SCENE VI
Lbs Mêmes, M. DE LA JARRY, avtc une redingote
fourrée.
Eh I mon cher La Jarry, comme vous voilà fourrél aur mon honneur, vous avez l'air du czar Pierre.
LA JARRT.
C'est que... voyez-vous^ comte, lorsque Ton a> rive deNaples...
LECTOURE
Ah.l monsieur arrive de Naplesî
LA JARRY
En droiture, et je trouve qu'il fait un froid er Bretagne I
DE NOZAY
Avez-vous vu le Vésuve ?
LA JARRY
Je l'ai entrevu. D'ailleurs, ce n'est pas ce qu'il y a de plus curieux à Naples, une montagne qui fume... ma cheminée en fait autant... et puis, M»« La Jarry avait une peur effroyable des irruptions.
LECTOURE
Vous avez été à la grotte du Chien, je présume?
LA JARRY
Pourquoi faire? pour voir une bête qui a des vapeurs... donnez une boulette au premier caniche, il en fera autant. Puis M^neLa Jarry a la passion des chiens, et cela lui aurait fait de la peine
EMMANUEL
J'espère au moins qu'un savant comme vous n'a pas négligé la Solfatara?
LA JARRY
Moi, j • n'y ni pas mis le pied. Je me figure bi ce que c'est : trois ou quatre arpens de souffre, voilà tout... qui ne rapportent absolument rien que des allumettes, et puis M^eLa Jarry ne peut pas souffrir l'odeur du souffre.
EMMANUEL, has à Lcctoure.
Eh bien! comment trouvez-vous celui-là?
LECTOURE, de même.
Je ne sais pas si c'est parce que je l'ai vu -c premier, mais je préfère l'autre.
LAFFEUILLE, annonçant.
M. Paul !
EMMANUEL, se retoumant.
Hein ?
LECTOURE
Encore un voisin de campagne?
EMMANUEL
Non, celui-là, c'est autre chose. — Comment cet homme ose-t-il se présenter ici?
LECTOURE
Roturier, vilain, n'est-ce pas? — Poète, peintre, musicien, quelque chose comme cela I Eh bien ! je vous assure, Emmanuel, que l'on commence a recevoir cette espèce; cette maudite philosoplno confond tout. Un artiste s'assied près d'un grand seigneur, le coudoie, le salue du coin du chape.m, reste sur son siège, quand il se lève. Ils parlent ensemble des choses de cour, ils ricanent, i- , plaisantent, ils chamaillent; c'est un mauvaigoût de très-bon ton.
Vous vous trompez, Lectoure; ce n'est ni un poète, ni un peintre, ni un musicien, c'est un homme auquel il faut que je parle seul. [Prenant le bras de La Jarry.) Si vous voulez passeï un in-
PAUL j()M':s.
«tant dans le boudoir, monsieur, vous y trouverez i des gouaches représentant les îles d'Ischia, de j Capii, de Nisida. i
LA JARRT.
Ah l oui, je les ai aperçues des fenêtres de l'hôtel, mais je n'y suis pas allé, M"e de La Jarry craint horriblement le mal de mer.
LECTOURB, prenant le bras de Nozay.
Et vous dites, monsieur, qu'on n'a qu'à se coiffer la tète d'un potiron?
DB NOZAY
En se ménageant toutefois des ouvertures pour les yeux et pour la bouche.
Us sortent tous quatre par la droite ; on ouvre la porte du fond ; Paul paraît.
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