‹ Paul CézanneChapitre 60 sur 65 · LA LUTTE POUR LA STRUCTURE · texte numérisé non relu

LA LUTTE POUR LA STRUCTURE

Cette lutte doit rencontrer de rudes obstacles; elle impose, nous l’avons dit, un veritable caréme. Le premier devoir pendant ce caréme doit étre la sincérité dans la confession. On peut assurer que le commun dénominateur de toutes les belles tendances de l'art contemporain réside dans la révélation des difficultés qui peuvent se présenter dans une ceuvre et des problémes soulevés dans la construction. Un exemple pris dans l’architecture domestique courante éclairera mieux notre raisonnement. Levons les yeux vers le toit d’une maison quelconque. Que voyons-nous? dans la plupart des cas, une surface plate, ornée, peinte; un plafond. Mais cette surface est uniquement un travesti, sans aucune utilité constructive. Les véritables éléments de construction indispensables a l’édifice et a son équilibre se trouvent a l’intérieur : les poutres laissées visibles dans les constructions pauvres ou dans les maisons paysannes sont soigneusement cachées dans les domiciles citadins, car on a admis, depuis longtemps, que la rude franchise avec laquelle ces poutres soulignent le jeu des poids et des résistances offensait les regards délicats. Quelques réformateurs dans l’architecture, pourtant, enclins a cette franchise n’ont pas craint de laisser les poutres nues et de révéler, par d'autres détails, l’élément constructif, méme dans la décoration des maisons élé-

gantes... Quelles grimaces, pendant la période d’adaptation, la grimace des bonnes dames!... Mais ces architectes réformateurs savaient qu’en risquant cette nouveauté ils restaient, non seulement dans le pittoresque de la couleur locale, avantage déja sensible, mais dans le sens des plus pures traditions classiques, ce qui est la preuve d’une certaine valeur. Ils savaient que la définition de l’art gothique et ce qui fait sa valeur et son plus grand sérieux, d’accord, du reste, avec l’architecture grecque réside justement dans le dédain des éléments ornementaux et dans l’amour des éléments constructifs ; qu’on les indique non seulement dans leur nudité authentique, quand ils subsistent réellement, mais qu'on les représente fictivement, quand les progrés de la construction et des arts permettent de s’en passer ; qu'on montre non seulement l’alternance symétrique des poutres et de leurs appuis, a l’extérieur, dans lalignement des métopes entre les triglyphes, mais que la grave colonne, déja de pierre ou de marbre, reste cannelée et sculptée de moulures pour rappeler la colonne primitive ou les troncs d’arbres se groupaient et s’ajustaient, fleurant encore l’odeur de la forét.

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