LE BERGER MALHEUREUX
TBABÜCTION
Là-haut sur les montagnes, un Berger malheureux,
Assis au pied d’un hêtre, baigné de pleurs.
Songeait au changement de ses amours.
Cœur léger, cœur volage, disait l’infortuné,
La tendresse et l’amour que je t’ai portés,
Sont-ce là les rebuts que j’ai mérités?
Depuis que tu fréquentes les gens de condition,
Tu as pris un si haut vol, que ma maison N’est plus assez haute pour toi d’un chevron.
Tes brebis avec les miennes ne daignent plus se mêler ; Tes superbes moutons, depuis ce temps-là.
Ne s’approchent des miens que pour les attaquer.
De richesses je me passe, d’honneurs, de qualité.
Je ne suis qu’un Berger; mais il n’y en a aucun Que je ne surpasse en amitié.
Quoique je sois bien pauvre dans mon petit état.
J’aime mieux mon berret tout pelé Que le plus beau chapeau brodé.
Les richesses du moude ne font que donner du tourment. Et le plus grand Seigneur, avec son argent.
Ne vaut pas le Berger qui vit content.
Adieu, cœur de tigresse. Bergère sans amour.
Changer, tu peux changer de serviteur :
Jamais tu n’en trouveras un comme moi.
vallée D’OSSAU.
Constant dans ma ferme résolution de dire toute la vé- ' rité, rien que la vérité, malgré mon peu de sympathie pour la mélodie, pour la poésie de la montagne, je ne puis m’empêcher de vous raconter qu’il y a cinq ans, il se trouvait dans la vallée une jeune et belle Ossaloise, qui, par l’étendue et la pureté exceptionnelle de sa voix, jouissait au loin d’une réputation méritée.
Une artiste distinguée d’un théâtre lyrique de Paris désira juger cette merveille, et je fus invité à cette petite ' solennité. Je me souviens encore aujourd’hui du plaisir que nous éprouvâmes à l’entendre chanter une vieille romance historique de la vallée, composée sur la Captivité de François Le pays, qui peut montrer encore avec orgueil dans ses archives le rôle des contributions levées pour la rançon de ce prince, avait le droit de chanter la bataille de Pavie. — Je crois devoir vous rapporter encore ici le texte et la traduction de cette romance pour que vous puissiez vous faire une idée des essais naïfs de la poésie ossaloise.
Un diplomate étranger, ravi de la voix de notre Ossaloise, l’emmena à Berlin où elle a chanté quelque temps avec . succès au Grand-Théâtre.