LUE DEVANT LA SOCIÉTÉ MÉDICALE DES HOPITAUX
Pah M. le gendre, Secrétaire général
S’il nous est toujours cruel de voir disparaître un des nôtres, l’amertume de nos regrets est nécessairement accrue lorsque nous perdons uncollègueaussijeuneque Paul Duflocq. Sa fin si prématurée prive notre Société d’un chercheur patient, mûr pour nous apporter des travaux importants et pour éclairer nos discussions par des critiques sagaces ; elle prive les hôpitaux d’un des médecins les plus dévoués aux malades ; elle met en deuil des enfants encore dans l’âge où sont si nécessaires les soins et les conseils d’un père, et une compagne dévouée, qui, après avoir soutenu son mari dans les jours de lutte, avait si bien mérité de goûter avec lui la joie du succès conquis parleurs communs efforts.
Duflocq est né le 2 novembre 1856, d’un père qui exerçait une profession commerciale, mais il avait un bel atavisme médical : son arrière-grand-père était le D'’ Lermiiiier, élève de Corvisart, médecin par quartier de Napoléon I", qui fit les campagnes d’Espagne et de Russie et, pendant l’incendie de Moscou, sauva beaucoup de blessés par son courage extraordinaire et sa présence d’esprit. Lerminier fut sous la Res-
tauration médecin de la Charité et membre de l’Académie de médecine ; une de ses filles épousa le D"" Fauconneau- Dufresne, connu par ses travaux sur les maladies du foie et du pancréas, qui vécut assez pour avoir pu accroître par de fréquentes conversations la vocation innée de son petit-neveu pour la médecine.
Duflocq entra en 1865 au collège de Juilly, où son père et son grand-père avaient déjà fait leurs études. Ce vieux collège, où s’est conservée la tradition éducative des Oratoriens, a e.xercé une excellente influence sur la santé physique et morale de notre collègue « par la vie en plein air, à la lumière, loin des villes enfumées, dans l’atmosphère pure, salubre et vivifiante de la cami^agne ». Ce sont les termes mêmes dont se servait il y a deux ans à peine Duflocq, présidant le banquet annuel des anciens élèves de son collège, dans une allocution charmante où il se plaisait à évoquer le souvenir de ses années scolaires. 11 fit de très brillantes étu^ des. Un des Pères, qui l’avait pris en affection particulière et qui avait un goût très vif pour l'histoire naturelle, le lui fit partager ; on a pu voir alors le futur auteur de tant de recherches sur le pneumocoque se passionner avec son maître pour l’anatomie de ta souris, sous l’ombrage du marronnier deux fois séculaire de Malebranche. Duflocq sortit de ce milieu, profondément imbu de convictions chrétiennes, auxquelles il est toujours demeuré fermement attaché. 11 avait cultivé les lettres autant que les sciences, car son père, qui possédait lui-même une forte culture, lui avait inculqué l’amour des « Bonnes lettres ». Presque aussitôt après la fin de scs études, Duflocq perdit ce père excellent, mais il eut le bonheur de pouvoir continuer entre l'affection de sa mère et celle de
sa sœur la vie de famille, la seule qui lui plût. Il rendit à cette mère en piété liliale la sollicitude éclairée dont elle ne cessa de l'entourer.
Pourvu de ses baccalauréats, Duflocq entra, pour parfaire son éducation scientifique, dans le laboratoire dirigé par son oncle M. Dehérain, professeur au Muséum d'histoire naturelle, membre de l’Institut. Ce nouveau milieu différait sensiblement du premier ; il y régnait un esprit nettement libéral, dont l’influence a dû contribuer à modérer l’esprit rigidement confessionnel de ses premiers maîtres.
Dans ce laboratoire Duflocq se lia avec quelques jeunes gens dont plusieurs devaient marquer dans la science française : Moissan, aujourd’hui membre de l’Institut, Maquenne, professeur au Muséum, Vesque, mort prématurément maître de conférences à la Faculté des sciences et qui l’initia plus particulièrement aux méthodes de recherches.
Cependant il commença sa médecine. Externe des hôpitaux, il suivit deux années le service de M. Guyot, dont par son mariage il devint plus tard le cousin germain ; il conservait la plus grande reconnaissance à ce premier maître.
Interne provisoire en 1880, il fut nommé titulaire, le premier de notre promotion de 1881 ; comme premier interne, il débuta, suivant la tradition, dans le service de clinique du professeur Gosselin à la Charité ; il y noua avec M. Chauffard une amitié que les années ont toujours fortifiée.
En 1884 il était interne à Saint-Antoine dans le service du professeur Hayem, lorsqu’au mois de novembre éclata l'épidémie cholérique. Parmi tous les spectacles qui peuvent frapper l’imagination d’un étudiant, il n’en est guère de plus
saisissant que le début d’une épidémie comme celle-là. L’aspect si particulier des cholériques algides, leurs affreuses souffrances, la rapidité avec laquelle succombent les premiers frappés, rapidité telle qu’à peine a-t-on eu le temps de les examiner dans les lits, on doit les transporter à la salle des morts, — ce sont des traits inoubliables ; on comprendrait qu’un jeune interne en de telles circonstances éprouvât passagèrement un certain trouble. Pourtant l’expérience a prouvé qu’en pareil cas les internes des hôpitaux n’ont jamais manifesté d’autres sentiments qu’un ardent désir de bien faire, une volonté résolue de se prodiguer pour sauver ou soulager les patients, en môme temps que la curiosité légitime de vérifier toutes les acquisitions antérieures de la science et de la faire progresser par des recherches nouvelles. Duflocq a certainement éprouvé comme tous ses collègues de tels sentiments ; avec sa véhémence naturelle et sa notion élevée du devoir, il a même dû les ressentir avec une particulière intensité. D’ailleurs, l’hôpital Saint-Antoine étant situé à quelques pas de cette rue Sainte-Marguerite, point de départ de l’épidémie et décimée par elle, le service de M. Hayem, ouvert le premier aux cholériques, dut recevoir la plus grande proportion de cas graves, et, comme il fut le dernier fermé, Duflocq put observer deux cent quinze malades en deux mois. Sous la direction de son maître il recueillit les observations avec le soin le plus minutieux. On n’a pas oublié que M. Hayem mit en œuvre avec succès les injections intraveineuses de solutions chlorurées; les résultats dans certains cas en sont saisissants, même quand ils ne doivent être que temporaires; on assiste à une véritable résurrection de moribonds. Dans ces circonstances dramatiques le devoir
accompli dans toute son étendue n’est pas incoinpatilile avec la bonne humeur et même une certaine gaîté, qui fort heureusement n’a jamais fait défaut aux jeunes gens, à üullocq moins qu’à tout autre. L’anecdote suivante en témoigne. Des personnages officiels et d’intrépides journalistes en quête d'interviews visitaient de tenqis en temps les salles des cholériques; ils étaient excusables de n’accomplir cet acte professionnel qu’avec une émotion mal dissimulée; on en voyait qui mâchonnaient des cigai’ettes réputées antiseptiques. Dullocq en avise un et l’engage à constater par luimème, en tenant le poignet d’un cholérique algide, le retour des pulsations radiales au cours de l’injection intraveineuse; le visiteur, n’osant refuser, tâtait le pouls du bout de ses doigts gantés. « Retirez donc votre gant, sinon vous ne sentirez rien », lui dit le malicieux interne, qui, en le voyant pâlir, n’insista pas d’ailleurs.
Les circonstances dans lesquelles Dullocq eut à faire le service des cholériques le lui rendaient particulièrement pénible ; il venait de se fiancer à une cousine, pour laquelle il éprouvait depuis l’enfance un attachement profond, et il est dur pour un fiancé de se sentir rivé par son devoir à l’hôpital pendant deux mois. Après l’épidémie, Dullocq reçut du ministère de l’Intérieur la médaille d’or de l"’® classe des épidémies. 11 l’avait vraiment bien gagnée.
Duflocq passa la seconde année de son internat dans le service du professeur Potain, pour lequel il éprouvait une véritable vénération. En quatrième année, il fut l’interne du professeur Jaccoud.
La relation de l’épidémie cholérique fut le sujet de sa Ihèse de doctorat, qu’il passa à la fin de 1885; elle lui valut le prix
Brcant de rAcademie des sciences cl le prix ILardde l’Académie de médecine.
Pendant son internat, Dullocq avait été reçu membre de la Société anatomique et delà Société clinique. A la première il a fait les communications suivantes : Gangrène du pied droit ayant déterminé la mort un mois et demi après l’accouchement (1882); Rétrécissement sous-aortique, mort subite, dilatation athéromateuse exclusivement limitée ti la crosse de l'aorte ; rétrécissement extrême ù leur origine des vaisseaux qui en parlent (1883) ; OEdème, tumeurs ganglionnaires volumineuses et multiples du médiaslin (1885). A la Société clinique, il a communiqué un travail sur la fièvre syphilitique (1883).
Dans la Revue de médecine, il publia avec JM. Gaucher le premier fait à' arlhropalhie tabétique intéressant l’articulation libio-larsienne .
De 1886 à 1888, M. Jaccoud le conserva comme chef de son laboratoire et le prit ensuite comme chef de clinique, de 1888 à 1890. Pendant cette période, Dullocq a publié (1889), à propos de la congestion pleur o-pulmonaire, un travail basé sur des observations qu’il avait recueillies pendant son internat dans le service de M.Potain ; il y étudie surtout les moyens de distinguer la congestion pleuro-pulmonaire delà pleurésie et de la pneumonie, diagnostic ejui ne laisse pas d’être délicat dans certains cas; ses recherches bactériologiques lui ont toujours montré des germes indifférents, jamais le pneumocoque.
En 1890, il publie dans la Revue de médecine une étude sur les Variétés cliniques de la grippe. — En 1891, une contribution à l’étude des localisations cérébrales : De l'épilepsie partielle d’origine sous-corlicale [Revue de médecine).
C’est l’époque où il s’adonne ardemment à la préparation du concours pour les hôpitaux ; il suit l’excellente conférence dirigée par M. Chauffard, et ceux qui ont eu le plaisir de travailler avec lui ne perdront jamais le souvenir de son ardeur dans les discussions et de la vivacité de ses critiques pendant l’argumentation des questions.
Il menait de front d’autres travaux, publiant dans la Revue de médecine une étude sur le diabète du premier âge (avec le D"" Dauchez) et dans les Archives de médecine expérimentale une Application de l'antisepsie à l'emploi de la méthode hypodermique (avec le D*'A. Berlioz qu’il avait connu interne en pharmacie à la Pitié). Pour parer à l’inconvénient de l’emploi de solutions facilement altérables ou à l’usage d’instruments non stérilisés, Duflocq et Berlioz avaient imaginé de préparer des tubes stérilisés, se remplissant automatiquement, par l’effet de la pression atmosphérique, d’une dose déterminée de solution médicamenteuse aseptique. Cet ingénieux dispositif a été imité et diversifié depuis de bien des façons.
Duflocq commençait une série de recherches sur la microbiologie des bronchites infectieuses, qu’il a publiées de 1890 à 1895 dans les Archives générales de médecine ; elle comprend les délerminalions pneumococciques sans pneumonie (bronchite primitive à pneumocoques; bronchite et splénisation pulmonaire à pneumocoques dans les états cérébraux ; bronchite capillaire à pneumocoques chez les phtisiques, en collaboration avec M. Ménétrier) et la bronchite à coli commune ; sa conclusion générale est que « dans les états bronchitiques il est devenu indispensable de faire des recherches bactériologiques. A côté des germes d’ordre banal que l’on rencontre dans toute expectoration muco-
purulente, il peut s’en trouver d’autres dont la nocivité plus grande doit être reconnue, si l’on veut éviter tout mécompte au point de vue du pronostic. Ainsi s’explique le contraste souvent accentué en clinique entre la constatation locale d’une simple bronchite et l’état général plus ou moins accusé, la longueur de la maladie et sa gravité, qui peut aller jusqu’à une terminaison fatale ».
En 1894, Duflocq triomphe au concours des hôpitaux. 11 devient titulaire d’un service à l’hôpital Hérold, en 1897. Ce jour-là sa satisfaction est immense, elle se traduit par cette phrase, écrite le 26 décembre dans le mémorandum quotidien où il consignai t à la fois ses actes et son examen de conscience : « A dater de ce jour, j’ai devant moi vingt-quatre ans d’hôpital jusqu’en janvier 1922 — si je vis jusque-là. » Phrase touchante et triste à relire aujourd’hui que l’avenir a donné un démenti à une si légitime espérance !
Jamais personne ne fut médecin d’hôpital plus passionnément, si je puis dire, que Duflocq. M. Moutard-Martin a rappelé qu’à la Charité il avait même renoncé aux causeries de la salle de réunion des médecins, pour ne pas dérober à ses malades quelques instants des heures de la matinée qu’il pouvait leur consacrer. 11 est vrai f[u’il senlait plus vivement peut-être alors, ayant déjà éprouvé les atteintes de la maladie, tout le prix du temps; car à Tenon il ne désertait pas notre salle des médecins, où on discutait ferme entre collègues.
Duflocq était au plus haut degré discuteur, combatif, quelejuefois même amicalement agressif. Se résignant difficilement à admettre qu’on pût être d’une opinion différente de la sienne, sans être aveuglé par l’erreur, il mettait un véri-
table acharnement ti vouloir convaincre scs adversaires.
11 n’était pas démocrate, mais se jugeait démophile; et si ses opinions politiques étaient aussi nettement royalistes que scs croyances étaient religieuses, c’est qu’il était convaincu que seules la monarchie et la religion pourraient assurer le bonheur du peuple; catliolique, d’ailleurs, plutôt à la Bossuet qu’à la Fénelon, il croyait davantage, je pense, à la propagande des idées par l’énergie militante que par la douceur persuasive.
Chacun, suivant son tempérament moral personnel et ses opinions particulières, appellera une telle tournure d’esprit intolérance ou besoin d’apostolat; mais aucun de ceux qui ont connu Duflocq ne révoquera en doute sa bonne foi et sa sincérité.
J’ai dit qu’il se consacrait pleinement à ses malades d’hôpital; ceux-ci l’aimaient en général beaucoup; plusieurs le suivirent d’hôpital en hôpital et de service en service, et le relançaient jusqu’à son domicile, ayant reçu tant de preuves, même pécuniaires, de sabonté et de sa générosité. Quelquesuns lui témoignaient de leur mieux leur reconnaissance et telle de ses anciennes malades s’acharnait, de façon touchante, à lui attirer des clients plus fortunés. Duflocq n’était pas moins aimé de sa clientèle urbaine qui, d’abord peu nombreuse, fut toujours des mieux choisies ; on y trouvait quelques-uns des noms les plus aristocratiques ; il l’augmenta peu à peu par ses seuls efforts, son dévouement et ses succès; il inspirait la confiance par la confiance absolue qu’il avait lui-même en notre art : nul médecin ne fut jamais plus éloigné du scepticisme au sujet de l’efficacité d’une thérapeutique bien conduite.
Depuis son entrée à la Société médicale des hôpitaux, dont il était un membre assidu, il nous avait communiqué des mémoires sur le Irailenienl de la morphinomanie par la suppression rapide (1894), qu’il jugeait la méthode de choix chez les individus jeunes, suffisamment vigoureux et sans tare organique, sur Vinfeclion pneurnococcique généralisée (avec M. Le Damany, 1897) et la recherche du pneumocoque dans le sang, sur les arlhriles pneumococciques survenues au cours de la pneumonie dans des arliculalions alleinles de rhumalisme chronique déformant (1897), sur les corps étrangers fibroïdes libres dans le péricarde (1902) ; sur les anévrysmes de V aorte et le rélrécissemenl sous-aorlique.
Il a poursuivi, avec MM. Lejonne et G. Bertrand, d’ingénieuses et patientes recherches sur la culture des organismes inférieurs dans Veau de mer naturelle ou diversement modiftée{lS99).
Parmi ses conclusions, il est à noter qu’un certain nombre de champignons, aspergillus niger, muguet, actinomyces et teigne, y conservent leur vitalité et que certaines bactéries pathogènes (pyocyanique, virgule du choléra, pneumo-bacille de Friedlander, bacille de la psittacose, bacille d’Eberth et un tétragène) y gardent leur virulence et y sécrètent leurs toxines.
Il prit part à nombre de discussions importantes d’ordre médical ou l’elatives aux intérêts hospitaliers. La maladie seule put l’éloigner de nous.
En 1896, il avait rédigé pour le Traité des maladies de l'enfance l'article Choléra asiatique.
En 1897, il publia un beau volume de Leçons sur les bactéries pathogènes, qu’il avait faites à l’Hôtel-Dieu annexe. On y trouve à chaque chapitre la préoccupation constante d’allier la clinique et la bactériologie, « alliance que l’on doit
aujourd’hui, écrivait-il, chercher à réaliser pour le plus grand bien des malades ». Sa conclusion générale est aussi sage que bien exprimée : « Ces méthodes nouvelles, dont les résultats merveilleux iront croissant avec le perfectionnement que l’avenir nous réserve, ne doivent pas nous faire abandonner les traitements dont l’expérience nous a montré l’efficacité. 11 n’y a pas de raison d’opposer l’antique médecine à la nouvelle ; il n’y a qu’une science médicale, basée sur l’observation séculaire des faits biologiques et dont le génie de Pasteur a démesurément agrandi l’horizon. »
De 1897 à 1900, il a consacré une bonne partie de son temps à organiser comme trésorier, en collaboration avec M. Chauffard, qui en était l’actif secrétaire général, le Congrès international de médecine de Paris. C’était une bien lourde tâche dont il s’acquitta avec sa vaillance ordinaire. Après le Congrès il fut décoré delà Légion d’honneur.
11 s’était présenté à l’agrégation au concours de 1894, mais les circonstances ne lui furent pas favorables. Ce fut à peine un désappointement pour lui ; car, chef de service titulaire, disposant de malades et d’un laboratoire, entouré d’élèves qui devenaient vite ses collaborateurs et auxquels il s’efforçait de communiquer son ardeur pour les recherches, il se déclarait parfaitement heureux.
Hélas ! C’est à ce moment que la maladie appesantissait sur lui sa griffe implacable.
On aurait pu le croire d’une santé à toute éjîreuve, ce chasseur infatigable qui cultivait joyeusement les jeux sportifs avec ses enfants. Pourtant, après avoir une ou deux fois lutté contrôles premières atteintes du mal, il s’alita définitivement il y a plus d’un an. Plusieurs collègues dévoués s’empressèrent
aussitôt à son clicvet; car, si ses vivacités de parole rebutaient la camaraderie banale, ses amis proches l’adoraient. 11 avait eu pour compagnons les plus intimes depuis l’adolescence, à travers les études médicales et l’internat, Félix Ribail, si délicatement alïectueux, qui partageait son goût pour la bactériologie, et ce noble Henri Foulard, dont il a lui-même déploré la fin tragique en termes d’une émouvante éloquence.
M. Chaufi'ard et M. Béclère, le chirurgien Lejars rivalisèrent d’efforts pour combattre la maladie incurable, et je ne puis passer sous silence un trait de rare abnégation, car il met en lumière à la fois la force morale du chirurgien et celle du malade. M. Lejars, après avoir fait une opération d’urgence, purement palliative, voulut à tout prix maintenir ouverte une échappée sur l’espérance : il laissa croire à Dullocq que tous les accidents qui allaient se dérouler étaient la conséquence d’une infection opératoire, d’une faute d’asepsie dont il se disait coupable ; son pieux stratagème réussit pleinement. Le malade accepta cette explication, déclarant à son entourage que si l’habile collègue, par lequel il avait vu faire à Tenon tant d’interventions hardies et heureuses, avait été cette fois en défaut, c’est qu’il eût été impossible à personne de mieux faire; il ne lui en témoigna aucun ressentiment et conserva presque jusqu’au dernier jour l’illusion qu’une ingénieuse amitié lui avait fait accepter.
Pendant ce long calvaire, il cherchait à tromper les douleurs que la morphine n’arrivait plus à supprimer, en relisant avec acharnement ses auteurs préférés en tout genre.
Le dernier jour venu, il s’éteignit doucement, s’efforçant de consoler sa chère famille en pleurs, mais regardant la mort en face, avec une pure conscience et une l’are sérénité.