que de bien, proposaient de la fermer.

Aux Eaux-Chaudes, sur ces six sources, les trois premières sont employées en bains et douches, et les trois dernières uniquement à l’intérieur. De toutes ces sources, on ne connaissait, en 1780, que Lou Rey et l’Esquirette. En

1800, un pasteur crut reconnaître soùs ses pas une cavité; on fit des travaux, et on trouva Lou Clôt coulant dans une petite grotte.

La découverte des autres fontaines remonte à une époque assez rapprochée de nous. En creusant les fondations du nouvel établissement thermal, on a fait jaillir une source fort abondante, dont les principes ont beaucoup d’analogie avec Lou Clôt. L’administration s’en sert pour alimenter une vaste piscine réservée aux malades indigents.

Ces eaux sont apéritives. — Souvent elles appesantissent la tête, et portent légèrement au cerveau : elles produisent à peu près l’effet du café. Ce qui fait qu’elles agissent sur la tête, c’est qu’elles occasionnent certain agacement assez prononcé des nerfs de l’estomac et des intestins, en excitant un léger mouvement fébrile. 11 arrive parfois qu’elles irritent le gosier et présentent un caractère de stypticité.

Elles sont plus fortes que les Eaux-Bonnes et commandent, dans leur application chez les individus d’un tempérament délicat, les plus grandes précautions. Cette opinion, que l’usage et l’expérience justifient tous les jours, paraîtra bien singulière, quand on consultera le tableau de la quantité de sulfure de sodium que MM. Anglade, Longchamp et Fontan ont trouvée dans ces différentes sources. En effet, on voit la buvette et la douche, à Bonnes, figurer pour gr.0,0251; etauxEaux-Chaudes pourgr. 0,0086;

le Clôt, le Roi, pour gr. 0,0063, et enfin Mainvielle, si énergique, si violente, qu’on a voulu la faire condamner, présenter seulement gr. 0,0007. C’est une preuve que l’observation clinique donne souvent des démentis à l’analyse chimique. Malgré cette différence dans les quantités respectives de sulfure de sodium, malgré l’opinion presque

EAtiX-CHAUDES.

universelle que l’action thérapeutique des eaux est en raison directe de leur sulfuration, il n’en est pas moins reconnu que les sources des Eaux-Chaudes sont beaucoup plus- énergiques que celles de Bonnes. Je donne ici, comme je l’ai fait pour Bonnes, le tableau des observations recueillies par M. François, en 1858.

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