‹ Paul CézanneChapitre 59 sur 65 · REACTION CONTRE L’IMPRESSIONNISME · texte numérisé non relu

REACTION CONTRE L’IMPRESSIONNISME

Le Carnaval impressionniste ne pouvait durer toujours : « Ah! La vie était belle sous l’Empire! » « Ah! Vart était beau sous l’impressionnisme! » pouvonsnous dire maintenant. Indolence et sensualité, couleurs et volupté de la couleur; suggestions faciles, aimables imprécisions, l’atmosphére dérobant n’importe quelle faiblesse de contour, le jeu des apparences substitué au travail ardu de la construction, un subjectivisme frivole cachant la difficile connaissance des objets, et, au mépris de la maturité classique, de tout ce qui est achevé et parfait dans sa réalisation, le culte ardent de l'instinct, de l'improvisation, de l’esquisse, du croquis... Puis, la joie et le soleil et la douce féminité et le nu équivoque et le demi-nu plus subtil, remplissant, débordant, moussant pendant un quart de siécle d'art et d’expositions d'art.

Maintenant, donc, nous sommes en Caréme avant les Paques de léquilibre ; quarante jours de jetine, de pénitence et d’abstention. Si, avant, nous dansions la farandole, il est juste qu’aujourd’hui nous nous livrions a des « exercices Spirituels ». En vérité, les tendances qui se présentent maintenant a nous et qui sont le sujet de nos méditations, dans les ventes, dans les livres, dans les expositions, dans les Musées, ne sont pas autre chose dans leur sérieux et dans leur dignité que les exercices spirituels de l'art contemporain. Et ces exercices se font presque uniquement d'aprés l’Evangile selon Cézanne.

Liefficacité de cette tache expiatoire doit se traduire par un renouvellement de valeurs. Et de gotits et méme de gestes... En 1890, les artistes, quand ils parlaient d’ceuvres exécutées et surtout d’ceuvres a exécuter, avaient l’habitude d’agiter la main droite, a moitié fermée en un vague mouvement nerveux ou de la secouer elliptiquement : pour le dire une fois pour toutes, ils accomplissaient des gestes de musicien. Aujourd’hui, dans des circonstances semblables, ou bien ils laissent tomber gravement le groupe formé par les trois premiers doigts, allusion plastique a la ligne ferme, ou bien avec la main déja plus ouverte, la paume tournée vers le ciel, on dirait qu’ils soupésent comme pour donner une idée de poids et de volumes, et il semblerait alors, quand ils exécutent cette mimique, que nous avons devant nous des architectes passionnés... Nous voyons ainsi la transformation d'un geste inconscient qui va nous donner des lueurs sur une autre transformation qui est en train de se réaliser dans le domaine de la conscience. « Mouvement! couleur! » Tel était le cri de guerre de ces années; c’était l’époque ou les artistes obligeaient les modéles 4 marcher avec naturel dans l’atelier pour surprendre les effets de la vie et'ot tous les débutants sortaient dans la rue pour dérober des silhouettes schématiques aux passants... « Equilibre! Structure! » parait étre, au contraire, la devise contemporaine. Alors sont venues les compositions paisibles et statiques, l’amour des natures mortes, l’application, franchement avouee, des abstractions géométriques aux arts du dessin.

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