SA MOUT
Paul de Saint-Victor fut plus profondément touché qu'il ne convient par cet échec inattendu. Depuis assez longtemps déjà, sa santé était altérée ; il était atteint du diabète et sa susceptibilité nerveuse était devenue plus grande encore. Ses proches et ses amis commençaient à s'inquiéter de son état, à chercher les causes d'un amaigrissement qui avait succédé à une bouffissure générale, quand il parut reprendre pied et revenir définitivement à la santé. Cette dernière phase de sa vie, qui fut égayée par des projets de villégiature et de voyage, ne fut pas d'une longue durée. Le mal reprit bientôt son empire et le docteur Sée, son médecin, prescrivit au malade un séjour en Auvergne, pour qu'il y prît les eaux de la Uourboule.
Paul de Saint-Victor se préparait à partir. Le 2 juillet 1881, sept jours avant sa mort, il écrivait à son amie madame Denain, qui l'avait invité à dîner dans sa maison de Clichy-la-Garenne, ces lignes qui marquent bien, à leur date, l'état de sa santé et de
son esprit. C'est la dernière lettre que nous connaissions de lui :
« Le samedi.
» Chère Madame et amie,
» Hélas ! non, je ne pourrai dîner à Clichy demain. Je vais mieux, grâce aux bons soins du docteur Sée. Mais la fatigue persiste; elle me prend surtout le soir et me pousse au lit, entre neuf et dix.
» Je suis bien touché de la bonne visite que vous me promettez. Je pense bien que vous venez à Taris une fois par semaine. C'est ce jour-là que je vous attendrai et à l'heure qui vous conviendra; car je n'admets pas que vous preniez la peine de faire exprès ce voyage. Nous partons de dimanche en huit. On nie dit merveilles des cures de la Bourboule. J'espère en revenir remonté; et une des meilleures joies de ma guérison sera ma rentrée parmi mes amis.
» Vous me permettez de vous compter entre les meilleurs, et je vous prie de croire à mes sentiments les plus affectueux.