LE DILEMME POUR L’ARTISTE MODERNE
Les artistes intelligents l’ont bien compris, mais ils se le sont avoué seulement a eux-mémes. Ils gardent leur secret, mais se font, en vérité, peu d’illusions, Ils savent qu’exécuter des ceuvres mires, pleines, tranquilles, comme celles des Musées, leur est, pour le moment, physiquement impossible.
Deux solutions leur sont alors offertes : l'une, toute de vanité, qui consiste a feindre de faire des ceuvres comme celles des Musées, mais qui en sont, justement l’opposé, qui n’en reproduisent que l’apparence : c’est le chemin que suivent les histrions.
L’autre solution est dans le travail humble et sincére; Uartiste fait ce qu'il peut, reproduit comme il peut ce qu’auparavant il a vu comme il pouvait; il avance ainsi lentement, trés lentement, vers l’épuration de son art, vers le progres de son métier manuel, vers augmentation de sa puissance de regard: c’est le chemin que suivent les apprentis.
Ce fut ce chemin que parcourut, sa vie entiére, Paul Cézanne. I1 le fit avec tant de loyauté, tant de sérieux, tant de passion contenue, tant de simplicité héroique, qu’il nous apparait — ainsi qu’il arrive pour tout ce qui est trés pur, et suivant la lumiére de l’heure, — tant6t comme un archétype éternel, tantét comme une caricature attendrissante.