‹ Paul Duflocq, 1856-1903Chapitre 4 sur 7 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Prononcé par M. CHAUFFARD

MEMBRE DE l’aCADÉMIE DE MÉDECINE

C’est une cruelle émotion pour moi que d’apporter ici à Paul Duflocq le dernier hommage d’affection de ses amis, et cependant il faut le faire, il faut essayer de dire ce que tous nous avons dans le cœur. Je n’ai pour cela qu’à laisser revivre des souvenirs de plus de vingt ans. Je revois Duflocq, arrivant en 1882 à la Charité comme premier de sa promotion d’internat, dans toute l’ardeur généreuse et confiante de la eunesse et d’un premier succès plein de promesses pour l’avenir. Plus tard, après les belles années de l’internat et du clinicat, commence la période terrible, celle des concours, et je sais tout ce que notre ami y a apporté de vaillance et de volonté. Une fois nommé, son bonheur est profond parce qu’il est libéré d’une cruelle obsession, maître de son avenir, en mesure de travailler et d’enseigner, de vivre dans sa plénitude cette vie de médecin et de savant qu’il aimait pardessus tout.

Et cependant, il ne recule pas devant une nouvelle et lourde tâche, et, en 1897, il accepte de devenir le trésorier du

Congrès international de médecine qui, en 1900, devait se

tenir à Pans. Dès lors, commence entre nous une collaboration de trois ans, pendant lesquels une même pensée, sous la direction du même maître, n’a cessé d’associer nos efforts. Dans le succès de ce Congrès une grande part lui revient, et elle ne lui sera contestée par aucun de ceux qui l’ont vu à l’œuvre.

Mais si je ne veux pas insister sur ce que ces souvenirs auraient de trop personnel, il est au moins un témoignage que tous ses amis, et ils étaient nombreux, tiennent à rendreà Paul Duflocq, c’est de dire combien en lui ils estimaient l’homme et admiraient le médecin.

Duflocq était avant tout un noble caractère, du jugement le plus droit, de la rectitude professionnelle la plus impeccable. Passionné pour les choses de la médecine, mais épris aussi de littérature et d’art, curieux de tout, l’esprit ouvert sur tout ce qui paraissait digne de mériter l’attention de l’honnête homme, dans le sens que le xviP siècle donnait à cette belle expression.

Son activité physique et son activité intellectuelle marchaient de pair, et l’on peut dire que l’une et l’autre étaient inlassables.

Avec cela, l’ami le plus sûr et le plus dévoué, un cœur chaud entre tous, un entrain et une vaillance de caractère qui ne se démentaient jamais.

11 y a un an à peine, une grande joie, la dernière, hélas L venait couronner sa carrière : il entrait comme chef de service à la Charité, dans des salles qui lui étaient doublement chères. 11 y retrouvait, en effet, le souvenir et la tradition de son arrière-grand-père, M. Lerminier, et d’un de ses maîtres les plus chéris, le professeur Potain; de ces deux hommes-

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dont il vénérait la mémoire, il aurait su être le digne continuateur.

Mais la maladie est venue, la plus cruelle et la plus injuste, et celte vie heureuse est devenue pour lui et pour les siens une longue suite de douleurs, de souffrances physiques et morales. Pendant bien des mois nous avons vu notre pauvre ami lutter avec autant de résignation que de courage, et subir les épreuves d’un véritable martyi’e en gardant jusqu’au bout toute sa lucidité intellectuelle, tout le courage que lui inspiraient ses convictions chrétiennes.

La mort a été pour lui une délivrance, mais pour la compagne chérie de toute sa vie, pour tous ceux qui l’entouraient et l’avaient soigné avec un si admirable dévouement, elle a été l’épreuve suprême et la plus cruelle de toutes. Tous les amis de Paul Duflocq garderont la mémoire de ces jours de deuil, et associeront dans un même et pieux souvenir l’ami qu’ils pleurent aujourd’hui, et celle qui a été pour lui la grande joie de sa vie, l’associée fidèle de ses travaux, la consolatrice aux heures dernières.

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