TOURNÉE DANS LES PROVINCES BASQUES
J’ai intitulé ce chapitre Grandes promenades , Courses , Excursions; ce n’est donc pas sortir par ti’op de mon sujet que de tracer encore ici, en quelques lignes rapides, l’itinéraire d’une intéressante excursion de huit jours environ, et que pourront exécuter aussi bien les étrangers qui tra-
verseront Pau à leur retour des Eaux, que ceux qui y passeront l’hiver.
Les premiers devront trouver dans cette petite tournée un complément à leur voyage principal ; les autres couperont par là, d’une façon agréable, la monotonie inséparable d’un séjour prolongé dans des lieux qui, malgré tous leurs charmes, ne sauraient remplacer ceux qu’on habite d’ordinaire.
Cette fois encore, c’est sur le sol espagnol que je vais conduire le lecteur.
Je supposerai seulement que vous avez quitté, sans moi. Bonnes, les Eaux-Chaudes ou Pau, et qu’attiré par le désir naturel de voir Bayonne et Biarritz, vous vous y êtes rendu directement en diligence ou en voiturin. La route est pittoresque. Je vous engage en conséquence à la faire de 'jour.
A Bayonne, descendez à l’hôtel Saint-Étienne ; à Biarritz, logez à l’hôtel des Ambassadeurs. Comme je n’ai pas l’intention de vous servir de guide ni dans les rues de l’une, ni dans celles de l’autre, nous partirons, si vous le voulez bien, pour notre tournée, le lendemain même de votre arrivée. Libre à vous au retour de prolonger votre séjour, et de voir en détail ce que chacune de ces villes peut contenir d’intéressant.
Le premier jour, nous quitterons Bayonne de bon matin et irons coucher à Saint-Sébastien. On peut prendre la diligence, ce qui est toujours un moyen de transport économique ; mais si vousn’êtes pas obligé d’y regarder de près, louez une bonne calèche dont le cocher vous servira en même temps d’interprète, et vous évitera en route, grâce à sa connaissance des langues basque et espagnole, mille petites contrariétés locales. Vous aurez aussi l’avantage,
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avec cette combinaison, de pouvoir vous aiTêter où et quand bon vous semblera. Vous visiterez alors Urrugne, Bidart et Guétary. A Béhobie, pendant que notre cocher,
muni de nos instructions et de nos passe-ports, satisfera aux formalités un peu vexatoires de la douane espagnole, nous nous embarquerons sur la Bidassoa et irons déjeuner à Fontarabie.
Quand nous aurons visité la ville dont le cachet moyen
âge ne manquera pas de vous frapper, que nous aurons donné un souvenir à la belle défense qu’y fit sous 1 empire le général Lamarque alors simple capitaine de grenadiers, et qu’enfin, pour n’avoir rien à nous reprocher, nous serons entrés au palais et à la cathédrale, nous remonterons dans notre barque et gagnerons Irun. C’est là que notre cocher, prévenu d’avance, ira nous attendre.
Irun, petite ville moderne, sans caractère ni physionomie, ne doit pas nous arrêter. Nous partirons donc sans retard et entrerons à Saint-Sébastien vers cinq heures. Avant d’y arriver, nous aurons traversé le joli village de Rentéria, rendu à jamais célèbre par l’événement qui s y accomplit il y a quelques années. Vous avez suivi, comme moi sans doute, à cette époque, toutes les phases de ce grand procès où les liens matrimoniaux d une femme étaient en question, et qu’une transaction termina heureusement en assurant à l’épouse défenderesse une fortune de plus de 200,000 francs de rente. Sur ce point, je n’ai donc rien à vous apprendre.
■ Saint-Sébastien est une jolie ville nouvellement construite et dont if vous faudra visiter la citadelle, le port, les remparts, la poissonnerie, les promenades et les églises.
Le second jour , nous irons coucher à Tolosa, capitale du Guipuzcoa; nous aurons soin de suivre la vieille route dont le parcours à travers les montagnes est des plus pittoresque , et nous nous arrêterons en passant à Hernani, antique ville admirablement conservée. Son hôtel de ville, sa cathédrale, ses palais aux larges balcons, qui étalent encore sur leurs façades les armoiries sculptées des nobles familles qui les élevèrent, tout cela mérite d’attirer votre attention.
Une fois installés à Tolosa, il nous faudra visiter quel-
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ques-unes des fabriques de draps qu’elle renferme. Cette industrie est avec celle du fer et des cuirs, une des gloires et des richesses du pays.
Troisième journée. — Si vous m’en croyez, nous laisserons reposer notre voiture et nos chevaux, et nous prendrons sur les lieux des mules qu’à notre choix nous pourrons ou monter, ou faire atteler; dans cet équipage, nous nous rendrons au couvent de Loyola. Cet établissement célèbre, fondé par les jésuites, est situé au milieu des monts Cantabres. Vous y verrez, entre autres choses curieuses, la maison d’Ignace de Loyola, qui a été comprise dans l’enceinte même" du couvent. Le soir, car la route et la visite nous prendront bien la journée entière, nous pourrons revenir coucher à Tolosa, ou gagner Azcoïtia, petite ville qui possède une excellente auberge.
Quatrième journée. — Dans le cas où, satisfait de ce que nous aurons déjà vu ensemble, vous voudrez pousser encore un peu en avant, vous devrez aller coucher à Bilbao : en partant d’Azcoïtla à sept heures du matin, nous arriverons vers quatre heures. — Bilbao, capitale de la Biscaye , est une ville curieuse, qui présente cette particularité assez étrange qu’on n’y voit pas circuler la moindre voiture : la raison, que je ne garantis nullement néanmoins , en est, m’a-t-on dit, que les rues passent presque toutes au-dessus de voûtes dont la solidité laisse beaucoup à désirer. — Les hôtels sont généralement bons. — Je vous recommande le théâtre.
Cinquième journée. — De Bilbao à Vittoria, capitale de la province d’AIava, on met sept heures. C’est, du reste, la grande route de Bayonne à Madrid qui nous y conduira. Il nous faudra loger au Parader Viejo, près l’hôtel de ville; c’est là que m’avait adressé un de mes amis, à qui je
dois tous les renseignements que je vous donne, et qui m’ont, pour mon propre compte, permis de faire cette tournée dans les conditions les plus agi’éables du monde.
A Vittoria, nous visiterons avec soin les églises fort nombreuses et fort riches, la place des Taureaux, le théâtre et la Florida. Si, comme cela arrive assez souvent en voyage, l’envie vous prenait d’étendre le cercle préalablement arrêté de votre excursion, et d’aller faire une pointe jusqu à Madrid, vous saurez qu’il part chaque jour une diligence de Vittoria pour la capitale des Espagnes.
Le sixième jour, nous irons à Pampelune; pour peu que notre arrivée dans la capitale de la Navarre coïncide avec le spectacle d’une course de taureaux, je vous assure d’avance que notre voyage se trouvera bien dignement couronné. — J’y ai vu le célèbre Cucharès et sa cuadrilla, en représentation, et c’est peut-être pour moi, encore aujourd’hui, le plus piquant souvenir de mes nombreux voyages. Le trajet de Vittoria à Pampelune nous prendra douze heures. Ce qu’il faut voir dans cette dernière ville, c’est d’abord la citadelle, et ensuite, comme dans toutes les villes espagnoles, les églises et le théâtre.
Nous voici arrivés au terme de la tournée, telle que je l’ai faite moi-même, telle aussi que je vous conseille de l’exécuter. Vous entraîner plus loin, essayer en même temps de vous parler de ce que je ne connais pas personnellement , ce serait sortir de mon rôle et manquer à ma conscience ; je ne le ferai pas. Du reste, vous n’étiez pas parti avec l’intention d’entreprendre un véritable voyage en Espagne ; par conséquent, au point de vue de la couleur locale, vous en avez vu assez pour satisfaire une curiosité raisonnable.
Je pense donc que nous pouvons maintenant repren-
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dre tous ensemble le chemin de la frontière de France.
Pour cela, ou nous reviendrons avec notre voiture en deux petites journées, ou nous prendrons place dans la diligence qui part le matin de Pampelune et nous ramènera à Bayonne dans la nuit. Le chemin que nous suivrons ainsi au retour sera nouveau pour vous, et j’appelle votre attention notamment sur la jolie petite ville d’Elisondo, que l’on traverse en route.
VH