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Paul de Saint-Victor

L'homme. — Le talent.— II. La Camille. — Le comte de Saint-Victor.— Naissance de Paul de Saint-Victor. — III. Son éducation. — Fribourg, Lyon, Meilan. — IV. Rome.

Passionné sous une apparence froide, violent et irrésolu, nerveux jusqu'à la souffrance, aussi hautain que haut, mais timide à l'excès, Paul de Saint- Victor, qui fut toujours mal à Taise dans le temps où il vécut, ne l'était pas moins, au début, dans la forme littéraire qu'il s'était choisie. Il n'essaya pourtant jamais d'en sortir; mais, après avoir tenté de plier son esprit aux nécessités de sa besogne hebdomadaire, il réussit à élargir assez le cadre du feuil-

leton pour pouvoir s'y installer à sa guise, y vivre et s'y mouvoir suivant les hasards de sa fantaisie. Pendant près de trente ans, il a émietlé, le lundi de chaque semaine, une longue suite d'ouvrages que la publicité des journaux dispersait à leur naissance.

Quoiqu'il n'ait jamais écrit que sur les productions des autres, il est peu d'artistes dont la personnalité soit plus nelte et l'originalité plus marquée que la sienne. Au lieu de juger l'œuvre qu'il aborde, il s'en empare victorieusement; il la fait prisonnière dans son art, il la coule, comme un métal en fusion, dans le creuset de sa forme, d'où elle renaît, avec une franchise de jet, avec une puissance, avec une intensité de ton incroyables.

Paul de Saint-Victor consacre à décrire les qualités les plus précieuses de son esprit : une attache, suffisamment solide, relie les sujets les plus divers et les plus disparates qu'il ait traités, et leur constitue une réelle unité : c'est qu'il n'a jamais rien produit (pie sous le coup d'impressions très vivement ressenties. Les idées, même les plus abstraites, il semble qu'il les ait vues; il les traduit en images sensibles et, à l'exemple de Calderon et de Shakspeare, il les entoure, comme dit M. Taine, f d'une végétation luxuriante et entrelacée, contournant parfois les formes par surabondance d'imagination ».

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