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ÉTABLISSEMENT THERMAL

L établissement des Eaux-Cbaudes, situé sur le territoire de Laruns, est une propriété communale. Séjour de plaisance et maison de santé des souverains de Béarn et des rois et reines de Navarre, il pourrait montrer avec orgueil la longue liste des illustres voyageurs qu’il a eu de tout temps le privilège d’attirer. Malheureusement il avait affaire, à ce qu’il paraît, à des ingrats, puisque aucun de ces nobles visiteurs n’a laissé de monument durable de son passage.

Gaston XI, en UTl, Marguerite de Valois, sœur de François Jeanne d’Albret, en 1568, Henri IV et Catherine de Navarre, en 1591, sont au nombre des hôtes qui, à plusieurs reprises, vinrent y tenir leur cour et y chercher la santé. Ce fut dans ce séjour que Marguerite de Navarre composa toutes ses nouvelles et presque tous ses contes. Si vous êtes curieux de connaître les autres occupations auxquelles elle s’abandonnait, je vous renverrai à la chronique scandaleuse du temps qui entre à ce sujet dans des détails dont vous me permettrez de vous faire grâce.

Dans le xvi® siècle, les Eaux-Chaudes attiraient des provinces voisines une telle affluence de baigneurs, que les synodes de Pau et de Lescar, en 1565 et 1571, pourvurent à la nomination de ministres pour y exercer leurs fonc-

EAUX-CIIAUDES.

tions pendant la saison, et y aider à la propagation des nouveaux principes religieux.

On était alors peu dilTicile sur le bien-être : le pays, en fait d’habitations, ne présentait aucune ressource ; ou, ce qui est présumable, les souverains et les reines se faisaient précéder par les différents services de leurs maisons, et trouvaient alors dans les logements temporairement établis ce que réclamaient les commodités de la vie.

Dans le xvn® et le commencement du xviu® siècle, ces eaux étaient tombées dans un oubli complet ; l’illustre médecin Bordeu, originaire d’Izeste, ce petit village de la vallée dont je vous ai déjà parlé, leur rendit la vogue dont elles avaient joui pendant si longtemps à juste titre.

Placées sur la route d’Espagne, les Eaux-Chaudes furent favorisées, sous le rapport de la viabilité, bien avant les Eaux-Bonnes. L’administration de la mâture royale, qui exploitait pour le service de la marine les forêts vierges de Gabas, avait, dès 1776, avec l’assistance de M. Détigny, intendant de la province, ouvert la route qui conduit à ces sources. A peu près à la même époque, on construisit une maison nommée pompeusement le Château, autour de laquelle vint se grouper successivement une partie de celles qui existent aujourd’hui. Mais soit prévention, soit qu’elles ne fussent pas assez étudiées ni assez connues, les Eaux- Chaudes n’obtinrent pas une faveur prononcée hors du département. Peu d’étrangers y furent envoyés d’autres points de la France ; les indigènes seuls les fréquentèrent, et encore, à cette époque, étaient-ils peu nombreux.

Malgré les travaux exécutés dans cette localité par les diverses administrations, pour réunir les sources, pour augmenter et améliorer les bains, travaux, il faut le dire, toujours entrepris par morceaux, sans plan ni ensemble.

on ne put réussir à y attirer les malades. Ce qui peutêtre aussi les éloignait, c’était l’absence totale du nécessaire, et de cet indispensable superflu qu’offrent tous les autres établissements thermaux. Depuis quelques années, une heureuse révolution s’est opérée ; des cures extraordinaires ont révélé de nouveau l’efficacité de ces eaux : on s’est accoutumé peu à peu à y venir, malgré et quand même.

Je ne vous ferai pas la description de l’établissement ancien. Son aspect extérieur, assez en analogie avec celui de la Morgue de Paris, avait quelque ■ chose d’attristant et de lugubre. Ses cabinets de bains, ses douches suintaient l’humidité, et la baignoire de M. l’intendant de la province, que l’on montrait aux curieux comme ce qu’il y avait de mieux, donnait une pauvre idée de la science du comfortable de ce temps.

Le conseil municipal de Laruns a pris un jour une belle résolution ; de cela il y aura bientôt dix ans, il a voté une somme considérable pour faire élever aux Eaux-Chaudes, avec le secours du département, un établissement thermal modèle, dont la construction définitive a coûté 300,000 fr. C’est d’après les plans et sous la direction de M. Latapie, architecte, que les travaux ont été exécutés.

Le nouvel établissement, dont les fondations descendent jusqu’au pied du torrent, présente un aspect majestueux. Situé en contre-bas de l’ancien, il est de plain-pied avec le sol du côté qui regarde Gabas, et du péristyle on sort sur une vaste terrasse orientée au midi.

Sur les six sources connues aux Eaux-Chaudes, on n’a pas réuni dans l’établissement nouveau les sources Laressec et Mainvielle;,elles exigent des travaux qui feront plus tard l’objet d’un projet spécial, lorsqu’il s’agira de les capter à

EA.UX-CHATJDES.

nouveau pour les utiliser. La source Baudot, mieux traitée que ses sœurs, a été, en 1857, abritée sous un gracieux petit pavillon, où sont installés quelques cabinets de douches et une buvette.

Que vous soyez tenté ou non de goûter de cette eau, levez toujours les yeux au-dessus du bienfaisant robinet, et lisez cette annonce dont la rédaction originale ne manquera pas de vous faire sourire : (( Ceux qui veulent boire « peuvent passer au bureau. N’oubliez pas la fille; elle « n’y est que pour les étrennes. » Ce qui veut dire en bon français que la naïade n’a d’autres appointements que le pourboire qu’on veut bien lui donner.

Les trois autres sources, celles du Rey, de l’Esquirette et du Clôt, ont été conduites dans le nouveau bâtiment, chacune dans un réservoir particulier autour duquel sont groupées sept baignoires ; ce qui porte leur nombre total à vingt et une. Une piscine, des cabinets pour les douches ascendantes et descendantes, sont ménagés dans le soubassement des parties de l’établissement renfermant les bains.

Le rez-de-chaussée est consacré aux bains, promenoirs, corridors, salles d’attente, galeries, chauffoirs, etc., etc.

Les logements des baigneurs et baigneuses, du commissaire de police, du régisseur, sont situés dans un entre-sol.

Le premier étage contient les salles publiques, telles que salon de lecture, salle de billard, salle de bal, le logement du fermier, et une trentaine de chambres, la plupart situées en plein midi, qui forment ce que j’ai appelé tout à l’heure, avec celui qui les exploite, l’Hôtel de Londres.

Au deuxième étage est situé le logement du médecininspecteur.

J’ai peut-être relégué un peu loin, dans ce chapitre, des

KAUX-CHAUDES.

détails qui intéresseront les amateurs de statistique. Mieux vaut tard que jamais cependant.

Des documents officiels qui m’ont été communiqués, il résulte que le nombre des buveurs et baigneurs, en 1857, a été de 2,500, et celui des bains et douches administrés de 32,000, dont 2,600 délivrés gratuitement aux indigents.

Quant au numéraire laissé dans la localité pendant cette saison, il peut être évalué à 80,000 francs.

Je renouvellerai ici une observation que j’ai déjà faite à Bonnes, à savoir qu’il serait à désirer qu’un travail, régulièrement et soigneusement fait, donnât chaque année le chiffre exact de tous ceux qui sont venus loger aux Eaux- Chaudes,et indiquât en même temps la durée de leur séjour.

Sans doute il y a une différence notable entre les résultats financiers signalés aux Eaux-Chaudes, et ceux obtenus aux Eaux-Bonnes. Mais il faut tenir compte des deux natures de malades qui fréquentent ces deux établissements et qui sont, pour le premier, à part quelques familles anglaises et russes, presque tous de modestes habitants du pays ou des environs; pour le second, de riches étrangers venus de tous les pays du globe. On doit, pour l’argent laissé aux Eaux-Bonnes, faire entrer en ligne de compte les habitudes de luxe et de comfort que les baigneurs y apportent avec eux, et qui sont loin d’être aussi répandues aux Eaux- Chaudes.

Le prix des bains, de la boisson, est le même que jadis à Bonnes : 1 fr. par bain, 20 c. par jour pour la boisson. Se guérir à raison de quatre sous par jour, c’est vraiment bon marché; mais les Eaux-Chaudes sont à 880 kilomètres de Paris, et les frais de voyage et de séjour ajoutent un peu au prix de chaque verre d’eau.

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