IL A ETE TIRE DE CET OUVRAGE
Cinq exemplaires sur Japon impérial, numérotés de i à f, et dou^e exemplaires sur Hollande, numérotés de 6 à rj.
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A Henri Galli.
JSÉlfgUCUN Français ne peut ignorer Déroulède.
^fâlf Son nom seul en effet, symbolise toute
5/in^F une ^P°9ue^ 3 est synonyme de Revanche; £0 4- on ne saurait causer d'elle sans parler de lui.
Au lendemain des jours sombres de la Défaite, quand la désespérance et la douleur étreignaient encore tous les cœurs, et que, dans le lourd recueillement qui suit les longs deuils tragiques issus des catastrophes, la patrie mutilée et meurtrie reprenait haleine, Déroulède surgit brusquement comme un semeur d'énergies, un réveilleur de courages et soudainement se révéla l'inlassable apôtre du relèvement national.
Ses petits poèmes guerriers, écrits Tépée au
côté, chantent encore dans toutes les mémoires et son clairon reste sur toutes les lèvres.
Chacun sait son obsédante pensée et ses indomptables espoirs ; n'en sourions point... ils furent hier ceux de toute la France. Nous seuls avons changé.
Trente ans après, l'écho de nos luttes politiques, si souvent fratricides,la violence de nos polémiques et de nos passions, le tumulte de nos aspirations et de nos colères, nous apporte son nom, et nous le retrouvons avec sa fougue, son ardeur et son enthousiasme.
Qu'il ait revêtu la capote d'officier ou la redingote légendaire dont l'imagination populaire a plaisamment resserré la taille et allongé démesurément les basques, son geste large, son verbe sonore, sa parole convaincante, tracent les mêmes devoirs et tendent vers le même but.
Sa haute silhouette que Séverine comparait un jour à la hampe d'un drapeau domine toujours la mêlée et qu'il soit à la tète de ses turcos ou de ses « ligueurs » il reste un merveilleux entraîneur (Fhmmcs.
S'il prend la plume, il garde le casque en tète et la haine au cœur : ses vers ont la cadence d'une troupe en marche. Au théâtre, ses héros ont la même hardiesse, les mêmes vertus : celles qu'il loue, les mêmes faiblesses : celles qu'il flétrit.
Du haut de la tribune parlementaire ou des tréteaux de l'estrade publique, du fond de son exil ou du socle des mausolées du souvenir, ce sont les mêmes lâchetés qu'il dénonce, le même danger
qu'il signale, la même passion qu'il exalte et c'est toujours la peur, la hideuse peur qu'il flagelle.
Son visage ouvert, son regard droit, plein de franchise et de loyauté, son grand nez volontaire dont la courbe brusque souligne l'énergie, sont caractéristiques. Cest une figure de chef.
Il est de ceux qui savent séduire les foules sans les flagorner ni les corrompre. Son langage les émeut, ses mâles accents les conquièrent, sa haute taille les domine.
A l'heure où l'individualisme triomphe et où l'égoïsme paralyse les plus nobles élans, nul autre tribun n'oserait prêcher l'abnégation de soi-même, l'esprit de dévouement et de sacrifice, le mépris de la mort ; nul autre que lui n'oserait évoquer publiquement les hécatombes sanglantes d'hier et prédire celles de demain, à l'heure où la vie souriante convie aux apaisements et à l'oubli.
Qui donc enfin, dans la lutte âpre et farouche que se livrent les hommes, pour conquérir de nouveaux droits oserait parler d'anciens devoirs, plus simplement : du Devoir. Et s'il n'est pas toujours suivi, au moins est-il toujours écouté.
Sa popularité est donc de bon aloi et personne ne le conteste. On s'étonne seulement qu'elle ait résisté aux épreuves du Temps, ce grand défaiseur d'auréoles et de renommées.
Cest peut-être parce qu'elle va plus à l'homme qu'à ses idées, moins sans doute à ses opinions et ses croyances qu'à la noblesse et à l'élévation de son caractère, auquel ses pires adversaires rendent eux-mêmes hommage, parce qu'aussi, l'admirable
unité de sa vie en atteste la parfaite sincérité et l'absolu désintéressement.
Enfin, c'est parce que malgré son scepticisme gouailleur et son apparente insensibilité, ce pays aime les nobles figures et vibre encore jusqu'aux fibres quand on parle de gloire. ..
Issu d'une vieille famille charentaise, Paul Déroulède naquit à Paris, le 2 septembre 1846, dans une maison de la place St-Germain l'Auxerrois. Son père, Joseph-Hector Déroulède était un des avoués les plus estimés de la cour d'appel de Paris et sa mère, Amélie Augier, était la sœur d'Emile Augier, le célèbre auteur dramatique et la petitefille de Pigault-Lebrun.
A huit ans, il fut mis au collège à Vanves et plus tard au lycée de Versailles. A douze ans, malgré les sévères réprimandes de ses professeurs, il faisait ses compositions en vers et traduisait, dans la langue chère aux Dieux ses versions latines. Il était né poète, ce qui n'empêcha point son père de le destiner à la procédure.
En 1863, ses études terminées, il dût, contraint et forcé, entrer à l'Ecole de Droit. Mais l'opposition de sa famille qui voulait l'empêcher d'écrire, ne le détourne cependant pas de son penchant vers la littérature. Tantôt sous son nom, tantôt sous le pseudonyme de Jean Rebel, il signe dès 1867, dans La Revue Nationale, aujourd'hui oubliée, des vers charmants qui sont ses véritables débuts dans les Lettres ;
Lorsque, sur le déclin d'une belle soirée, Les zéphyrs refroidis font frémir les roseaux ; Lorsque la fleuri, des joncs, de brume pénétrée, Balance son front noir sans trouver de repos :
Doucement descendu sous les mousses profondes, Loin des froids de la nuit, le nénuphar s'endort ; Il attend qu'au matin, sur le miroir des ondes, Les baisers du soleil attirent son cœur d'or .
Ainsi de ma pensée, éprise d'une femme, La poésie a fui, mais non pas sans retour ; Et j'ai, fort de ma foi, dans le profond de l'âme Gardé pour l'Immortelle un immortel amour.
Certes, il avait raison le jeune poète, de s'écrier :
Ainsi de ma pensée, éprise d'une femme, La poésie a fui, mais non pas sans retour !
puisque bien avant les Chants du Soldat, il allait, sur le conseil de son oncle Augier, tirer d'une comédie dramatique en cinq actes, en vers, qu'il venait d'écrire, une pièce en un acte Juan Strenner qui fut représentée le 9 juin 1869, à la Comédie- Française, avec Delaunay, Maubant, Lafontaine, Coquelin et Madeleine Brohan.
(( Toute cette pièce, écrivait le lendemain M. Jules Claretie, dans Y Opinion Nationale, est écrite d'un style ferme, d'une langue mâle, avec la furia de la jeunesse. »
L'œuvre de Déroulède eut de suite les honneurs de la polémique car les hugolâtres avaient sifflé Juan Strenner à ce passage où ils crurent voir une insulte au Maître :
Que l'art ait son mener auquel on se façonne.
On n'y devient quelqu'un, qu'en n'imitant personne !
Paul Déroulède devait persévérer dans cette
profession d'indépendance littéraire et c'est en
n'imitant personne qu'il allait créer, quelques années
plus tard, sous le souffle ardent de son patriotisme,
cette poésie guerrière qui a popularisé son nom.
Si le neveu d'Emile Augier apportait au théâtre par la suite, son désir de mouvement et sa fièvre d'enthousiasme, le petit-fils de Pigault-Lebrun, en écrivant les Chants du Soldat, exécutait par une bizarrerie vraiment digne de remarque, l'ordre intimé à son grand-père, presque un siècle auparavant, par le Comité de Salut Public. Ce curieux document en témoigne :
« République Française
« Egalité, Activité, Pureté, Surveillance, Liberté
« Comité de Salut Public