‹ Pau, Eaux-Bonnes, Eaux-ChaudesChapitre 3 sur 46 · PATT · texte numérisé non relu

PATT

Si mon livre ne vous tombe sous les yeux que quand vous serez installé à Pau, vous n’avez plus besoin de mes conseils pour le choix de l’hôtel où vous devez descendre. Mais si mes lecteurs ont assez de bonheur pour le rencontrer avant leur arrivée dans la capitale du Béarn, ils n’auront qu’à se féliciter et à profiter des avis que je vais leur donner.

Hôtels. — Voulez-vous jouir à tout instant de la vue des montagnes, de la vallée au-dessus de laquelle la ville

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est construite en amphithéâtre? faites-vous mener chez Gardère, Hôtel de France, place Royale. C’est là que souvent la société béarnaise vient le soir se promener, prendre le frais et des glaces aux deux cafés situés sur cette place. — J’ai cité YHôtel de- France le premier, parce que lors de

mon arrivée dans ce pays, guidé par mon étode, c’est la que ie suis descendu; parce que je m’y suis trouvé beaucoup mieux que dans tous les autres hôtels les plus fameux des gi’andes villes que j’avais traversées ; je me plais à rendre hommage à la manière pleine d’attentions, de prévenances avec laquelle on y accorde, à un prix très-moderé, une hospitalité qui ne laisse rien à désirer sous tous les rapports : je suis certain de n’être démenti par aucun voyageur.

Aimez-vous le bruit, l’agitation? descendez chez Viguié, Hôtel de l’Europe, en face de la préfecture : vous aurez le spectacle du mouvement de la ville, des jeunes filles aux

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beau, yeux, qui I. matin vont à l'ouvvage, ie mir en reviennent, se donnant le bras, causant, riant et devisant

entre elles. , a. m, **,^1

Veuve Simônet, à l’enseigne de la Dorade, est 1 hôtel

privilégié du commerce.

A la Poste, chez Bordes, vous avez des chevaux tout prêts pour repartir le lendemain de bonne heure, si vous êtes pressé. Vous trouverez, dans cet hôtel, des prévenances rares et une cuisine dont je ne vous dis rien, dans la certitude où je suis qu’aprôs celle de nos meilleurs restaurants de Paris elle tiendra encore une place dans vos souvenirs. Séjournez-vous à Pau? c’est sous vos fenêtres que se tient le marché qui réunit les paysans, les paysannes des environs, et vous donnera une idée des divers costumes béarnais. Vous serez là à deux pas du théâtre et des

promenades. ,

Je citerai encore l’Hôtel des Voyageurs, à la Basse-Plante. Maintenant c’est à vous de choisir : décidez-vous d’après votre goût et la disposition dans laquelle vous vous trouverez. IN’importe où vous vous arrêterez, je ne vous plains pas; car si l’on vient de loin, après les gîtes qu’on aura été obligé de subir en route, on devra se trouver comme le poisson dans l’eau. Chacune de ces maisons vous offrira des appartements avec un mobilier convenable, une bonne table, des vins choisis, surtout un bon accueil : vous paierez tout cela, je l’avoue; mais c’est être trop heureux, quand on voyage, que d’en avoir pour son argent. Je suis bien sûr que vous êtes de mon avis.

Vous voilà donc bien installé ; la route vous aura fatigué, et dans l’intérêt de votre santé, il vous faut arriver aux Eaux, frais, dispos, déjà préparé au changement de climat. Croyez-moi, avant de continuer votre voyage, reposez-vous

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un jour ou deux à Pau, prenez un peu de bonne cuisine pour le mois, et plus peut-être, que vous allez passer dans les montagnes ; car quoique vous deviez trouver chez ces nouveaux hôtes une tahle peut-être meilleure et mieux servie que dans la plupart des autres étahlissements thermaux, vous n’êtes pourtant pas assez novice ou assez exigeant pour croire qu’on vous donnera des dîners hien fins, bien délicats, lorsqu’il faudra que dans l’hôtel où vous descendrez, les mêmes fourneaux servent à apaiser, matin et soir, votre appétit et celui de 200 baigneurs ou touristes.

Voitures. — Si vous suivez mon conseil, restez, vous ferez bien. Pau offre au voyageur pour deux jours au moins de distractions et d’objets dignes de son attention ; ses pavés sont durs, j’en conviens, et vos pieds maudiraient vite ce macadam de nouvelle espèce, en noyaux de pêches ; mais vous n’avez qu’un mot à dire, et votre hôte aussitôt vous fera venir une excellente voiture.

Jadis, ou si vous aimez mieux, il y a quelque vingt ans, Pau possédait un grand nombre de ces petits véhicules appelés vinaigrettes, à la caisse basse, légère et bien suspendue, que traînait un vigoureux petit cheval, et que le conducteur escortait le plus souvent à pied ; c’était l’aurore de nos petits coupés-chaises dont la commodité extrême a fait tout le succès. Pourquoi les vinaigrettes ont-elles disparu? et pourquoi, ne fût-ce que par curiosité, le Musée n’en possède-t-il pas au moins un échantillon à côté des spécimens fossiles d’un autre âge? C’est ce que je n’ai pas pu savoir, et regrette vraiment pour vous.

Bains. — Après un'voyage long et fait pendant la chaleur, on a besoin d’un bain. Si vous êtes trop fatigué pour l’aller chercher vous-même, ou si vous tenez à le prendre dans votre appai’tement, vous n’aurez qu’à parler. Mais

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nous sommes dans l’été, il vaut mieux respirer un peu aille matin. Logé du côté de la place Henri IV, les bains de la Basse-Plante, à l’entrée du parc, ou ceux près de a fontaine s’offrent à vous. Êtes-vous dans le quartier haut. aile/, aux bains de la place Royale; de là vous spectacle magique, et vous embrassez la vallée veite riante, et les montagnes couvertes de neige. Je m arrête, vous savez que je vous ai promis de ne pas faire de des-

Château. — Ensuite faites-vous mener au chateau; visitez-le en détail. De nombreux gardiens s’empresseront de vous montrer tous les appartements restaurés avec une magnificence et un goût irréprochables. Une petite brochure, que vous achèterez chez le concierge, vous mettra au courant de l’histoire de cette antique demeure ou est né Henri IV, de ses révolutions anciennes et modernes. Vous

admirerez les vieilles sculptures, malheureusement mutilées;

les nouvelles, œuvre d’un artiste de talent; les tapisseries, la chapelle et ses riches vitraux. Vous y trouverez une colection très-curieuse faite avec discernement et à grands frais, tant en France qu’à l’étranger, d’anciens lits, de bahuts, prie-Dieu, dressoirs, et de vieux meubles ayant appartenu aux personnages éminents du Béarn et de la Navarre. C’est presque un musée historique. On vous y montrera aussi les vases offerts par le roi de Suède au roi des Français; enfin la coquille de tortue qui servit de berceau au Béarnais. On raconte sur la manière providentielle dont cette précieuse relique aurait échappé aux tristes dévastations de 93, une histoire assez extraordinaire: n allez pas faire l’incrédule, l’esprit fort; quand il s’agit d un tel héros, le merveilleux sied à ravir. On montrait aussi autrefois aux visiteurs, et moi-même j’ai vu deux four-

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chettes qui, disait-on, avaient servi au bon roi Henri dans son enfance. Mais des doutes se sont élevés sur leur authen¬

ticité, et on a jugé à propos de ne plus les exposer à la curiosité publique.

Si deux cents marches à monter ne vous effraient pas, la tour de Gaston Phœbus vous permettra d’embrasser, de sa plate-forme, un panorama de cent lieues de circonférence. Mais pourtant je vous engage à vous en tenir à la vue qu’offre le balcon du château ; car si elle ne vous suffit pas.

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en cet endroit une façon d’arc de triomphe dans le genr de ceux qui décoraient jadis l’entrée de certains châteaux de la Renaissance, Anet, par exemple. Tout ;

n’est encore que sur le papier: espéronstoutefo ’ ^ P avoir tant fait depuis vingt ans pour rendte “au ancienne splendeur,

terminer complètement son œuvre d intelligente

''oTjets divers. -Après cette visite intérieure du château, rentrez pour déjeuner : vous aurez conquis un appétit convenable. Plus tard, pour faire la digestion vous ^viendrez visiter l’extérieur, les jardins, le pont jeté la route de Jurançon, la Basse-Plante, le parc d’où vous apercevrez le village de Bilhères dans lequel Henri IV a été en nourrice.

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Ensuite allez voir la Caserne et sa promenade ; le Tir de pistolet de Labeille, qui ne le cède en rien à ceux de Paris ; la 3Iairie, vous y trouverez une ancienne connaissance, la statue du Béarnais par Bosio; la Bibliothèque de la mile. Entrez aussi aux Archives de la préfecture; on vous y montrera une riche collection d’autographes de Catherine de Navarre, de la Marguerite des Marguerites, d’Antoine de Bourbon, de Jeanne d’Albret, d’Henri IV. Vous y trouverez aussi les originaux des Fors du Béarn; les cahiers journaliers des dépenses de Henri IV dont j’ai fait le relevé pour le mois de mars 1583, et qui s’élèvent à la somme de 6421 livres 11 sols 7 deniers. Vous y verrez avec intérêt le rôle des contributions levées pour la rançon du roi François Pc N’oubliez pas d’aller visiter la statue du roi Henri en marbre blanc, par Raggi. Vous avez pu déjà peutêtre l’admirer à Paris, dans la cour du Louvre où elle fut

exposée.Elle vaut bien la peine que vous alliez la voir

encore une fois. La question de savoir où on l’élèverait a été longtemps controversée. Le conseil municipal était divisé ; les uns opinaient pour la place Grammont, les autres pour la place Royale. Après bien des débats, des articles de journaux pour et contre, la place Royale l’emporta. Le bon roi, qui aimait tant l’union et la concorde, a dû être quelque peu scandalisé des discussions par trop passionnées, par trop acrimonieuses dont son image a été la cause bien innocente.

En visitant l’église Saint-Martin qui, ainsi que l’église Saint-Jacques, est assez pauvre et n’offre dû reste rien de bien curieux, vous y verrez avec plaisir une Bèsurrection du Christ, par Eugène Devéria. C’est pendant un séjour qu’il fit à Pau dans l’intérêt de sa santé, que cet artiste de talent exécuta cette belle page qui restera comme souve-

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nir et comme monument de son passage dans le Béarn. " Illiste aussi, dans la chapelle des Ur^lines, un tab eau représentant le Ravissement de sainte-Ursule Cette to d’L bon maître inconnu n’est pas sans un certain mérite.

Nouvelle salle de spectacle.-Pendant que vous serez sur la place Royale, examinez aussi les travaux de la nouvelle salle de spectacle. Sur son emplacement, s élevaient

encore l’an dernier, les fragments d’une imposante construction que vous auriez pris pour des ruines plus ou moins antiques, si votre cicerone ne vous eût appris qu ils agissait Lplement des travaux, depuis longtempsabandonnes

d’une église. Dieu qui, quand il s’agissait de lui élever temple, n’avait pu triompher de l’insouciance des hommes, voudra-t-il bien maintenant favoriser des efforts tentes dans un but purement profane; c’est ce que l’avenir seul nous apprendra. En attendant, je ne puis vous dire qu une chose, c’est que la société formée dans la ville même pour 1 édification du nouveau bâtiment a déjà mis la main à l’œuvre que les 300,000 francs, montant de son capital social, sont déjà réalisés, m’assure-t-on, et qu’avant deux ans tout doit

être termine.

Nouveau boulevard. - A l’autre extrémité de la place, je veux encore vous signaler le beau travail d’utilité publique qui s’y exécute en ce moment. C’est à M. Laity, alors préfet des. Basses-Pyrénées, aujourd’hui sénateur, qu’est due l’heureuse idée d’ouvrir un boulevard partant de la place royale et allant rejoindre l’entrée du parc à la Basse- Plante. Sous son administration, dont le souvenir est, à plus d’un titre, resté cher à la capitale du Béarn, le travail a été décidé, les fonds votés, l’exécution assurée soit par la voie de l’expropriation, soit par celle des transactions amiables. La ville a acquis l’hôtel Gontaut-Biron et son

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magnifique jardin dont une partie doit être traversée par le boulevard, et dont l’autre servira à la reconstruction de l’église Saint-Martin. Il ne reste plus maintenant qu’à im-

Jardin Gontaut-Biion.

primer aux travaux une impulsion qui en hâte l’achèvement : c’est une tâche que son activité et son zèle rendront facile à M. Pron, l’administrateur actuel du département. A lui aussi, Pau et les établissements thermaux des Basses- Pyrénées doivent déjà assez pour qu’à l’avance, habitants.

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touristes et baigneurs puissent compter sans crainte sur de nouvelles améliorations, sur de nouveaux embellissements à la ville et dans la montagne, si toutefois le ciel veut bien, M. le ministre de l’intérieur aidant, le conserver longtemps

^*^ÏÏége. — Visitez le Collège, ancien couvent des Bénédictins, établissement curieux, digne de fixer votre attention. Le proviseur et le censeur s’empresseront de vous en montrer les beaux dortoirs, le réfectoire et sa chaire en bois sculpté, le cabinet de physique et de chimie qu’envierait plus d’un collège de Pans. ,

Allez ensuite à la Nouvelle-Halle, dans les salles de laquelle se trouve le Musée, ouvert à l’ornithologie, à la .géologie, à l’histoire naturelle des Pyrénées.

Maison Bernadette .—Ayez soin de vous faire mener à la maison où est né, où a passé sa jeunesse, Bernadette, qui, parti en 1780 comme simple soldat au régiment royal de la marine, s’est assis sur le trône de Suède, après avoir justifié ce que disait de lui Bonaparte, alors général en chef de l’armée d’Italie ; C’est une tête française avec le cœur d’un Romain... Deux maisons de la rue de Tran se disputent la gloire d’avoir vu naître Bernadotte. Je conçois que l’on soit jaloux d’un pareil honneur, mais pourtant, suum cuique, traduction libre : Rendons à César ce qui appartient à César. Si j’en crois le bruit public et des renseignements précis que j’ai recueillis, celle des deux, qu’une inscription sur le marbre indique ambitieusement comme berceau du roi de Suède, ne serait qu’une audacieuse usurpatrice, qui nous aurait montré le bout de l’oreille, en se trompant même sur la date de la naissance de notre héros. 11 faut chercher la véritable maison, dans la même rue, un peu plus lo.in, et près de l’église Saint-Jacques. Je n’aurais, pour^me dé-

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cider en sa faveur, que la voix publique et l’autorité des anciens du pays, que ce serait déjà beaucoup ; mais je dois avouer qu’il me faut, pour le berceau d’un pareil homme.

quelque chose qui parle à l’imagination; et des deux rivales, l’une, celle que j’adopte, et dont je vous donne ici l’image, est aussi pittoresque et poétique que l’autre est prosaïque et vulgaire.

Pendant mon séjour à Pau, on me communiqua une lettre écrite par un des aides-de-camp de Bernadette, annonçant l’intention du roi d’acheter la maison où il est né, et d’y fonder un hospice pour les vieux soldats béarnais

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blessés .. Je suivis les phases de cette affaire soumise au Inseil municipal, qui s’était empressé de s’assoc.er aux ^ bienveillante, intention, du royal donateur. Mat, pour 1 qnlsilion de la mai,on ,-élevî,«nt de, dilllcu te, ,.n, nombre, qui devinrent même insurmontables, et rien ne

jÏLs de M. de Rippert. - Situés à la Porte-Neuve, ils doivent aussi être le but d’une de vos promenades. Créés par un homme de goût, amateur plein- d’intelligence et riche de connaissances spéciales, ces jardins présentent a réunion de fleurs, d’arbres, de plantes, la plus riche et la plus variée. Je me porte garant de l’amabilité hospitalière avec laquelle M. de Rippert vous offrira l’entrée de ses serres et de son jardin.

Fontaine ferrugineuse.— Si-vous restez, non pas seulement quelques heures, mais quelques jours à Pau, poussez, dans une de vos promenades au parc, jusqu’au commencement de la plaine de Bilh'eres ; c’est là qu’un ancien marin, le sieur Bigot, a élevé un petit établissement que le site recommande, certainement autant que ses eaux, à votre attention. Vous trouverez en cet endroit des petits canots qui vous permettront de faire une très-jolie promenade sur un des bras canalisés du Gave.

Jeu d’arc et de cricket. — Tout à côté sont deux emplacements consacrés par la colonie anglaise à la pratique de ses jeux favoris. Ici, c’est le jeu d’arc, plus spécialement fréquenté par les dames; là, le national cricket. Si vous devez passer l’hiver dans ce bon pays de Béarn, croyezm’en, faites en sorte d’obtenir votre admission parmi les membres de la confrérie; c’est, en même temps qu’une utile distraction, un salutaire exercice qui vous charmera, je n’en doute pas, dès que vous en aurez goûté. Vous ne

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trouverez pas étonnant alors, comme certain esprit chagrin de ma connaissance, que l’anglais qui entend si bien l’hygiène du corps humain, ait implanté à Pau, comme il le fit, du reste, à Sébastopol, comme il le fait encore dans les Indes et en Chine, ces exercices nationaux, dont il connaît tout le prix.

Champs-Elysées. — Puisque j’énumère les curiosités champêtres, je n’aurai garde de passer sous silence les Champs-Elysées. Aussi bien il se peut qu’en entendant prononcer ce mot pompeux, et qui promet par lui seul, vous vous laissiez entraîner à aller jusqu’aux allées de Morla-as, juger par vous-même de ce que peut être la copie provin- ■ ciale de la plus belle promenade du monde. C’est donc pour vous éviter une désillusion que je vous parlerai des Champs-Elysées pyrénéens; et je vous dirai tout de suite qu’il s’agit seulement d’une petite guinguette où le dimanche une certaine partie de la population a pris l’habitude de venir danser au son d’un modeste violon.

Marchands de fleurs.— Gaultier et son gendre Chauvin, à Jurançon, Chartier, pépiniériste, dont la charmante maison, entourée d’un parc dessiné à l’anglaise, attire l’œil du voyageur sur la route de Pau à Bonnes, possèdent un assortiment très-satisfaisant de belles fleurs qu’ils ne vendent pas trop cher. Achetez-en quelques-unes à votre passage à Pau ; emportez-les aux eaux pour garnir vos cheminées, si la saison vous permet de ne pas vous en servir, et, en vérité, je vous le souhaite de tout mon cœur, car je ne sais par quelle fatalité toutes les malheureuses cheminées fument dans ce pays et ne sont que des objets de luxe. Mari, frère, ami, qui ne regardez pas à quelques pièces de cinq francs dépensées pour causer une surprise, souvenezvous aussi, quand il y aura bal à Bonnes ou aux Eaux-

SKJOim A PATJ.

Chaudes, que ces industriels font de délicieux bouquets, qu’ils emballent avec un art extrême, et qui arrivent aussi frais que s’ils n’avaient pas fait 15 lieues sur le haut d’une diligence.

Après ces diverses courses et promenades, congédiez votre voiture et payez-la à raison de 2 fr. l’heure, à moins que vous ne l’ayez retenue pour la journée entière, ce qui vous coûtera de 10 à 12 fr.

.Que mes lecteurs ne m’accusent pas d’être entré dans de trop longs détails sur une ville que beaucoup d’entre eux ne feront que traverser, pressés d’aller aux eaux, d’obéir aux ordonnances de la Faculté, et d’accomplir au plus vite la tâche à laquelle elle les a condamnés.

Mais, dit un vieil axiome fort sage, l’homme propose. Dieu dispose. Ici le Dieu qui dispose s’est personnifié dans les médecins des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes. Beaucoup qui, partis insoucieux de chez eux, se croient quittes avec leur santé par un séjour d’un mois dans les Pyrénées, se verront internés pour un hiver, pour plusieurs peut-être, dans cette ville dont je viens de vous esquisser un petit aperçu. Je vous en parle par expérience, car le léger désagrément que je vous signale m’est justement arrivé.

Pour préparer d’avance des consolations a ceux qui seront frappés de cet arrêt inattendu d’exil auquel il faut se soumettre, sous peine de malemort, je leur dirai : bien d’autres ont passé par là avant vous. Je sais que le coup commencera par vous étourdir, mais rassurez-vous ; quand vous aurez boudé, pesté quelques jours, vous vous accoutumerez à la résidence qu’on vous aura imposée ; l’idée même de rompre votre ban ne vous viendra pas. En effet, si l’hospitalité garnie et meublée est un peu chère dans cette ville, elle, est accompagnée de tous les égards, de

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toutes les prévenances désirables. Quant à l’hospitalité g^’atuite, il est impossible d’en trouver une plus empressée. Étranger, vous'serez reçu partout avec bienveillance; on fera, soyez-en sûr, tout pour Vous rendre la vie douce et agréable, pour vous faire oublier ce que vous serez obligé de laisser loin de vous.

Cercles. —Si vous vous plaisez à des réunions sans contrainte, à des conversations faciles et familières, à la lecture des journaux, des brochures, vous trouverez tout cela dans les divers cercles de la ville. Votre qualité d’étranger sera pour vous, sur la présentation de deux sociétaires, un titre d’admission gratuite. Vous aurez à choisir entre le Cercle béarnais, rue de la Préfecture, plus spécialement fréquenté par les indigènes ; le Cercle Henri IV, place Royale, qu’on appelle aussi volontiers le Jockey-Club de Pau, et le Cercle anglais, rue Henri IV, de fondation toute récente, mais déjà le modèle du genre. Si vous aimez les distractions, les plaisirs bruyants, les bals, le monde, la danse, l’hiver vous offrira, le soir, des fêtes dignes de rivaliser avec celles de Paris. Le luatin il vous aura prodigué une douce et salutaire chaleur, un beau soleil ; il vous aura permis en novembre, décembre, janvier, février, de vous promener à pied, à cheval ou en voiture découverte. Si vous êtes de bonne foi, si vous n’êtes pas trop enfant gâté, si vous ne conservez pas rancune, vous ne serez pas longtemps sans avouer qu’à Pau on est bien, qu’on y trouve tout ce qu’on trouve à Paris, et que Paris froid, noir et humide, ne saurait vous donner ce que vous offrira largement la cité béarnaise.

Aujourd’hui que le chemin de fer peut, si vous n’êtes pas un homme purement de loisir, vous transporter en quelques heures au lieu de vos affaires ; que le télégraphe électrique vous permet de causer avec vos parents et amis, sous

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lieu d’exil; c’est une charmante retraite augmente le charme, et qui convient i comme aux malades, et dont tous aussi lementbien.

comme

lementnien.

Je me garderai d’oublier une précieuse ressource que renferme cette ville, et que moi-même je n’espérais pas y rencontrer, ce qui me préoccupait vivement. Que deviennent, me disais-je, les enfants de ceux condamnés à un exil plus ou moins prolongé? Leur éducation va-t-elle se trouver interrompue? Rassurez-vous, car vous allez etre au contraire dans l’embarras du choix, et, par expérience, je puis vous promettre que, sur ce chapitre, vous n’aurez rien à regretter de Paris et de toutes les autres grandes villes de France. Indépendamment du collège nombreux, administré par un proviseur, par un censeur, hommes d’un grand mérite, dans lequel les sciences et les lettres sont professées par un corps enseignant de la plus haute distinction, la ville possède deux institutions, celle de M. Serres et celle de M. Montafier, qui réunissent toutes les conditions désirables au point de vue des études et des soins.

J’ai entendu, pendant mon séjour à Pau, citer avec éloge d’autres maisons d’éducation ; mais j’ai l’habitude de ne parler que de ce que je connais bien.

Vous le voyez, ami lecteur, je suis partisan du séjour à Pau. J’ai rendu un hommage mérité à l’accueil hospitalier qu’on y reçoit, à son climat que je ne veux pourtant pas faire plus beau qu’il n’est réellement, que je ne dois ni ne veux exalter outre mesure, car, comme une jolie femme, il est capricieux en diable; mais je tiens à vous expliquer ce qui, par-dessus tout, doit vous engager, si vous ôtes dé-

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sireux de rétablir votre santé, à passer, après votre saison des eaux, l’hiver à Pau, de préférence même à Nice, à ' Hyères et autres lieux renommés pour la salubrité de leur ■' climat. Qu’on ne soit pas de mon avis, je le veux bien; mais J’ai pour moi l’expérience, guide le plus sûr, le plus infaillible, et je ne dis rien que je n’aie essayé, éprouvé par moi-même. Pour que les consciencieux docteurs de Bonnes et des Eaux-Chaudes vous ordonnent de rester à Pau, il faut qu’ils pensent que votre état exige de grands ménagements, et qu’il vous faut surtout éviter la fatigue ; autrement ils sauraient fort bien, au mépris même de toutes les ordonnances de la Faculté de Paris, au mépris des plans qui vous auraient été tracés d’avance, vous congédier et vous signer votre feuille de route pour retourner chez vous. Premier point : quand on vous commandera un séjour à Pau, ne vous faites pas d’illusion, c’est que vous en avez besoin. Deuxième point ; quand le docteur vous prescrit Pau, et non l’Italie, c’est qu’il pressent qu’une saison d’eaux ne suffira pas à la guérison de la maladie qui vous a amené aux Pyrénées. Si donc vous devez y revenir, ne vaut-il pas mieux vous éviter 500 lieues de voyage, dont la fatigue, en vous en allant, détruit en partie l’effet des eaux • que vous avez prises, et, en revenant, nuira incontestablement à l’effet de celles que vous viendrez prendre l’année suivante ?

Je me résume : le séjour à Pau est bon, utile, non pas à cause de la salubrité exceptionnelle de son climat, mais par la facilité qu’il offre de digérer les eaux qu’on a prises, leur laisser produire paisiblement leur effet, et se préparer à une seconde saison. C’est une escale, c’est un port de radoub, où le vaisseau battu par la tempête vient réparer ses avaries et se disposer à un nouveau voyage.

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Aussi, je vous en conjure, docteurs, pour l’honneur de vos sources, dans l’intérêt de vos malades, pas de ménagements, pas de coupables faiblesses; ne craignez pas de déranger, de rompre des habitudes ; laissez murmurer, crier, se plaindre les écloppés, et bon gré, mal gré, retenez-les à Pau, dussions-nous, ce qui est difficile à croire et cependant ne m’étonnerait pas, voir augmenter les exorbitantes pré- ; tentions de quelques-uns des propriétaires béarnais, j En terminant ce chapitre, il me reste à vous donner un dernier conseil : dans une de vos courses à: travers la ville, i faites-vous conduire à l’imprimerie de M. E. Vignancour,

' que plusieurs publications importantes, sorties de ses 1 presses, ont classé parmi nos meilleurs typographes. Vous I trouverez chez lui une collection complète d’ouvrages et ' de cartes sur les Pyrénées; je vous recommande le Pano- ' rama historique et descriptif de Pau et de ses environs, par M. Dugenne, ancien officier. Dans ce petit volume à bon marché, vous avez l’histoire fidèle et intéressante du pays, de la ville, du château ; vous y trouverez plus de renseignements que dans de gros in-folios. Cet ouvrage, à juste titre devenu populaire, vous servira utilement pour le chemin qui vous reste à parcourir; pendant votre séjour aux eaux, il vous fera passer des instants agréables et instructifs. Vous me saurez gré de vous avoir signalé ce guide indispensable au touriste, et- que j’ai consulté souvent avec fruit et plaisir. Il est encore un autre livre qu’il vous faut lire, c est l’ouvrage du docteur anglais Taylor ; Sur l’Influence curative du climat de Pau, qui a été déjà traduit en plusieurs

POST-SCRIPTÜM

Ce chapitre était déjà imprimé, les épreuves corrigées étaient devant moi sur ma table, j’allais les envoyer à mon éditeur, lorsque je reçus la visite d’un habitant du pays que j’aime beaucoup.

11 paraît que tout en causant, le titre assez apparent de Pau, Séjour, attirèrent son attention. Il me demanda avec instance à voir ce que j’écrivais sur cette ville où il est né, et pour laquelle, par un sentiment bien naturel et excusable, quoiqu’il le porte jusqu’à l’exagération, il est passionné , enthousiaste. Malgré ma résistance, il fallut le contenter.

Pendant sa lecture, quelques mouvements nerveux trahirent son impatience ; et quand il eut fini, cette espèce de dialogue s’établit entre nous deux ;

Lui. — « Ah! vous n’avez que cela à dire sur Pau; je « vous en fais mon compliment. Parbleu, vous étranger, « qui y avez été si bien traité, qui, depuis tant d’années, y « recevez un accueil si cordial et que vous méritez, je vous « l’accorde, vous n’avez pas trouvé pour notre ville un seul (( petit mot d’éloge ; allons, je vous jugeais autrement, « mais vous ne valez pas mieux qu’un autre, vous êtes un

SÉJOL'll A PAU.

(( De grâce, uaon cher monsieur, que fallait-il

(( donc en dire de votre ville? 11 me semble pourtant que « j’ai rendu hommage, en assez bons termes, à son climat,

« à ses sites, à ses vertus hospitalières; que voulez-vous de «plus?» ''

Lui. — « Ce que je voudrais, c’est que vous ne fissiez « pas de Pau une ville de province qui ressemblât à toutes (( les autres. N’aurais-je pas raison de vous reprocher de (( passer sous silence notre Académie, la Société des sciences « et lettres, nos Asiles-modèles, nos Écoles normales, celle (( des Frères, celles d’Enseignement mutuel, l’Hospice civil (( et militaire, notre Maison de santé pour les fous ; le cou- « vent de Sainte-Ursule où les demoiselles de famille, les « fdlesde nos industriels, de nos administrateurs, reçoivent « une éducation si complète, si bien dirigée, le Palais de (( justice, la Prison ; cette Fontaine dont l’eau est si limpide, (( si salubre ; et les magnifiques habitations d’Angosse, de « Saint-Cricq, Desperbasques, Perpigna, de Beaumont, Duce fau, Boala dans l’intérieur de la ville ; et les villas de (( Rippert, Poeymirau, Bassy, Mortier ; tout cela ne méritait « il pas une mention particulière ? Enfin nos promenades si ce belles sur les coteaux de Jurançon, de Gan et de Gélos, c( vous n’en dites pas un mot ! — Et de quoi enfin avez-vous (c parlé? de quelques hôtels, encore en quels termes froids (( et réservés, quand ils valent mieux que vos hôtels de (( Paris où, nous autres, lorsque nous avons le malheur d’y « aller, on nous écorche tout vifs. Avez-vous seulement a parlé des magasins de Bassy, le Tahan pyrénéen, de Duce breuil, de Vigne, de Daguilar, de Mongrand, de Certain, cc vraies succursales de Giroux et de Susse ; du vaste étacc blissement de M. Arriu fils où vous trouverez un choix cc prodigieux de tout ce qui tient, de près ou de loin, à

24 SÉJOUR A PAU

« l’ameublement; des librairies françaises et ateliers de « reliure du même Bassy, de Lafon, et de Delrieu? Ne pou- « viez-vous pas citer nos fabriques de linge du Béarn, de ■ (( Noulibos, de Soubira,deBégué, cet industriel si distingué,

« chargé de fournir les services pour la table des rois?....

(( rien que cela! Est-ce que vous ne deviez pas mention- « ner les magasins si bien assortis en soieries et nouveautés (( de Cornet, de Lapouble et Menvielle; la ganterie de (( M“® Cheyrousse, les ateliers de couture de Mouton,

« et Poublan ; les modes de Mélina, Soulé, Busqués,

(1 Poyarré et Alexandre, et nos artistes tailleurs Larrouy,

« Delage, Lagardie, Ader ?—Ah 1 vous écrivez pour les étran- « gers, et vous ne leur indiquez pas une seule de ces res-

a sources que possède notre pays!. Voyons, répondez-

« moi donc, pourquoi cela ? »

Moi. — « Mon cher Monsieur, si vous étiez un peu plus (( de sang-froid, je vous répondrais que dans tout ce que « vous venez de dire il y a de très-bonnes choses, il y a a des observations justes : que si je n’ai pas parlé de tous (( ces établissements utiles, c’est parce que malheureuse- (1 ment la place me manquait, et qu’arrêtant mes lecteurs U quelques heures seulement dans votre capitale, je ne (( pensais pas qu’il fût utile de leur parler de choses qu’ils « n’auraient sans doute pas le temps de visiter. Si parmi (( eux il s’en trouve qui doivent passer un hiver à Pau, a ceux-là, je l’espère, et n’en doute même pas, trouveront « dans chacun de vos aimables et complaisants compa- « triotes un cicerone encore plus au fait que moi des res- « sources de la ville et n’auront pas à regretter les oublis « que j’aurai commis. »

Lui. — « N’importe, vous trouverez bien dans quelques « phrases de plus à faire l’éloge de nous et de notre ville...

SÉJOUR A PAU

(( Je compte sur vous... Vous êtes occupé, je vous empêche (( de travailler.. . Adieu, j e me sauve. »

Et moi, le pauvre auteur, j’ai trouvé que je n’avais rien de mieux à faire, pour l’acquit de ma conscience, que de rapporter cette conversation tronquée, réduite, et qui pourtant semblera peut-être encore trop longue. ^

Moyens de transport.—Si vous êtes pressé d’arriver aux eaux, demandez des chevaux à la poste, elle est située sur là place Henri IV. Faites mieux ; le trajet de Pau aux deux établissements-thermaux n’est que de dix lieues -, la journée est belle, la route magnifique, peu vous importe de la parcourir en deux heures de plus-, faites venir un loueur quelconque : pour 25 à 30 fr., il vous fournira une voiture à deux ou trois forts chevaux, qui, au heu de cinq heures, comme fait la poste, mettra six heures et demie à vous conduire. Vous avez sur le chemin beaucoup à voir, et vous vous arrêtérez oü et quand vous voudrez.

Chaque hôtel a maintenant son voiturier attitré, mais celui que je vous recommanderai tout particulièrement, c’est François Croharé. 11 a d’excellents chevaux, des voitures grandes et très-douces : sa complaisance et ses bonnes manières ne laissent rien à désirer; il demeure rue Montpensier.

Vous êtes seul ; moyennant 6 fr. dans l’intérieur, 7 fr. dans le coupé, vous trouverez place pour les Eaux-Bonnes ou les Eaux-Chaudes dans une diligence qui part tous les matins, à neuf heures précises, et mène rapidement à destination; le bureau, pour retenir les places, est établi dans la maison de la Poste aux chevaux. 11 existe, rue de la Halle, une autre diligence, qui dessert, aux mêmes prix, les deux établissements thermaux.

Le service est direct pour les Eaux-Bonnes; mais à La- , runs, on verse (pas de mauvais calembour) les voyageurs ' des Eaux-Chaudes dans une autre voiture, sans qu’il y ait lieu à supplément.

La diligence ne s’arrête pas en route ; elle relaie à peu près à moitié chemin, à Louvie, où elle arrive en trois heures et un quart; de là, aux Eaux-Bonnes et aux Eaux- Chaudes, elle fait le trajet en deux heures et un quart.

Déjà vous roulez ; au bout de la première rue, vous tournez à gauche. Tenezvous bien, car il y a là à couper le plus infernal ruisseau que je connaisse. Si les autorités avaient eu, comme moi, quelques feuilles de ressorts de voiture brisées en cet endroit, j’anne à croire

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