‹ Paul de Saint-VictorChapitre 25 sur 82 · ENTRÉE DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

ENTRÉE DANS LE MONDE

n'est pas le feu follet chimérique qui s'éteint et se rallume à tous les coups de vent du caprice. »

Mais les causeurs ont cela de commun avec les orateurs, avec les musiciens et les mimes qu'ils ne survivent pas à eux-mêmes. On n'a pas trouvé le moyen de cristalliser une flamme qui passe, de dire le geste, l'accent, la vibration du sarcasme « qui abat une réputation ou une vanité, comme un sabre turc coupe une tête ! » Les mots répétés ressemblent aux enveloppes noircies des fusées éteintes qu'on ramasse au lendemain d'un feu d'artifice. Ils ont conservé l'odeur delà poudre, mais il nejettent plus d'éclat.

Et pourtant Paul de Saint-Victor a écrit sur la conversation avec un tel lyrisme et une telle éloquence qu'il n'est pas impossible de se figurer combien il y apportait de charme et d'invention. A l'époque où il s'abandonnait le plus volontiers à l'ivresse de l'improvisation, il écrivait à une jeune femme dont nous aurons bientôt l'occasion de parler :

« La conversation me grise comme du johannisberg. Je vais, depuis quinze jours, dans une maison où s'est réfugiée cette fille charmante et dédaigneuse des aristocraties oisives. C'est là qu'elle chante son chant du cygne.

» Madame de B... ouvre les deux battants de son salon — un seul suffirait — à tous les dilettantes de cette guitare des sérénades parisiennes. On y vient trois fois par semaine, et on y cause, avec la mélodie et l'accord d'un chœur d'esprits du même timbre et de la même école musicale. Il ne manque que ton contralto à ce concert, chère Malibran de la causerie, le rossignol de cette volière de fantaisies diaprées et de concetti siffleurs. i

Et plus loin :

« Oh! la causerie... quelle perfide et décevante ondine ! Comme elle vous noie en vous caressant ! J'ai le malheur de connaître cinq à six jeunes gens qui sont les princes de L'esprit et de l'art ! Grands hommes inconnus qui resteront inédits; grands seigneurs de l'intelligence qui ne daignent frayer qu'avec leurs pairs. >~ous formons, entre nous, une franc-maçonnerie sacrée et nous célébrons nos mystère^ la nuit, aux flammes d'un punch dont leurs maîtresses sont les vestales, dans les nuages fantastiques des pipes qui fument, comme des encensoirs d'extase intellectuelle.

» Tout ce qui se dépense de génie, d'esprit, de fantaisie, d'éloquence, dans ces médianoches avinés, animerait des mondes de pensée cl d'invention. La langue que nous parlons est un sanscrit étrange

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