HÉBERT
PAUL BAUDRY, disciple respectueusement fidèle et attendri de la Renaissance, émule fervent du Corrège et des grands Vénitiens, reste Tune des plus hautes, l'une des plus pures gloires de TÉcole française au dix-neuvième siècle.
Peintre à la fois savant et inspiré, il se créa,
au contact des maîtres italiens, sa noble personnalité en mettant au service d'une vision nette, ferme et radieuse du Beau une foi, une persévérance, une opiniâtreté qui furent admirées de tous et demeurent éminement exemplaires.
Baudry réussit à s'astreindre à la plus rude discipline, à puiser aux sources de Testhétique, en restant lui-même, c'est-à-dire un Français très moderne, épris de toutes les grâces civilisées en même temps que des antiques formes harmonieuses. Nul n'est parvenu, comme le coloriste délicat et le séduisant évocateur de Léda, de Diane suprise, de la Toilette de Vénus k faire resplendir dans les scènes mythologiques et allégoriques toute la sereine magnificence d'un idéal contemporain.
D'un tempérament courageux et d'une foi robuste, Baudry s'efforça, peut-être avec excès quelquefois, au risque de perdre sa vigueur
originale, d^atteindre la perfection dans le charme, dans la plus exquise élégance. Il y parvint, comme peintre des déesses nues et ravissantes, de la femme et de l'enfant, comme décorateur prestigieux, plein de ressources.
Précisément son œuvre vaste et superbe de décorateur, en particulier la plus connue, les peintures qui ornent splendidement le Foyer de rOpéra, en donnant au nom de Paul Baudry le plus légitime éclat. Ta révélé au grand public sous un jour un peu particulier.
Il importe que Baudry soit encore mieux et plus complètement connu de tous. M. Eugène Guillaume, son collègue à l'Académie des Beaux-Arts, qui lui consacra, il y a quelques années, une intéressante notice, après avoir vanté la dignité de sa vie et l'importance de ses œuvres, ajoutait : '' Une dernière consécration lui est due, et pourquoi retarder ce
suprême hommage ?... On peut porter ses tableaux au Musée du Louvre."
Ce vœu était légitime. Il fut et il est toujours partagé par tous les admirateurs et les amis de Baudry.
Assurément, il importe pour Thonneur de Tart français, pour l'enseignement efficace d'une technique admirable où la science et la pensée vivifient un dessin ferme, tour à tour agréable et puissant, joint à une couleur mélodieuse, délicieuse, aérienne en quelque sorte, que Baudry soit mis à coté des plus grands maîtres.
Nul ne s'en plaindra. Il est en dehors de toute école. C'est qu'il unit magiquement la plus large ou la plus subtile interprétation du réel aux élans de l'intelligence, à l'essor du songe. La science et la finesse personnelle de ses conceptions sont manifestés dans ses nombreux portraits d'une touche si variée, étincelants où profonds, probablement trop oubliés aujour-
n. — LA FORTUNE ET L'ENFANT.
(Musée du Luxembourg.)
Ce fut pendant son séjour en Italie que Baudry, tout jeune encore, peignit cette oeuvre délicieuse. L'espèce de popularité, méritée d'ailleurs, qui s'attache à ce tableau, démontre bien que, dès ses débuts, Baudry eut le sens inné de la peinture décorative.
PAUL BAUDRY i?
d'huî après avoir joui d'une vogue éclatante, dans ses lumineuses et féeriques fantaisies où il célèbre en de radieux paysages toutes les splendeurs des femmes vivantes et rêvées, comme dans les vastes ou minuscules peintures décoratives où il renouvelle en grand Italien et en grand Français les légendes païennes.
De même que l'œuvre de Baudry, sa carrière, l'histoire simple et touchante de son existence offre les exemples les plus utiles, les leçons les plus aptes à créer une émotion généreuse, un enthousiasme fécond.