‹ Paul de Saint-VictorChapitre 3 sur 82 · L'HOMME. — LE TALENT · texte numérisé non relu

L'HOMME. — LE TALENT

travaillé sur sa propre trame et qui a fait de sa plume uu pinceau. Je crois qu'où peut dire, eu résumé, de Paul de Saint-Victor qu'il fut un homme de sensations, ayant eu à son service une forme éclatante...

Il avait, sur un corps un peu court, une tète puissante. Sous un large front, creusé, en hauteur, par une ride profonde, s'ouvraient deux yeux saillants, pleins de feu, deux lentilles très convexes qu'il braquait avec fixité sur ce qui le frappait, et qui attiraient, à leurs foyers, des images précises. Son nez fin et un peu crochu avait de la fierté; sa lèvre dédaigneuse, avare d'un sourire, était recouverte d'une fine moustache, aux houts frisés, qu'il portait à la façon relevée du Rotrou de Caftîeri. Son visage, que des cheveux châtains, assez longs et ondulés, encadraient heureusement, semblait couvert d'une patine sombre et harmonieuse. Il avait grand air; on sentait en lui la race, et, surtout avant que la graisse eût épaissi ses formes, et bien que ses vêlements fussent fort négligés, il passait, dans le monde, pour un modèle d'élégance native et de distinction.

11 était d'une politesse glaciale, distant, ombrageux, parfois brutal, inégal de caractère, même avec ses meilleurs amis. Ceux qui l'approchaient le plus

intimement n'étaient jamais certains d'un accueil cordial. Souvent il regardait à peine les personnes auxquelles il avait donné, la veille, des poignées de main qui avaient paru sincères. Au théâtre, il prenait un air raide et crispé qui terrifiait ses justiciables, quand la pièce qu'on jouait ou les acteurs ne lui plaisaient pas. Les adulations, poussées a un point qu'on ne saurait dire, et qui venaient parfois de liés haut, l'avaient rendu personnel et cassant; pourtant il n'aimait pas les louanges directes et coupait net, ordinairement, aux éloges qu'on lui adressait sur ses feuilletons. Il est vraisemblable que. bien que c'eût été là le travail de son choix, il ne le trouvait pas à la hauteur de son talent et de son nom.

On raconte que la famille Saint-Victor, d'origine créole et fixée en Ecosse, est venue s'établir en France à la suite de Jacques Stuart.

Paul-Jacques-Raimond Binsse de Saint-Victor esi né me du Cherche-Midi, 15, à Paris, le 1 1 juillet 18251. 11 était fils de Jacques-Maximilien-Ben-

1. Vapcreau. et beaucoup d'autres biographes après lui, donnent la date inexacte de 1827. Voici, du reste, copiés sur

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