ARCHÉOLOGIE , BOTANIQUE, GÉOLOGIE
VALLÉE D’OSSÂU
ARCHÉOLOGIE
Les notes sommaires qui suivent, particulièrement destinées aux archéologues, pourront peut-être offrir aussi quelque intérêt au reste de mes lecteurs.
J’ai réuni dans ce chapitre tout ce que j’ai trouvé de plus
ARCHÉOLOGIE
curieux comme monuments ou vestiges d’architecture dans l’étendue de la vallée, en ayant soin d’indiquer séparément ce que chaque village possède de remarquable en ce genre. Cette division et cet ordre faciliteront singulièrement les recherches.
Vous trouverez à :
Arudy, une église fort intéressante, dans le style ogival du XV® au xvi® siècle, avec des restaurations modernes. Le portail latéral, abrité sous un porche malheureusement défiguré, est encadré entre des pilastres à nervures prismatiques et des pinacles garnis de crochets ; dans l’intérieur, des sculptures diverses;
2» Une maison forte, percée de meurtrières d’un côté, avec deux fenêtres-croisées et d’autres à double ogive, actuellement bouchées ;
3° Plusieurs maisons du xvi® siècle ;
h° Débris d’une belle tour de grandes proportions.
Izeste, une petite église ogivale du xv'-xvi" siècle.—Des maisons des xvi® et xvn® siècles, avec cariatides et basreliefs.
Louvie-Juzon, église ogivale du xv®-xvi' siècle, mais avec un clocher du xiv®-xv® siècle, terminé par une pyramide octogone hérissée de gargouilles aux arêtes, et flanquée de quatre tourelles à crochets.
Plusieurs maisons du xvi® et du xvn® siècle.
Une petite tour tronquée s’élevant sur un mamelon.
Sainte-Colome, église ogivale du xv®-xvi' siècle, dont les fenêtres conservent encore quelques fragments de vitraux coloriés. Il y a quelques années, on en a enlevé et brisé d’autres parce qu’ils obstruaient la clarté. — Jolie idée !
Un château ou donjon, raccourci par son propriétaire
ARCHÉOLOGIE
actuel, mais conservant des détails curieux qui pourraient bien être du xiv® siècle.
Castet-Gelos (voir dans l’itinéraire, page 77). Restes intéressants d’un château fort avec ouvertures ogivales cintrées, divisées par des colonnettes incontestablement du XII® siècle; c’est le monumenthistorique de la vallée. Traces de vieux murs d’enceinte.
Bielle, belle et élégante église ogivale à trois nefs, du même style, mais plus remarquable que toutes les autres de la vallée. Les sculptures y sont prodiguées avec luxe aux portails, aux clefs de voûte, sur les chapiteaux et les consoles.
Auprès de l’église, restes d’une abbaye offrant des fragments d’architecture romane; quelques cercueils en marbre sans ornements.
Maisons du xv® et du xvi® siècle, ornées de sculptures représentant des anges, des sirènes, des bas-reliefs, des écussons, et force détails de végétation. Les initiales 1. H. S. {Jésus hominim salvator) sont reproduites sous des formes très-variées et si compliquées même, que l’auteur d’un ouvrage sur le Béarn, homme d’un grand mérite et d’un haut savoir, a pris cependant l’une d’elles pour la date de 1115.
Restes d’une maison forte. Restes d’une tour sans grand caractère, à porte et fenêtres cintrées.
Curieuses mosaïques, dont je parle longuement au chapitre consacré à Bielle.
Bélesten, petite église de la fin du xvi® siècle.
Gérés, petite église du xvi' siècle; restes d’un castel avec meurtrières, ayant une fenêtre découpée dans la partie supérieure en deux petites ogives trilobées.
Béon, petit château du xvii® siècle. (Voir le dessin de la
.RCUÉOLOGIE.
Asté, une maison assez remarquable du xvi® siècle.
Louvie-Soubiron, une église romane qui n’offre rien de remarquable.
Béost, une église romane, style du xii® siècle, fort intéressante, avec des restaurations des xv' et xvi® siècles ; un portail en marbre assez riche d’ornementation, dont les voussures cintrées et concentriques sont supportées par des colonnes ; la principale archivolte est garnie de figures sculptées représentant Jésus-Christ au milieu des douze apôtres et d’un concert d’anges.
Dans l’église, sur les fonts baptismaux, se trouve une statue grossièrement sculptée, représentant une Notre- Dame de Douleur, dont le dessin est tout à fait dans le style roman.
Plusieurs maisons des xv®, xvi® et xvii® siècles, décorées de bas-reliefs.
Bagès, quelques maisons des xvi® et xvii® siècles ; une statue, style roman, représentant sainte Catherine.
Assouste, une espèce de château avec quelques basreliefs et une fenêtre ogivale géminée-tréflée. (Lire quelques détails sur ce château, page 109. )
Une petite église romane, style des xi® et xn® siècles, avec un portail à plein cintre; des médaillons ornés de figures couronnent extérieurement son abside semi-circulaire.
j^âs. — Quelques anciennes maisons. Son église possède une assez bonne copie du chef-d’œuvre de Crayer, peintre distingué de l’école flamande. L’original de ce tableau, les Martyrs enterrés vivants, se trouve au musée de Lille. (Voir à la page 101.)
Espalungue. — Petit château peu riche en sculptures.
Laruns. — Église ogivale des xv® et xvi® siècles, avec
.rchéologie
des figures sculptées aux clefs de voûte, sur les chapiteaux et sur les consoles; portail d’architecture classique; un bénitier en marbre, du xv® siècle, faible d’exécution. Des maisons du xvi® siècle, avec des portes ogivales, des bas-reliefs, des inscriptions et des hiéroglyphes chrétiens.
Gabas.— Une petite chapelle, style roman, très-peu remarquable, qui possède une croix en cuivre argenté, du XVI® siècle.
Vous avez dû comprendre par le laconisme de mes descriptions que je ne voulais ni faire de l’érudition ni représenter la vallée comme plus riche en antiquités curieuses qu’elle ne l’est réellement. J’ai seulement cherché à vous tracer succinctement un aperçu de ce qu’elle contient en ce genre. Cette nomenclature, malgré sa sécheresse, donnera peut-être un intérêt de plus aux visites que dans vos promenades vous ferez à ces divers villages. Mon but alors sera rempli.
BOTANIQUE
FLOKB OSSALOISE
Après les savantes études de Picot, de.Lapeyrouse, de Eamond et de Bergeret sur la botanique dans les Pyrénées, c’eût été de ma part une trop grande présomption que de vouloir, dans un petit volume comme le mien, donner au lecteur autre chose qu’un sommaire de la Flore ossaloise. Désirant néanmoins lui offrir, quoique dans un cadre trèsresserré , quelques' notions exemptes d’erreurs sur les richesses végétales que le pays possède, mais peu sûr de
BOTANIQUE
moi, je me suis adressé au pasteur-botaniste Pierrine-Gaston Sacaze, comme à un des hommes les plus capables de m’aider en cette occasion. Honoré de son amitié, comptant sur son obligeance qui jamais ne m’a fait défaut, je l’ai prié de vouloir bien, en peu de lignes, dessiner à grands traits, pour l’insérer dans mon Guide, une esquisse de la Flore d’Ossau. Il m’a répondu par une lettre d’une simplicité toute naïve. Il me démontre que ce serait une tentative téméraire de vouloir resserrer en -quelques pages un travail qui exigerait des volumes entiers : il me recommande, dans sa modestie confiante, de ne point parler de lui, de présenter en mon propre nom et non pas au sien, ce que j’écrirai à ce sujet, parce que, me dit-il, je riaime pas à me quereller avec les gens de lettres et les savants. Je brave pourtant sa défense, et c’est lui que je laisserai parler. J’espère qu’il ne m’en voudra pas de reproduire ici quelques passages de sa lettre ; quant à mes lecteurs, ils m’en sauront gré, car cette prose vaudra certainement beaucoup mieux que la mienne.
« Vous me demandez, m’écrit-il, un service auquel il (( m’est presque impossible de répondre. Vous désirez un « petit sommaire de la Flore d’Ossau, mais savez-vous bien « que la tâche est un peu plus difiicile qu’elle ne semble au « premier abord ! Je n’en veux pour preuves que les diver- « gences d’opinions de messieurs les savants en cette ma- <( tière.
<( Ainsi, par exemple, nous lisons dans le Botanicum Gal- « licum de M. Duby, qu’il y a en France six espèces d’aco- <( nit et quatre d’ancolie, et que l’on ne retrouve dans les « Pyrénées que trois espèces de la première de ces fleurs « et deux de la seconde. Eh bien, cher Monsieur, lorsque « j’aurai le temps de m’occuper des flores que l’on a
BOTANIQUE
« composées sur nos montagnes, je me fais fort de prou- (( ver que nous possédons chez nous les dix espèces de (( renonculacées décrites par M. Duby. Ce que j’ai reconnu « pour l’aconit et l’ancolie, l’observation me l’a fait dé- « couvrir pour bien d’autres espèces. Jugez, d’après cela,
« combien notre Flore est considérable et variée !
« Cependant, puisque votre désir est d’écrire quelques « lignes sur la botanique et d’avoir le petit sommaire des « plantes qui végètent ou sont indigènes en Ossau, j’essaie- « rai de vous contenter. Seulement, vous espériez peut- (( être une longue harangue ; en cela votre attente sera « trompée. La science, dit un savant écrivain béarnais, est <( pour les naturalistes plus douce et plus aimable en prati- « que qu’en théorie. 11 nous dit encore que, pour l’intérêt (( de la science, il ne faut que la vérité, et rien de plus.
(( En conséquence, je crois pouvoir affirmer que la Flore « d’Ossau ne possède que 1,500 espèces bien déterminées (I de plantes phanérogames, quoique mon herbier con- (! tienne plus de 2,000 échantillons. En voulez-vous savoir (( la raison? c’est qu’il m’est arrivé quelquefois, comme à <( d’autres, de prendre des variétés pour des espèces.
« En ce qui touche la cryptogamie, il m’est impossible « de vous dire le nombre et la variété des espèces; je ne « m’y connais pas assez, quoique je m’en occupe actuelle- (( ment. Cependant je puis affirmer qu’un savant anglais, « qui parcourait la vallée il y a deux ans, m’a dit qu’il « avait recueilli 500 espèces de lichens, et qu’il y en avait « presque autant dont il n’avait pu s’occuper.
« J’ajouterai que la vallée d’Ossau possède, en fait de « plantes, des richesses qui lui sont particulières ; et dans « le nombre je puis citer : le Lychnis mmularifolia, de « Bergeret ; VAndrosace hirtella, de Dufour ; le Thalictrum
n macrocarpon, de Grenier; le Lithospermum gastoni, do « Bentham. » .
Et moi maintenant je renvoie la classe toute spéciale de mes lecteurs que le sujet intéresse à Gaston Sacaze, le maître de tous en cette matière. Ils savent qu’il demeure à Bagès-Béost. D’avance, je leur promets de sa part l’accueil le plus franc et le plus cordial. Science profonde, vaste instruction, obligeance extrême, voilà ce qu’ils trouveront chez lui.
C’est encore à lui que je dois, du reste, les indications contenues dans le tableau que voici :
Largeur de la zone de glaces et neiges permanentes dans les
Pyrénées. .
Limite inférieure des neiges et glaces permanentes dans les Pyrénées.....
É(helle de végétation.
Le rhododendron commence à.
L’airelle myrtille paraît à.
Le ranunculus parnassifollns paraît entre S,700 mètres et. Les arbres et arbrîsseaui cessent dans les Pyrénées à.
GÉOLOGIE
La ville de Pau est bâtie sur la crête d’un coteau formé par des terrains diluviens, auxquels ont donné naissance les débris de montagnes que les eaux ont charriés de la vallée de Lavedan.
En quittant le chef-lieu du département pour se diriger vers la petite ville de Gan, à travers le vallon du Nez, les coteaux que l’on aperçoit à droite et à gauche de la
géologie.
route ont une origine tout à fait semblable ; leur partie supérieure est composée tantôt de cailloux roulés, de granit, de schiste, de grès, d’ophite, de carbonate de chaux, isolés et disséminés dans une terre meuble et marneuse ; tantôt de fragments pierreux de la même nature, fortement réunis par un ciment argileux ou calcaire. Ces dépôts d’alluvions anciennes reposent généralement sur la formation supra-crétacée que constituent le plus souvent des couches de sable, de marne et de mollasse.
A deux kilomètres environ au sud de Gan, apparaissent les premières assises du terrain crétacé qui, dans les Pyrénées, ne présente pas de roches tendres, sableuses et calcaires, caractéristiques des gisements septentrionaux ; on remarque d’abord des couches inclinées d’environ kO degrés etdirigées de l’est à l’ouest, d’un calcaire blanc jaunâtre ou grisâtre, qui n’a de relations avec les calcaires du type crétacé qu’une grande homogénéité, une structure massive, et peu de fossiles ; du reste, il ressemble beaucoup plus aux calcaires jurassiques, et est susceptible d’acquérir un poli plus ou moins grossier. C’est la pierre de taille ordinairement employée à Pau pour la sculpture et l’architecture.
Ces couches de chaux carbonatée reposent presque toujours sur des grès durs et micacés, présentant des caractères très-variables. Ici ils ont l’apparence d’un grès vert ; là, celle de la grauwache ancienne, d’autres fois, ils sont schisteux et micacés à la manière des grès houillers.
En deçà et au delà de Rébénac, on rencontre un calcaire gris bleuâtre, saccharoïde, capable de prendre un beau poli, donnant par la percussion une odeur semblable à la poudre à canon. Ces marbres , qui constituent les pics et les coteaux qui, au sud, dominent le village, sont très-coquilliers; ils renferment des dicérates, des sphérulites, des gry-
GÉOLOGIE
phèes et d’autres mollusques qui définissent la formation crétacée ; ils sont en outre fréquemment traversés par des veines spathiques.
Entre le pic de Rébénac et le village de Sévignac, le terrain offre d’énormes blocs de schiste argileux, de marbre et de granit. Ces blocs ératiques, appartenant à des roches qui occupent la partie centrale des Pyrénées, ne peuvent avoir été transportés là où on les observe aujourd’hui, que par des eaux qui avaient à la fois une grande force d’impulsion et une gi’ande force de suspension. Ces blocs se retrouvent encore à Arudy, dont le terrain se compose d’un calcaire grenu, d’ma blanc grisâtre ou jaunâtre, alternant avec une variété de schiste argileux et de marbre gris; on trouve dans ces couches des madrépores, des entroques, des coquilles bivalves et des ammonites.
A mesure que l’on avance vers le faîte des Pyrénées, les terrains deviennent de formation de plus en plus ancienne ; les dépouilles marines disparaissent presque entièrement. Le granit forme la base du sol du côté des Eaux-Bonnes et des Eaux-Chaudes; des roches feuilletées, telles que le gneiss et le micaschiste, s’appuient sur ses flancs ; des schistes qui donnent d’excellentes ardoises, des porphyres, des grès, des roches talqueuses, des grauwaks renfermant des amas puissants d’anthracite, et des calcaires non fossilifères se mêlent à leurs couches. On trouve la même alternance de terrains, en remontant le cours du Gave, jusqu’à la masse imposante du Pic du Midi, au pied duquel sont amoncelés en grande quantité des blocs de granit de dimensions considérables, dont chaque orage et chaque dégel accroît le nombre, aux dépens du volume de la montagne.
GÉOLOGIE