‹ Paul CézanneChapitre 2 sur 65 · L’'ARTISTE DE LA RENAISSANCE, EN REVANCHE · texte numérisé non relu

L’'ARTISTE DE LA RENAISSANCE, EN REVANCHE

Avez-vous, a ce propos, réfléchi sur ce que peut signifier la fameuse aventure, plus ou moins légendaire, de Michel-Ange, au sujet de la construction de la Coupole de Saint-Pierre ?

Un profane, sans aucune connaissance spéciale de l’architecture, sans le secours d’aucun calcul, sans s’aider d’instrument démonstratif d’aucune sorte, affirme sans hésitation parce que c’est ainsi, parce qu'il le voit nettement, en opposition avec tous les techniciens, que son ceuvre ne s’écroulera pas. Et l’ceuvre, en effet, ne s’écroule pas, donnant ainsi un démenti formel a des prévisions par trop prudentes...Ce fut la victoire des yeux infaillibles. Michel-Ange voyait. Il voyait avec une lucidité, avec une précision merveilleuses.

Anecdote supréme, sans doute, mais a peine exceptionnelle. Il suffit de feuilleter le Vasari, au hasard, — comme certaines dmes pieuses le font avec l’Ecriture ou le Kempis,— pour trouver facilement des histoires du méme genre. L’homme de la Renaissance, dans l’art du bien regarder et du bien voir, était sans doute remarquablement doué. Et, certes, non seulement les artistes. Le public lui-méme avait dans ce domaine des facultés qui nous remplissent d’admuiration. )

Quel contraste avec les artistes, avec le public d’aujourd’hui! En pensant a tant d’éclatante santé, comme nous paraissons tous malades!... Et malades de la plus dangereuse espéce : de l’espéce de ceux qui ignorent leur propre maladie.

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