‹ Paul DelarocheChapitre 1 sur 6 · RUE GUÉNÉGAUD · texte numérisé non relu

RUE GUÉNÉGAUD

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Nous pouvons dire aujourd'hui quels griefs M. Gustave Planche s'imagine avoir contre nous. Ils sont au nombre de quatre.

L'illustre critique soutient :

1° Que nous l'accusons d'avoir passé, mal vêtu, devant la pharmacie

(i CHRONIQUE

paternelle, pour humilier Fauteur de ses jours1;

2° Que nous le déclarons coupable de perversité réfléchie, pour avoir tiré un sou de sa poche et l'y avoir remis, sans le donner à une mendiante, à laquelle il avait voulu d'abord faire l'aumône 2;

3° Que nous lui reprochons à tort le vice d'ingratitude envers MM. Victor Hugo et Alfred de Vigny 5;

4° Que nous le calomnions de^la

i Tagcs 23 et 24 du volume incriminé.

2 Page 91.

"' Pages 44 et 27.

manière la plus indigne, en disant que madame George Sand est venue lui rendre visite rue des Cordiers, à l'hôtel Jean-Jacques-Rousseau l.

Voilà les quatre chefs d'accusation.

M. Planche n'en a point établi d'autres,

Sa plainte, qui déjà nous paraissait inexplicable, nous semble aujourd'hui réellement folle.

D'abord , l'histoire de la prise de haillons, par suite d'une rancune plus ou moins justifiée du fils contre le

1 Page 49.

père, est un simple tour de collégien, raconté mille fois dans le monde artiste. Depuis trente ans l'anecdote est de notoriété publique. Elle peut être originale, mais à coup sûr elle n'est pas déshonorante.

Quant au son remis en poche, ceci offre un trait plus sérieux de caractère, sans constituer toutefois un fait diffamatoire. Nous sommes loin de dire que M. Planche ait commis une mauvaise action; nous disons seulement qu'il n'a pas cru devoir se donnor le mérite d'en faire une bonne.

Pour son ingratitude littéraire envers MM. Alfred de Vigny et Victor Hugo, nous la maintenons absolument, en vertu de notre droit de critique.

*M. de Vigny lui-même a raconté devant nous que Gustave Planche était entré à la Revue des Deux Mondes sous sa tutelle. Le célèbre Arislarque n'aurait jamais imprimé une ligne sans les encouragements du poète, et le premier acte de reconnaissance de M. Planche a été un article beaucoup plus que sévère contre Chatterton.

M. Planche o'scrâ-t-il nier qu'il allait en ami, en hôte assidu, au salon de la place Royale? Courtisan de Victor Hugo, il en est devenu le plus acharné détracteur, et nous n'avons rien dit autre chose.

Enfin la visite de madame Sand à M. Planche, visite faite pour le remercier d'un compte rendu plein d'éloges sur Indiana, n'est pas non plus une diffamation. Balzac, dans le passage emprunté au roman de Béatrixif et George Sand elle-même dans la cita-

1 Page 50 du volume saisi.

tion prise à son Histoire de ma vie *, en disent infiniment plus que nous.

Donc la plainte de M. Planche est nulle sous toutes les faces.

Nous ne soutiendrons pas qu'il ait lieu d'être satisfait des anecdotes qui le concernent ; mais il a fort mauvaise grâce de se plaindre, lui dont la plume, depuis vingt-cinq ans, blesse et déchire nos meilleurs artistes , nos plus grands génies.

D'un bout à l'autre de notre étude

1 Page 51.

biographique, nous reconnaissons le talent de M. Planche.

Mais, par cela même que ce talent a une énorme puissance, il n'en est que plus dangereux. La peinture du' caractère de Y homme est indispensable pour infirmer les jugements de Y écrivain, jugements dictés par l'humeur, par le caprice, par le mécontentement de soi-même.

Nous l'avons déjà dit, et nous le répétons : M. Planche est poussé par l'orléanisme, dont nos pages impru-

Jenles chagrinent les sympathies. Der- 'ière le critique manœuvre avec le [)lus merveilleux ensemble toute la Faction dévouée à la branche cadelte.

Vous confirmerons ce point devant le tribunal.

Dans l'œuvre difficile que nous avons eu le malheur d'entreprendre et où nous ont jeté les destins littéraires, nous ne sommes guidé ni par a passion ni par les rancunes d'é- ;olé. La vérité seule est notre loi; nous interrogeons avant tout notre conscience.

M t.llllOiNlQUE

il sulïit de lire nos biographies pour voir combien nous sommes heureux de rendre hommage à un noble caractère , à un talent réel. Sur soixante et onze volumes, aujourd'hui publiés, il y en a cinquante entièrement élogieux.

Que nos ennemis, — nous en avons d'implacables, — nous appellent pamphlétaire ou diffamateur , cela se conçoit.

Les hommes sages, les esprits désintéressés dans la querelle, pensent différemment. Us comprennent qu'il

DES CONTEMPORAINS \o

s'agit pour nous d'accomplir une mission de haute moralité. La louange serait nulle, d'une part, si le blâme n'était pas distribué, de l'autre, à ceux qui le méritent.

M. le procureur impérial, avec l'esprit de justice et d'impartialité qui le distingue , doit reconnaître que la saisie du volume est de trop dans la circonstance, attendu que ce volume est la propriété d'un libraire, et non la nôtre.

L'obstacle mis à la vente cause à ce libraire un tort irréparable

M. Gustave Planche n'a fourni aucune espèce de caution.

Dans le cas où le tribunal jugerait que la partie civile est responsable du dommage occasionné à l'éditeur, on n'aurait contre elle d'autre moyen coercitif que celui de la contrainte par corps, et M. Gustave Planche sait parfaitement que nous sacrifierions jusqu'à notre dernier centime avant de souffrir qu'on renouvelât à l'égard d'un homme de lettres les nobles procédés de M. de Girardin envers nous.

Jusqu'ici, pour ne pas augmenter

«ne tâche déjà bien lourde, nous ivions retardé l'apparition du jourinl annoncé depuis longtemps.

Or le procès de M. Planche, joint u débordement d'injures dont nous ccablent MM. les journalistes, nous écide à donner enfin naissance à ne feuille protectrice de notre honeur.

Là, nous aurons le droit de parlei us les huit jours et de répondre à )s ennemis, sans consacrer aux néssités de la polémique les pages

ic réclame noire histoire contempoine.

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