CONCLUSIONS
Quel est le remède? Est-ce l'opération chirurgicale ou le tonique? Est-ce l'abolition des partis politiques ou la régénération de l'opinion publique? Quant à moi, je suis porté à croire que le second moyen est le plus efficace et le plus pratique.
Si les partis politiques disparaissaient, ils seraient remplacés par autre chose, car enfin, Fopinion publique a besoin d'un moyen de cohésion. Le groupement changerait peut-être de nom et de forme mais les mêmes éléments pernicieux et nuisibles produiraient les mêmes résultats et les mêmes conséquences.
Vouloir abolir les partis politiques serait une tâche herculéenne et peut-être une mesure trop radicale. Les énergies qu'on y dépenserait seraient mieux utilisées à enrayer l'esprit de parti qui a pris la place de l'esprit public. Voilà l'abus. Voilà le mal.
Au fond, les partis et les gouvernements décadents, dilapidateurs, irrespectueux des constitutions, des lois et de la tradition nationale sont presque toujours l'indice d'une opinion publique insouciante, endormie ou corrompue. Les peuples ont les gouvernements qu'ils méritent. Ceux qui ont développé chez eux de l'esprit public, de la vigilance, du caractère, ont eu des gouvernements respectueux de l'ordre et de la justice et des partis politiques prudents, parce qu'ils étaient craintifs. En politique, la crainte de l'électeur est le commencement de la sagesse.
Débarrassons-nous donc du fétichisme et des religions politiques. Remplaçons-les par le culte de l'intérêt national. Dégageons notre politique du matérialisme pesant qui l'oblige à se tenir près de terre et
l'empêche de s'élever jusqu'aux sphères supérieures. Rappelons à nos partis politiques et à nos hommes publics que le progrès d'un pays ne consiste pas seulement dans l'augmentation de ses revenus et dans son développement matériel, mais que les nations, comme les individus, sont susceptibles d'avancement intellectuel et moral.
Le vent qui souffle actuellement sur le monde va bouleverser de fond en comble notre vie nationale. Nous sommes déjà en pleine révolution politique. Des anciennes délimitations arbitraires qui séparent les partis, il ne restera bientôt que le souvenir des chicanes stériles qu'elles ont engendrées. De nouveaux problèmes vont surgir. Il faut que nous soyons prêts à prendre position. Préparons-nous donc. Régénérons l'opinion publique. Travaillons à l'édifice national. Créons d'un océan à l'autre un sentiment et un patriotisme véritablement et uniquement canadiens.
Le pays est là qui attend, vaste d'étendue, immense de ressources et de richesses, plein de vigueur, d'espérance et d'avenir. Depuis cinquante ans, il demande une nation; nous ne lui avons donné qu'un peuple. Secouons nos ailes et élevons-nous. Nous sommes déjà en retard.
Les Disparus
En mémoire de Paul-Emile Lam abcès
0 les lutteurs qui sont tombés. Tout d'une pièce, dans la tombe ! 0 les érables verts qui tombent, D'un seul grand coup, sans se courber !
0 la cloche d'airain qui tinte
Et dont, tout à coup, meurt le bruit !
0 la lampe qui s'est éteinte
Et qui laisse un peu plus de nuit !
0 la pierre qui se détache Et s'abat au pied du rempart !
0 les frères qu'on nous arrache !
0 la tristesse des départs !
Jean NoLrN
(Le Devoir, 16 octobre 1918.)