SAINT-POINT
secs? Heureux ies hommes qui meurent à l'œuvre, frappés par les révolutions auxquelles ils furent mêlés! La mort est leur supplice, oui, mais elle est aussi leur asile ! Et le supplice de vivre donc, le comptez-vous pour rien ? »
Lamartine accueillait sans hauteur, avec une tristesse indulgente, les plus impérieuses réclamations; mais il suffisait qu'un malheureux vînt lui raconter ses peines, qu'une infortune lui fût signalée, pour qu'il donnât sans compter, jusqu'à la dernière pièce d'argent qu'il avait si péniblement gagnée. Il était généreux avec une grandeur et une noblesse de poète, avec toutes les délicatesses d'une âme élevée. A une jeune fille dans le besoin qui, forcée de vendre son chien, avait eu la pensée de s'adresser à lui qu'on savait l'ami des bêtes, Lamartine répond par la lettre que voici. Paul de Saint-Victor en avait fait une copie :
(il avril 1849.)
« Mademoiselle,
» Vendre son chien, c'est vendre une partie de son cœur. Acheter le chien d'un autre, c'est lui acheter une partie de sa vie. Je ne le ferais pas sans rougir,
Je ne jouirais pas de l'amitié d'un animal que vous pleureriez...
» Le malheur veut que je n'aie pas, en ce moment, seulement cent francs dans ma bourse; mais, si vous voulez venir me voir dimanche, de demain en huit, à onze heures, j'espère avoir alors de quoi vous payer le chien, et vous le laisser en pension à vie.