‹ Paul de Saint-VictorChapitre 26 sur 82 · ENTRÉE DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

ENTRÉE DANS LE MONDE

dont nous seuls savons la note et la clef. Orgies des sens et de la chair, vous pâliriez devant les Lupercales de celte Caprée où le cynisme et l'idéal, l'athéisme et l'argot, Pantagruel et la muse, se mêlent, se fondent et s'étreigent, dans une promiscuité impétueuse.

» Les odalisques elles-mêmes en sont rejetées comme profanes. Elles ne sont là que pour orner la fête de leur beauté, comme des cariatides. On dirai!, cà les voir, muettes et étrangères, ces esclaves cubiculaires des fresques de Pompéï, qui assistent, un flambeau àlamain, aux voluptés et aux raffinements du lit romain.

» Qu'advient-il de ces nuits d'ivresse ?C'est qu'elles n'ont pas de lendemain; et, le lendemain, c'est la vie! On y gaspille sa verve, on y épuise sa force, on y dissipe son sens moral, on s'en revient avec des torrents de mépris pour les vulgarités de la vie et du travail; et le temps s'use, comme le tabac, aliment de ces feux de joie de l'esprit, en cendre et en fumée.

» Ils cherchaient un nom, l'autre jour, à notre confrérie. « Oh! mes amis, — leur ai-je dit, — il est » tout trouvé : appelons-nous, comme la jeunesse » dorée de Gléopàtre, la bande de ceux qui veulent » gaiement mourir! car, je vous le dis en vérité, » nous célébrons, chaque soir, les funérailles de

» notre avenir, et ces carrousels de paradoxes et » d'épigrammes sont des champs de bataille meur- » triers où nous mordrons tous la poussière.

» Que n'es-tu au moins l'Aspasie de ces banquets de Platon sous la table'. J'immolerais avec joie mon esprit à ton sourire. Quelles flammes que tes lettres: elles étincellent et elles réchauffent ! chère Sybille, tu as trop de Dieu dans le sein ! Pourquoi faut-il que tu n'aies pour trépied que l'escabeau de Cendrillon!

» Hélas! dans ta vie, ; comme dans la mienne, Dieu a mis de petits obstacles en travers de hauts désirs et d'ambitieuses pensées... Mourez ici, dernières folies d'un cœur brisé, et n'allez pas attrister un cœur ami. Résigne-toi, mon àme, plonge-toi dans les joies de l'art, comme Clarence dans son tonneau de Malvoisie! Et de quoi te plains-tu puisque tu es aimée ? »

— Oui, j'entends d'admirables phras

Des sons parla bout lie ennoblis;

Mais les mots ressemblent aux vases,

Les plus beaux sont les moins remplis.

Le cœur n'est pas engagé dans cetlt^ passion littéraire, et ces périodes harmonieuses n'entérinent que de sonores déclamations.

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