‹ Paul CézanneChapitre 8 sur 12 · III. — Salon cV automne · texte numérisé non relu

III. — Salon cV automne

Mort de Cézanne [22 octobre 1906).

l\ew-Youk Herald. — 5 octobre i906 (P[erre ^ eber) : M. Cézanne fut surnommé « un ignorant sublime ». Mais on n’est pas tout à fait d’accord dans la définition, les uns veulent supprimer « ignorant », les autres veulent supprimer « sublime ».

Le Gil Blas. — 5 octobre 1906 (Vauxelles) : ... Nier que Cézanne soit un des plus conscients, un des plus graves, un des plus volontaires des maîtres d’aujourd’hui, c’est nier l’évidence. Le traiter de « maçon ingénu », d’imagier baroque et farouche, qui (( voit bossu » devant la nature, n’est plus soutenable. Vraiment la plaisanterie a trop duré. Aussi bien, qui diable songe à nier ses défauts : inégal, heurté, maladroit, des formes qui gauchissent, des fonds qui avancent, des plans qui chavirent, des bonshommes de guingois. Nous le

PAUL CKZAANE

savoQS. Mais Rubens a-t-il du goût, et Renoir des idées ?

La République Fraa'çaise. — 5 octobre 1906 (de Bettex) : ... Les portraits de Cézanne, on le sait, feraient la joie de Guignol.

La Liberté. — 7 octobre 1906 (Étienne Charles) : ... M. Cézanne, lui, dédaigne les grâces de la couleur et des formes...

Le Figaro. — 25 octobre 1906 (Arsène Alexandre) : ... Ce qui frappe tout esprit impartial en examinant un tableau de Cézanne, c’est, à côté d’une incontestable noblesse dans la plantation, dans le point de départ, une impuissance absolue d’arriver au bout de la route. Or, n’arrivent au bout du chemin que ceux qui peuvent exprimer et rendre durable l’émotion qu’ils ont ressentie. L’art ne peut, sinon se réjouir, du moins s’enrichir avec de simples intentions.

Le Temps. — 25 octobre 1906 (Tiiiébault-Sisson): ... Il ne fit guère, à vrai dire, que des esquisses, moins par négligence ou parti pris, que parce que la conformation de son œil ne lui permettait point de pousser l’esquisse la mieux venue jusqu’au définitif.

Le Gaulois. — 25 octobre 1906 : ... Paul Cézanne,

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le peintre révolutionnaire du plein air, vient de disparaître.

Son éducation artistique, on aurait peine à le croire, se fit tout entière au Louvre, où il passa de longues années à copier les maîtres du dix-huitième siècle, dont son tempérament d’artiste lui révélait les beautés.

L’Eclair. — 25 octobre 1906 (RexNÉ-Marc Ferry) : ... Talent incomplet, qu’une infirmité de la vue maintenait d’ailleurs dans l’inachevé et comme à l’état d’ébauche ; il faisait figure, grâce au paradoxe de quelques écrivains et à l’artifice de certains marchands, de grand homme et de chef d’école.

Le Soleil. — 25 octobre 1906 : ... Cézanne était un fort brave homme, fort estimé de tous ceux qui le connaissaient, mais un artiste très incomplet. On a voulu pourtant en faire un maître, mais cet effort a avorté et le public n’a pas ratifié un engouement que rien ne justifie. Ce que l’on peut admirer dans la vie du u Père Cézanne », c’est sa persévérance à faire de la mauvaise peinture.

Journal de Monaco. — 30 octobre 1906 : ... Cézanne s’efforçait de rendre les gens, la nature et les choses tels qu’il les voyait et sans se soucier de leur communiquer un peu de beauté. Figures, ar-

bres, maisons, ttenrs, rriiits ou meubles étaient maçonnés avec la même brutalité.

Bulletin de l’Art Ancien et Moderne. — 3 novembre 1906 ; ... Cézanne fut accepté comme un maître par une partie de la jeune génération qui voulut voir en lui un chef d’écôle. Quant au public, il se montra toujours déconcerté par les fai-, blesses de dessin de cet artiste sincère, mais incomplet.

La Revue des Beaux-Arts. — 11 novembre 1906 (Fagus): ... J’oserais dire qu’il eut du génie comme une brute...

L’Art et les Artistes. — Novembre 1906 (Gvihlemot) : ... Homme de génie, d’aucuns vont jusqu’à le prétendre, et des soucis mercantiles autorisent seuls une telle exagération.

Art et Décoration. — Novembre 1906 (Mauclair) : ... A M. Cézanne vivant, certaines choses pouvaient être dites. Sur la tombe à peine close de M. Cézanne il ne me conviendra de témoigner que du regret de n’avoir pu démêler les raisons de son influence, en y joignant l’attestation de la modeste bonne volonté de ce persévérant et malchanceux producteur.

Mercure de F’rance. — 15 février 1907 : ... Char- 212

APPENDICE

LES Morice oppose l’exil de Gauguin à Tahiti à la réclusion volontaire de Cézanne à Aix :

« L’exil de Gauguin n’était pas le geste par lequel un homme se sépare de ses semblables... En s’écartant d’un « faux semblant de civilisation » il appelait la vie, loin de se détourner d’elle...

« Cézanne, enfermé dans les strictes bornes de la technique de son art, vivant uniquement par les yeux et le cerveau, nous apparaît comme le type de l’artiste exclusif, égoïstement incurieux de tout ce qui n’est pas tons et rapports de tons, un magnifique monstre. »

Le Feu. — Mai 1912 (Joachim Gasquet) :...!! avait le mysticisme exact de la réalité, et son tourment, en tout, était de rendre la vie plus vivante encore. Il s’asseyait dans un coin d’auberge, buvait un doigt de vin épais, et lentement l’âme de Shakespeare qui riiabitait peuplait d’un drame bleu les mots rugueux qu’échangeaient les paysans. Une fillette comme un feu follet courait au bord de la fosse toujours ouverte qui marchait le long de ses pas trébuchants et où, dès qu’il entrait en extase, s’anéantissait le reste brumeux de ses soucis. Un motif s’incarnait.

INDEX ALPHABÉTIQUE

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