‹ Paul de Saint-VictorChapitre 29 sur 82 · THÉOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

THÉOPHILE GAUTIER

(1er janvier 1849.)

« Monsieur et cher maître,

» Je vous remercie de l'occasion que vous me donnez de vous remercier de huit ans d'enseignement et d'intimité littéraire. Mon admiration pourvousest delà reconnaissance, car vous êtes un des maîtres qui m'ont appris à lire dans la poésie et dans Fart.

» Aussi la ligne bienveillante de votre feuilleton d'aujourd'hui est-elle pour moi un bien précieux suffrage. C'est Paul Véronèse encourageant un élève de son école.

» Mon dévouement littéraire vous était déjà tout acquis; je ne puis que vous en renouveler l'expression et vous prier d'agréer l'assurance de mon ardente sympathie et de ma considération la plus distinguée.

Celte lettre n'était pas faite pour déplaire à l'impassible martyr de la copie auquel elle était adressée et elle préparait un bon accueil à son auteur. Louis de Cormcnin, qui, ami de l'un était en rela-

tion avec l'autre et connaissait les sentiments de tous les deux, saisit, un peu plus tard, l'occasion de les rapprocher. Ayant lu, un jour, à Paul de Saint- Victor la pièce de vers intitulée Musée secret que Théophile Gautier hésita longtemps à publier dans Émaux et Camées, qu'il n'y mit pas, mais qu'on trouve maintenant dans le livre de M.Emile Bergerat intitulé Théophile Gautier, Paul de Saint-Victor, féru d'admiration, écrivit à Louis de Cormenin, le lendemain, pour le prier de lui en donner une copie. Celui-ci lui répondit qu'il ferait bien mieux de l'aller demander à l'auteur lui-même. Paul de Saint-Victor avait eu, de son côté, la même idée, et voici la seconde lettre qu'il adressa à Louis de Cormenin :

« Monsieur,

» Je vous suis infiniment reconnaissant de votre bon souvenir. J'ai devancé votre conseil et j'ai été, avant hier, chez M. Gautier, chercher ses vers qu'il a eu la bonté de nie copier lui-même. V Étude de main m'a ravi, mais le Musée secret m'a ébloui. C'est, pour moi, le Piègent de SOD éerin. Comme science de contour et illusion de couleur, ces vers sont, peut-être, sans précédents dans la langue. Il a raison de les appeler une transposition d'art. La

Page 1