THÉOPHILE GAUTIER. G
strophe n'est pas écrite, elle est pétrie dans la pâte et dans l'huile du Titien et du Corrège.
» A sa place je les publierais hardiment. Un tel pinceau transfigure tout ce qu'il touche. Il diviniserait la croupe de la Vénus Gallipyge. Quelle draperie vaudrait cette pureté enflammée de lumière et de couleur dont il revêt ses nudités de marbre? Le Musée secret est le dernier mot de la beauté plastique. M. Gautier est entré maintenant dans la manière, souverainement pleine et calme, des dernières années de Gœthe. Il ne lui manque que le divan de loisir et de contemplation du grand pacha de Weimar. Sur des vers pareils à ceux-ci un duc italien du xyi° siècle lui aurait donné cent mille ducats et un sérail pour atelier, et le roi d'Espagne lui aurait envoyé la Toison d'or...
d C'est à vous, Monsieur, que je dois d'avoir pu connaître un hemme que je respecte et que j'aime comme mon maître et mon initiateur. Croyez à toute ma reconnaissance et à celle que m'inspire la bienveillante sympathie dont vous m'avez donné de si cordiales preuves.
» Recevez l'assurance de ma considération la plus distinguée.
A partir de cette époque, des rapports très fréquents s'établirent entre les deux artistes. Leurs esprits se confondirent volontiers dans les mêmes admirations. L'intimité naquit, et, Tannée suivante, quand Théophile Gautier fut faire, à Constantinople, le voyage qu'il a raconté dans son livre admirable, voici dans quels termes il écrivait à Paul de Saint- Victor, le 4 avril 185:2 :
« Mon cher ami,
» J'ai régulièrement de vos nouvelles par Louis de Cormenin, qui n'écrit pas une lettre à Constantinople sans y mettre quelques lignes à votre endroit, sachant l'affection que je vous port»1 et le plaisir qu'il me fera.
» Je vous ai découvert deux violents admirateurs byzantins qui ne jurent que par VAnge de Fi s et vous encadreraient volontiers d'un nimbe d'or trilobé, sur fond d'outremer.
» Cormenin m'a dit que vous vous occupiez d'une nouvelle au natrum, aussi bitumineuse que si vous
1. Article de Paul de Saint-Victor sur Fra Giovanni <f<r Fietole (Beato Angelico) qu'on trouvera réimprimé dans le livre intitulé : Les Dieux et let demi-Dieux de la peinture. (1 vol in-4°, Paris, Moriiot, 1864.)