‹ Paul CézanneChapitre 20 sur 65 · PHILOSOPHIE DU PEINTRE MAUDIT · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DU PEINTRE MAUDIT

Toute esthétique supposant une philosophie, et méme une théologie, l’esthétique du Cézanne légendaire n’y fait pas exception. La philosophie du Cézanne légendaire n’est plus panthéiste, comme I'était celle du Claude Lantier, mais dualiste; et non seulement dualiste dans le sens humain du mot — ainsi que l’a été le Cézanne authentique — mais diabolique et blasphématoire. Le peintre maudit se devait lui-méme d’étre un peintre blasphémateur. On ne pouvait manquer de trouver de la perversité, du subconscient refoulé dans ces tableaux bleus, peuplés de formes irréguliéres qui, aux yeux de la foule, étaient en complete opposition avec les exigences de la logique et de la gravité, mais qui avaient une véritable valeur pour ceux qui, au contraire, y distinguaient un antagonisme avec les lois de la logique et du monde. Cézanne, a ses débuts, avait été un coloriste violent et romantique, influencé par Delacroix et, au Louvre, par ce Véroneése et ce Rubens, que la mére de Cézanne aimait a appeler les compéres de son fils puisqu’ils s’appelaient tous les trois Paul. Le public de cette « fin de siécle » et du commencement du nétre ne manqua pas a son tour de considérer Cézanne comme un coloriste halluciné qui, avec la richesse et la profondeur de son expression, ne peut arriver a se révéler que d’une maniére hative et désordonnée, en laissant des fragments épars semblables aux restes d'un réve opulent que la mémoire recueille au réveil.

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