‹ Paul-Émile LamarcheChapitre 1 sur 19 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Paul-Emile Lamarche est mort à 37 ans. D 'aucuns ont voulu s'étonner qu'à ce jeune défunt Von ait fait les funérailles d'un grand mort. Paul-Emile Lamarche n'était pas un décoré de la politique; il n'avait remporté à la tribune que les succès de sa conscience.

Par bonheur, la beauté d'une vie n'est pas faite de sa durée, non plus que des honneurs qu'elle a moissonnés. Elle vaut par l'idéal qu'elle incarne, par les solides sacrifices que l'on y met. Quelques actes qui sont grands peuvent suffire à grandir un homme. Paul-Emile Lamarche fut une conscience. Il a donné ce spectacle assez rare en politique de l'homme qui ne courtise que le devoir, qui compte à leur prix, devant ce noble impératif, les tentations de l'argent, la poussière des honneurs. Deux ou trois fois, quand nous avions besoin d'une voix qui soulageât nos émotions, qui délivrât la vérité, qui brandît le droit comme un glaive, Lamarche devint cette voix de tout un peuple, et c'en est assez pour consacrer un homme.

Il a personnifié chez nous l'un des plus beaux types de la race. Homme de culture et d'esprit, homme d'indépendance et de courage, d'un courage clair, tout de raison, adorant la franchise et la vérité, il réalisait cette distinction latine et chrétienne que notre génération se prend à aimer. Par ce culte du courage, par un simple souci de fidélité et de tenue morale, il devint l'avocat des minorités, le (( défenseur insigne de la cause française)).

Pour tous ces titres nous lui devions cet hommage de rendre son œuvre au public. L'Action française ressuscite les lointains précurseurs; elle ne pouvait manquer de remettre debout Vun des jeunes hommes qui ont préparé le réveil dont elle est née. Hélas ! nous avions rêvé pour lui beaucoup mieux que cette mort soudaine. Dans cette heure de péril et de fièvre ardente où tout le talent, toutes les bonnes volontés deviennent mobilisables, nous voyons bien quelle grande place va rester vide parce qu'il est parti. Lui-même pressentait quelquefois cet avenir. Il travaillait et il se gardait parce qu'il est des postes qui exigent tout V homme et qu'il n'eût pas voulu déserter le sien.

Ce poste de chef nous allons faire qu'il le prenne et qu'il le garde. Des amis viennent de réunir son œuvre; pieusement ils y ont joint leurs hommages. Et voici le volume qui s'en va vers le public, avec le deuil de cette jeune force brisée, mais aussi chargé d'action. Son livre va continuer ici-bas sa prière de là-haut; il fortifiera entre ce mort et nous une communion immortelle. Puisque la vie de Paul-Émile Lamarche fut trop courte, il faut que d'elle-même, par le prolongement de son verbe, par la haute leçon de ses lignes droites, elle se continue sans jamais s'achever.

Lionel Groulx, ptre

Il fut le chevalier sans heaume et sans cuirasse Qui, du seul vêtement de son courage armé, Par V amour du bon droit noblement animé, Descendit dans V arène y défendre sa race.

Le front pur, comme ceux que la Victoire embrasse, Sans souci que son nom fût par tous acclamé, Il lutta fermement, paladin enflammé Dont le verbe incisif désarçonne et terrasse.

Il est mort vaillamment, tel qu'il avait vécu.

Comme un preux d'autrefois tombé, mais non vaincu,

Il nous lègue son geste en ces temps pleins d'alarmes. . .

Quel espoir surgissait dès que nous le nommions !

Hélas ! hélas ! . . . Qu'il sache au moins que nous l'aimions,

Voyant notre fierté tout humide de larmes ! . . .

Albert Lozeau

(L'Action française, novembre 1918.)

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