‹ Paul CézanneChapitre 23 sur 65 · SON LANGAGE · texte numérisé non relu

SON LANGAGE

Son langage, ses opinions, recueillis par un public intéressé, ont ce méme caractére de violence. Les méditations esthétiques de Cézanne sont, en vérité, aussi profondes que

celles du plus subtil des philosophes; mais lui, pudiquement, cache a tous ses pensées les plus intimes et accepte que l’anecdote d’abord, puis la légende ne recueillent de lui que ses plus grossiéres violences. Le Cézanne légendaire possede, ainsi, une classification trés simple de la peinture; classification qui, du reste, semble vraiment étre de Cézanne lors de ses premiéres années a Paris : il y aurait, selon lui, la peinture « couillarde » et la peinture « pas couillarde »; la premiere, virile, révolutionnaire, libérée des regles et des sensibilités; la seconde, tranquille, s'accordant avec les conventions académiques et sociales, belle et douce dans l'expression : peinture féminine ou peinture a effet... Cette opinion simplette donne tout de suite une image que le public est heureux d’accepter. Cézanne, le Cézanne de la légende, sera donc un cowillard, comme la peinture qu'il préfére.

Un continuel langage scatologique sera une des plus naturelles conséquences de cette attitude. Cet homme, qui emploie des couleurs sales d’aprés la légende, usera d'un vocabulaire ordurier. Parmiles mots que l’on cite de lui comme célébres, originaux et caractéristiques, c’est l’excrément qui en est le commun dénominateur. Si on lui demande ce qu'il prépare pour le Salon, Cézannerépond : « Un pot dem....»; les académiciens, les professeurs de l’école des Beaux-Arts recoivent de lui, dans ses diatribes, une appellation synthétique et générale correspondant a ce substantif; si Cézanne désire étre regu au Salon Officiel ou au Musée du Luxembourg, c’est pour pouvoir appliquer a Bouguereau le verbe dérivé. La légende qui caractérisait ainsi Cézanne se vengeait, jusqu’a un certain point,du romancier qui avait calomnié le peintre. Les deux, Cézanne et Zola, apparaissaient alors, aux yeux de la foule, comme les officiants rituels d’un culte obscene et malodorant.

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