II
Tous pleuraient et Madame van Baert surtout était en proie à un profond désespoir. Léon, prêt à monter sur un cheval qui l'attendait à la porte de l'usine, disait à voix basse avec résignation :
— Du courage , ma mère , du courage ! c'est pour votre bonheur à tous qu'il faut que je m'éloigne, malgré vos instances. Ma présence ici ne peut vous rappeler que des idées pénibles, qui empoisonneraient votre tranquillité. Adieu, ma mère , adieu, ma sœur; ce que je puis vous souhaiter de plus heureux est que vous m'oubliiez tout à fait ; pour moi, je ne vous oublierai pas. Adieu aussi, monsieur van Baert; le souvenirde vos bontés et de votre générosité ne me quittera plus. Vous, monsieur Quentin, je vous confle le bonheur d'Anna; vous savez que, sur ma prière, elle ne refuse plus de vous accorder sa main, à condition que vous donnerez sur-
le-champ la démission de votre emploi. Adieu, tous mes amis, ma famille, et... soyez heureux.
Il les embrassa avec effusion et s'élança sur son cheval.
— Léon, Léon! s'écria sa mère avec terreur au moment où il allait partir, ne reviendras-tu pas un jour nous voir, nous embrasser?...
— Jamais !
Et il partit au galop, sans oser retourner la tête.