‹ Paul CézanneChapitre 21 sur 65 · SON OBSCENITE · texte numérisé non relu

SON OBSCENITE

Ce satanisme se manifestait aussi d’une autre maniére. On considérait en ce temps-la que les tableaux de Cézanne n’étaient pas seulement virulents et deémesurés, mais que la réalité de la nature y était montrée d’une facon obscéne et abominable, qui ne pouvait manquer de heurter, tout a la fois, la correction habituelle des arts et la correction des mceurs. A Paris, dans ce Paris si peu prude, dans le Paris du théatre et du boulevard, du « Nuau Salon» et des hardiesses de la caricature, les nus de Cézanne — nous n’arrivons pas a comprendre pourquoi — ne pouvaient étre montrés sans provoquer du scandale. A l’exposition de chez Vollard, l’exposition de la rue Laffite, une Léda et le cygne, des Baigneurs et quelques autres nus furent placés par le marchand a la devanture de son magasin : les protestations furent si fortes qu’on dut les retirer immédiatement. « La cauchemardante vision de ces atrocités a I’‘huile — disait alors le Journal des Artistes — dépasse la mesure des fumisteries légalement autorisées. Les plus courageuses parmi les plus courageuses de nos lectrices pourront-elles, sans avoir la nausée, passer devant le numéro 39 de la rue Laffite? » La servante de Vollard, comme il nous le raconte lui-méme, ne put s'empécher de dire a son maitre en rentrant a la maison : « Je

crains bien que Monsieur ne se fasse beaucoup de tort auprés de Messieurs les amateurs avec ce tableau des Messieurs tout nus dans la vitrine ».

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