Chapitre I
Nomination. — Voyage.
M. Paul Bert fat nommé résident général de la République française en Annam et au Tonkin le 31 janvier 1886.
Cette nomination, qui surprit tout le monde, était, semble- t-il, prévue — peut-être parce qu'elle était désirée — dans toute lTndo-Chine française. Au milieu de décembre, un de mes amis, arrivant de Saigon, me disait : « De notre avis à tous, il n’y a que deux hommes qui puissent nous tirer de ce gâchis : M. Paul Bert et... » Je tairai le nom de l’autre, à qui ce rapprochement faisait beaucoup d’honneur. Au Tonkin, vers le commencement même de janvier, sa venue était regardée comme assurée, et
des télégrammes de félicitations arriveront de Hanoï et llaïphong.
Hn fiance, maigre les fruits qui coururent dans les premiers jours de l’année, la nouvelle, môme officielle, rencontra beaucoup d’incrédules. Sauf les esprits étroits pouf lesquels 500,000 fr. de traitement sont une raison sans réplique, tout le monde fut étonné de son acceptation. Je sais cependant des gens qui, dès 1884, le voyaient, de toute certitude, appelé à prendre en main la direction des affaires du Tonkin.
Ses amis proches en effet avaient pu constater une singulière évolution de ses idées. La mort de Gambetta, après les tristesses de 1870, l’avait laissé inconsolable. « Ce qu’il y avait de meilleur en moi est scellé dans ta tombe, » lui criait-il dans un dernier adieu. Et jamais depuis lors il n’avait recouvré sa vaillante belle humeur. Il était resté découragé. Fatigué de la politique intérieure, et en meme temps rassuré sur le vote des lois d instruction pour lesquelles seules il avait quitté la science, il n’avait retrouvé que dans la politique coloniale un aliment pour son activité et son patriotisme.
T ne nation qui se laisse diminuer est une nation morte. Cet aphorisme de Jomini le hantait depuis longtemps. 11 cherchait par où la France
pourrait s’accroître. A l’Est? il n’y fallait pas songer encore. Toute autre idée de conquête en Europe était une folie. Restaient les colonies, et l’Allemagne elle-même nous laissait le champ libre en Asie et en Afrique. Le conseil d’un ennemi peut être bon ; M. Bert en jugeait ainsi, et favorisait, dans la mesure de ses forces, l’expans ion coloniale.
En 1874, l’expédition de Garnier, l’avait enthousiasmé. Il se lia d’amitié avec quelquesuns de ceux qui y avaient pris part. Et depuis cette époque, toutes nos entreprises d’outre-mer trouvent en lui un avocat ou un promoteur.
L’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Congo, le Tonkin font le sujet de ses études favorites et de ses meilleurs discours. C’est lui qui demande à la Chambre une pension nationale pour la veuve de Garnier, et plus tard pour madame Flattcrs. Ilarmand, Brazza, Dupuis, l’ont pour ami ou pour défenseur. Il voit avec joie l’expédition de Tunis ; il encourage celle du Tonkin, et en 1883, lorsque commencent les grandes luttes parlementaires, il dépose par deux fois des ordres du jour de confiance.
Ni les hésitations et les lenteurs en 1884, ni les revers glorieux en 1885, n’altèrent sa foi dans l’utilité et dans le succès de l’entreprise. Ils Ta-
mènent seulement à y prendre un intérêt encore plus vif. Après Langson, dans la presse, dans des conférences, au Parlement, il soutient, avec une éloquence et une chaleur croissantes, la nécessité de la politique coloniale ; et nul de ceux qui assistèrent, en septembre, à la réunion électorale du Tivoli-Vaux-Hall, n’oubliera la franchise et Lhabileté également merveilleuses avec laquelle il présenta cette thèse devant un public au moins indifférent, et à côté de candidats, comme M. Frédéric Passy, hostiles à cette politique.
Le résultat de cette campagne sincère et courageuse fut heureux pour M. Bert et pour Je Tonkin. Lui, fut élu à Paris et dans l’Yonne ; et il s’opéra, après les élections, une réaction sensible en faveur de l’expansion coloniale. Ce n’est pas au moins que les adversaires fussent convertis ou que les ennemis eussent désarmé : on le vit bien au mois de décembre, quand le gouvernement demanda aux Chambres des crédits supplémentaires pour le Tonkin.
Pour nous, aujourd’hui que les passions sont calmées, il est évident qu'on s’exagérait alors le danger, ou plutôt qu’on le voyait là où il n’était pas. Que les crédits eussent été refusés par la Chambre, jamais ce vote n’aurait eu pour con-
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séquence F évacuation. Le vieil orgueil français se serait révolté avant la honte consommée. Mais le refus aurait donné de notre politique une idée fâcheuse ; un mouvement commercial naissant en eut été paralysé, et F armée, à qui le Tonkin avait valu dos enseignements précieux et une gloire chère à tous, se serait sentie humiliée et décou-
ragée.
M. Paul Bert comprenait cela. Il aurait voulu entrer dans la commission des 33. Son bureau lui préféra M. de Rochefort. Il se prépara dés lors à défendre ses idées à la tribune. Le 23 décembre, quand il y monta pour appuyer la demande de crédits, il était singulièrement ému ; « J’ai à défendre, disait-il à un ami, un beau client, l’honneur de la France ; puissé-jo ne pas être indigne de lui. »
Sa tâche était difficile. Inscrit le premier sur la liste des orateurs, il avait cédé son tour de l^arole à Monseigneur Freppel, qui espérait ramener unecinquantainede voix de droite, pourvu, ajoutait-il, « que vous n’ayez pas commencé par nous les rendre irréconciliables. » M. Bert ne songeait guère à lui-même et s’effaça devant Mgr Freppel : moyennant quoi , deux voix de droite se joignirent à la majorité républicaine, celles de M. de Mun et de Mgr Freppel lui-même.
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Après lui, M. Bert no pouvait que répéter les memes arguments ; et cependant son discours fut quelque chose de neuf et de puissant. Par la modération du ton, comme par l’ampleur des Yues> ^ inaugurait un genre nouveau, dont le fonlvin \it plus tard l’entier développement. Son succès fut considérable. Personne, plus que lui. ne contribua a déterminer le vote final.
Ln dehors du Parlement, son chaleureux langage éveilla mille échos sympathiques : « Je vous remercie pour ma faible part, lui écrivait un des hommes les plus considérables de ce temps, je vous remercie du discours que vous avez prononcé hier et dans lequel vous avez si admirablement défendu l'honneur et les intérêts de la France. C’était un véritable soulagement après les interminables séances de la commission des 33, où l’on a piétiné si cruellement pendant quinze jours sur la patrie blessée. »
« Je ne suis pas, lui disait un autre correspondant, le seul qui vous écrive en ce moment pour vous remercier d’avoir parlé si éloquemment au nom de la France. Je suis bien placé dans notre Afrique pour apprécier l’immense service que vous nous rendez. »
A cote des lettres privées, arrivaient des lettres publiques et des télégrammes do congra-
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filiation, dont le sens général était qu'il avait bien mérité do la patrie.
Un autre que M. Paul Bert aurait presque pu oublier les tristes événements de 1885, pour se réjouir du tour nouveau de ses affaires personnelles.
Entré au Parlement sans prétendre faire de politique, ayant un but unique et précis, la réforme de renseignement, et déterminé à regagner son laboratoire une .fois ce but atteint, il l’avait poursuivi avec une énergie et une âpreté bien imprudentes, s’il aspirait jamais, malgré sa volonté actuelle, à devenir un homme d’État. Aussi, en dépit do ses aptitudes prodigieuses, en dépit de vues supérieures, de discours remarquables par la dialectique et la puissance oratoire, en dépit d’un labeur surhumain et d’immenses services rendus, il n’avait pas, au bout de dix ans, conquis, au moins dans le Parlement, le premier rang auquel il avait droit : des rancunes personnelles et une légende perfidement propagée l’en avaient toujours écarté. Mais peu à pou une certaine maîtrise de soi-même, la concentration sur moins de sujets de son activité jusqu’ici éparpillée, et enfin une grande autorité morale, fruit de la dignité do sa vie et de la sincérité de son caractère, tout cela l’avait peu
à peu tiré de l’ornière où il peinait ; et une double élection, dont Tune, un véritable triomphe, venait de le pousser, une seconde fois au seuil du ministère.
Un portefeuille lui fut offert. Il demanda celui du commerce. Mais il le voulait avec tout ce qui s'y rattache ; avec la direction des colonies, où notre exportation cherche de nouveaux marchés, et a\ ec celle des consulats, dont la seule raison d’être est la protection à l’étranger des commerçants et du commerce national.
Notre exportation languit, nos vieilles colonies s’étiolent, et les nouvelles s’impatientent. « Eh bien, disait M. Bert, le ministre du commerce doit a\oir en main toutes les informations et tous les moyens d’action pour connaître et combattre dans la mesure du possible , ce malaise général ! Moi, ministre, j irais visiter tour à tour nos colonies et les grands centres commerciaux de l’étranger . Je demanderais crédit de temps et d’argent; si le cabinet tombait en mon absence, j’ai confiance que le Parlement garderait sa place a un collègue absent pour le service public. Et j’irais ; j’arriverais, représentant de l’État, portant a nos nationaux d’outre-mer la bonne parole; je leur donnerais confiance ; j’étudierais leurs besoins et j’écouterais leurs vœux; et, plus tard,
ayant vu et entendu, échappant à la tutelle énervante des bureaux, je pourrais soumettre au Parlement et faire exécuter avec suite des mesures d’ensemble, d’où sortiraient, qui sait ? un rajeunissement de notre activité, une reprise de notre commerce extérieur. »
La combinaison n'aboutit point. Mais M. Bert avait trouvé sa voie, ou plutôt il était sur la piste d’une besogne à sa taille. Il avait voulu servir le commerce et les colonies. Eh bien, il était une colonie, où le commerce avait de grandes destinées. Cette colonie était discutée, et, avec elle, toute la politique coloniale. Il prendrait leur cause en mafn ; et il montrerait, à force de bon vouloir et d’économie, ce qu’on peut tirer de ce Tonkin si discuté.
Ce n’était pas encore chez lui un dessein arrêté. Les circonstances en précipitèrent l’étude et l’exécution.
Un matin, — je crois que c’était le premier janvier, — il me fit appeler ; je vis tout de suite à son air qu’il s’agissait de choses graves. « Voici, me dit-il, qu’on parle d’envoyer au Tonkin une délégation de la Chambre. Je sais ce que valent ces commissions, sans mandat fixe ni responsabilité. Celle qui visita l’Algérie, il y a cinq ou six ans, a laissé de tels souvenirs qu’un député n’ose
plus s’y vanter de son titre. Il ne faut pas que celle-ci parte. Ce serait une chose désastreuse. Je a ais chez Freycinet, le prier de m’envoyer en mission là-bas. Je couvrirai le cabinet d’abord, ensuite je 1 éclairerai : qu’en pensez- vous ? » Je ne pouvais que penser et ag’ir comme sa courageuse femme qui, ne voyant que l'intérêt public, le laissait libre, le pressait même do partir, et voulait partir avec lui.
j\I. de I i eycinet connaissait déjà vaguement les intentions de M. Paul Bert. Ministre des affaires étrangères avec M. Brisson, il avait assisté aux tentatives de reconstitution du cabinet. Le plan de M. Paul Bert, comme futur ministre du commerce, l’avait séduit. « Si j'avais dix ans de moins, lui disait-il, vous auriez en moi un rival. » la ux mois plus tard, charge de composer un nouveau ministère, il se souvint de ce qu’il avait entendu. « Pourquoi n’appelez-vous pas Paul Bert, lui disait M. Lockroy, à qui il offrait le portefeuille du commerce. — Oh ! Paul Bert, répondit M. de Freycinet, j’ai pour lui mieux ({u un ministère î » Ce « mieux qu’un ministère, »
c était le poste de résident général en Annam et
Quand M. Paul Bert se présenta au quai d Orsay, l’accord fut vite conclu.
Le bruit, vague d’abord, s’en répandit ; les journaux annoncèrent cette nomination comme possible ; enfin, elle parut à l 'Officiel. Le choix sembla heureux ; autant qu’il m’en souvient, le ministère en fut hautement et unanimement féli cité. Il n’en fut pas de même de M. Paul Bert.
Au milieu des innombrables lettres qu’il reçut alors, je ne rencontre, sauf dans celles do Lorrains et d’Alsaciens, aucune félicitation enthousiaste. Des vers, beaucoup de pièces de vers qui voulaient être lyriques ; un acrostiche signé :
« un ex-écrivain pas heureux, » et commençant ainsi :
Paul Bert est félicité de sa nomination ;
des compliments sans chaleur ; et, pour clore la série, une lettre anonyme d’un maniaque, qui plus tard, au Tonkin, lui demandait de temps à autre, par cartes postales : « Eh bien, mon ami Paul, auras-tu bientôt volé ton petit million ? » Et c’est tout.
Quant à ses amis, leurs lettres ne sont pas précisément pleines d’allégresse. « Sans doute, lui écrit l’un d’eux, vous avez toujours été partisan de l’expédition du Tonkin, et de la politique coloniale ; vous les avez défendues à la Chambre ; vous passez de la parole à Faction, votre conduite
est logique et courageuse et dépasse la mesure ordinaire do la force qu’on voit déployer à nos hommes politiques... Mais, dans ce pays à peine soumis, dans un climat dangereux, si loin!... » Le même jour, deux amis inconnus lui envoyaient, l’un, une lampe de travail, l’autre, des conseils hygiéniques.
A côté des craintes personnelles, l’inquiétude patriotique. « Ainsi donc vous partez. Vous avez jugé qu’à l’heure où nous sommes, les hommes comme vous peuvent, sans préjudice pour la
patrie, s’exiler de la France Votre place est
à la Chambre, pas ailleurs. »
Enfin, dernière note, un vague désappointement. « Vos véritables amis ne savent trop s’ils doivent vous féliciter... » « Si c’était pour en venir là, vraiment, ce n’était pas la peine de quitter la science pour la politique Si encore
^ enicz me demander a déjeuner avant de partir ! »
Il en avait vraiment bien le loisir. Il lui fallait courir au ministère, s’entretenir avec le Président du conseil ; régler ses affaires personnelles ; choisir les quelques collaborateurs qu on \ o niait emmener ; visiter ou recevoir tous ce ux, français, anglais, américains, chinois ou chinoises qui avaient, à un titre quelconque,
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autorité dans les affaires d’Extrême-Orient ; dépouiller les trois ou quatre mille lettres de ceux qui désiraient le suivre au Tonkin à un titre quelconque , et enfin préparer le départ.
Ce départ eut lieu le 12 février. Une foule enthousiaste se pressait à la gare de Lyon : chacun voulait voir Paul Bert, l’entendre, lui serrer la main. Ce fut un triomphe. Sauf un ou deux journaux, la presse entière se montra sympathique. Une ovation semblable l’attendait ^ Dijon, à Lyon, malgré l’heure avancée, et enfin à Marseille, où des milliers de curieux, amis ou oisifs, s’étageaient sur les quais et les jetées voisines des Messageries.
Au moment où le bateau, le Melbourne , s’ébranlait, on lui remit une dernière dépêche : « A Paul Bert, bonheur, gloire, santé; signé : Cœurs de France. »
Merci de vos vœux, amis inconnus. Jamais ils n’allèrent à un meilleur Français.
Le voyage fut gai. Tout le monde était plein d’entrain. Le règlement des Messageries, qui confie au commandant la présidence de la table et la distribution des places, nous avait, selon les grades, tous disséminés dans le salon. Cela
empêcha la mission, comme on disait, de se grouper autour de son chef, et do profiter de scs causeries et de ses enseignements. Mais on se dédommageait sur le pont, où M. Bert aimait à s’entretenir avec ses collaborateurs.
Cette mission comptait une douzaine de personnes : MM. Klobukowski, h ancien chef de cabinet de M. Thomson; Laurent, inspecteur des finances; Dumoutier, élève de l’école des Lang-ues Orientales, qui fut là-bas quelque chose comme directeur de l’enseignemeut ; Pène-Siéfert, très au courant des affaires d’Annam, et qui devait, à Ilué, servir d’intermédiaire entre nous et les hauts Mandarins; et enfin MM. Halais, Toutée, Luce et Scliillemans, les maîtres Jacques de ce petit groupe, en principe, attachés militaires, mais appelés, avec leurs aptitudes multiples, à rendre de multiples services.
Autour rie INI. Bert, même sur le paquebot, tout le monde travaillait. On analysait les mémoires apportés jusqu’au dernier jour par des capitalistes ou des commerçants, les lettres de candidats à mille emplois qui ne devaient jamais être créés; on lisait les meilleurs ouvrages sur le Tonkin. Puis c’étaient des projets et des discussions à perte de vue. Mais rien de pédant ou d’ennuyeux; une bonne humeur intarissable, et
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AU T O N K I N
surtout une inébranlable foi clans le succès, que le chef exhalait tout autour de soi.
Le temps passa sans qu’on le sentît passer. Chaque escale nous voyait débarquer en bande : Naples, d'où nous courûmes jusqu’à Pompéï ; Port-Saïd, où le gouverneur nous offrit du café exquis dans des tasses minuscules ; Ismaïliaravec ses villas hospitalières ; Colombo et Kandy, paysages admirables dans un climat béni, et enfin Singapour, où l’on voit les premiers Chinois, et, sur notre route, les derniers Anglais.
Puis Saigon, la première ville française depuis la France, et qu’on aimerait pour cela, quand elle ne serait pas une ville tout européenne bien bâtie, bien entretenue, avec de beaux jardins pleins d’ombre et un splendide palais.
M. Paul Bert y fut reçu avec des honneurs inusités et une sympathie qui le toucha profondément. Le gouverneur par intérim, M. le général Bejin, l’installa en maître au palais, que lui-même n’habitait pas ; la population donna à son intention un bal, des courses et un banquet par souscription, où devant cinq cents auditeurs venus de toutes les villes de la Cochinchine, il prononça un long discours, inconnu en France, qui fut accueilli avec d’unanimes applaudissements.
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Entre temps, il monta jusqu’à Pnom-Penh où le roi Norodom eut une attitude indécise, et se tint plutôt sur la réserve.
Enfin, le 2 avril, il s’embarqua pour le Tonkin ; il toucha à Quin-IIon et, sans crainte des rebelles qui rôdaient à moins d’un kilomètre, y passa la nuit; le G, il était à Haï-Phong, où le général de Négrier vint lui donner l’accolade fraternelle, et lui présenter les autorités et la population commerçante: enfin le 8, il entra dans Hanoï et y fut reçu par le général Warnet et tout le haut personnel militaire et civil. La présentation , un peu solennelle, dura deux heures. Immédiatement apres, il alla visiter les dillerents chefs de service et voir la ville. I oute la soirée il s’entretint avec le général Warnet qui, avant de quitter la Résidence générale, l’avait invité à dîner chez lui.
Le lendemain matin, à 7 heures, il était à son cabinet, et commençait cette vie de labeur infatigable, qui était sa vie et dont il devait mourir.