‹ Paul-Louis Courier: A Selection from the WorksChapitre 23 sur 74 · A MESSIEURS · texte numérisé non relu

A MESSIEURS

Messieurs, 5

C'est avec grand chagrin, avec une douleur extrême que je me vois exclu de votre Académie, puisque enfin vous ne voulez point de moi. Je ne m'en plains pas toutefois. Vous pouvez avoir, pour cela, d'aussi bonnes raisons que pour refuser Coraï et d'autres qui me valent lo bien. En me mettant avec eux, vous ne me faites nul tort ; mais d'un autre côté, on se moque de moi. Un auteur de journal, heureusement peu lu, imprime : «Monsieur Courier s'est présenté, se présente et se présentera aux élections de l'Académie des Inscriptions 15 et Belles-Lettres, qui le rejette unanimement. Il faut, pour être admis dans cet illustre corps, autre chose que du grec. On vient d'y recevoir le vicomte Prévost d'Irai, gentilhomme de la chambre, le sieur Jomard, le chevalier Dureau de La Malle, gens qui, à dire vrai, ne savent 20 point de grec, mais dont les principes sont connus. »

Voilà les plaisanteries qu'il me faut essuyer. Je saurais bien que répondre ; mais ce qui me tâche le plus, c'est que je vois s'accomplir cette prédiction que me fit autrefois mon père : Tu ne seras jamais rien. Jusqu'à présent 25

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je doutais (comme il y a toujours quelque chose d'obscur dans les oracles), je pensais qu'il pouvait avoir dit : Tu ne feras jamais rien \ ce qui m'accommodait assez, et me semblait même d'un bon augure pour mon avancement

30 dans le monde ; car en ne disant rien, je pouvais parvenir à tout, et singulièrement à être de l'Académie. Je m'abusais. Le bonhomme sans doute avait dit, et rarement il se trompa : Tu ne seras jamais rien^ c'est-àdire, tu ne seras ni gendarme, ni rat-de-cave, ni espion,

35 ni duc, ni laquais, ni académicien. Tu seras Paul-Louis pour tout potage, id est^ rien. Terrible mot.

C'est folie de lutter contre sa destinée. Il y avait trois places vacantes à l'Académie, quand je me présentai pour en obtenir une. J'avais le mérite requis ; on me

40 l'assurait, et je le croyais, je vous l'avoue. Trois places vacantes, messieurs ! et notez ceci, je vous prie, personne pour les remplir.

Vous aviez rebuté tous ceux qui en eussent été capables. Coraï, Thurot, Haase, repoussés une fois, ne

45 se présentaient plus. Le pauvre Chardon de la Rochette qui, toute sa vie, fut si simple de croire obtenir, par la science, une place de savant, à peine désabusé, mourut. J'étais donc sans rivaux que je dusse redouter. Les candidats manquant, vous paraissiez en peine, et aviez

50 ajourné déjà deux élections yâ«/^ de sujets recevables. Les uns vous semblaient trop habiles; les autres trop ignorants ; car sans doute vous n'avez pas cru qu'il n'y eût en France personne digne de s'asseoir auprès de Gail. Vous cherchiez cette médiocrité justement vantée par les

55 sages. Que vous dirai-je enfin ? Tout me favorisait, tout m'appelait au fauteuil. Visconti me poussait, Millin m'encourageait, Letronne me tendait la main ; chacun semblait me dire : Dignus es intrare. Je n'avais qu'à me présenter ; je me présentai donc, et n'eus pas une voix.

DES INSCRIPTIONS ET BELtES-LF^lVREér: t ^bh 5 ! -•;

Non, messieurs, non, je le sais, ce ne fut point votre 60 faute. Vous me vouliez du bien, j'en suis sûr. Il y parut dans les visites que j'eus l'honneur de vous faire alors. Vous m'accueillîtes d'une façon qui ne pouvait être trompeuse ; car pourquoi m'auriez-vous flatté ? Vous me reconnûtes des droits. La plupart même 65 d'entre vous se moquèrent un peu avec moi de mes nobles concurrents ; car, tout en les nommant de préférence à moi, vous les savez bien apprécier, et n'êtes pas assez peu instruits pour me confondre avec messieurs de l'Œil-de-Bœuf. Enfin, vous me rendîtes justice, en 70 convenant que j'étais ce qu'il fallait pour une des trois places à remplir dans l'Académie. Mais quoi ? mon sort est de n'être rien. Vous eûtes beau vouloir faire de moi quelque chose, mon étoile l'emporta toujours, et vos suffrages, détournés par cet ascendant, tombèrent. Dieu 75 sans doute le voulant, sur le gentilhomme ordinaire.

La nobUssey messieurs, n^est pas une chimère^ mais quelque chose de très réel, très solide, très bon, dont on sait tout le prix. Chacun en veut tâter ; et ceux qui autrefois firent les dégoûtés ont bien changé d'avis depuis 80 un certain temps. Il n'est vilain qui, pour se faire un peu décrasser, n'aille du roi à l'usurpateur et de l'usurpateur au roi, ou qui, hutc de mieux, ne mette du moins un de à son nom, avec grande raison vraiment. Car voyez, ce que c'est, et la différence qu'on fait du gentil- 85 homme au roturier, dans le pays même de l'égalité, dans la république des lettres. Chardon de la Roche t te (vous l'avez tous connu), paysan comme moi, malgré ce nom pompeux, n'ayant que du savoir, de la probité, des mœurs, enfin un homme de rien, abîmé dans l'étude, dépense son 90 patrimoine en livres, en voyages, visite les monuments de la Grèce et de Rome, les biWiothèques, les savants, et devenu lui-même un des hommes les plus savants de

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l'Europe, connu pour tel par ses ouvrages, se présente à

95 l'Académie, qui tout d'une' voix le refuse. Non, c'est mal dire ; on ne fit nulle attention à lui, on ne l'écouta pas. Il en mourut, grande sottise. Le vicomte Prévost passe sa vie dans ses terres, où foulant le parfum de ses plantes fleuries^ il compose un couplet, afin iT entretenir ses

loo douces rêveries, L'Académie, qui apprend cela (non pas l'Académie française, où deux vers se comptent pour un ouvrage, mais la vôtre, messieurs, l'Académie en «5, celle des Barthélemi, des Dacier, des Saumaise), offre timidement à M. le vicomte une place dans son sein ; il fait

105 signe qu'il acceptera, et le voilà nommé tout d'une voix. Rien n'est plus simple que cela: un gentilhomme de nom et d'armes, un homme comme M. le vicomte, est militaire sans foire la guerre, de l'Académie sans savoir lire. La coutume de France ne veut pas^ dit Molière,

no qu^un gentilhomme sache rien faire^ et la même coutume veut que toute place lui soit dévolue, même celle de l'Académie.

Napoléon, génie, dieu tutélaire des races antiques et nouvelles, restaurateur des titres, sauveur des parchemins ;

115 sans toi la France perdait l'étiquette et le blason, sans toi. . . . Oui, messieurs, ce grand homme aimait comme vous la noblesse, prenait des gentilshommes pour en foire ses soldats, ou bien de ses soldats foisait des gentilshommes. Sans lui, les vicomtes que seraient-ils ? pas

120 même académiciens.

Vous voyez bien, messieurs, que je ne vous en veux point. Je cause avec vous ; et de foit, si j'avais à me plaindre, ce serait de moi, non pas de vous. Qui diantre me poussait à vouloir être de l'Académie, et qu'avais-je

125 besoin d'une patente d'érudit, moi, qui sachant du grec autant qithomme de France^ étais connu et célébré par tous les doctes de l'Allemagne, sous les noms de CorreriuSy

CourieruSj Hemerodromus^ Cursor^ avec les épithètes de vir ingeniosus^ vir acutissimuSy vir prastantissimus^ c'est-à-dire homme (Téruditiony homme de capacité^ comme le docteur 130 Pancrace. J'avais étudié pour savoir, et j'y étais parvenu, au jugement des experts. Que me fallait-il davantage ? Quelle bizarre fantaisie à moi, qui m'étais moqué quarante ans des coteries littéraires, et vivais en repos loin de toute cabale, de m'aller jeter au milieu de ces 135 méprisables intrigues i

A vous parler franchement, messieurs, c'est là le point embarrassant de mon apologie ; c'est là P endroit que je sens faible et que je me voudrais cacher. De raisons, je n'en ai point pour plâtrer cette sottise, ni même d'excuse 140 valable. Alléguer des exemples, ce n'est pas se laver, c'est montrer les taches des autres. Assez de gens, pourrais-je dire, plus sages que moi, plus habiles, plus philosophes (messieurs, ne vous efFrayez pas), ont fait la même faute et bronché en même chemin aussi lourde- 145 ment. Que prouve cela ? quel avantage en puis-je tirer, sinon de donner à penser que par là seulement je leur ressemble ! Mais, pourtant, Coraï, messieurs . . . parmi ceux qui ont pris pour objet de leur étude les monuments écrits de l'antiquité grecque, Coraï tient le premier rang ; 150 nul ne s'est rendu plus célèbre ; ses ouvrages nombreux, sans être exempts de fautes, font l'admiration de tous ceux qui sont capables d'en juger ; Coraï, heureux et tranquille à la tête des hellénistes, patriarche, en un mot, de la Grèce savante, et partout révéré de tout ce qui sait '55 lire alpha et oméga ; Coraï une fois a voulu être de l'Académie. Ne me dites point, mon cher maître, ce que je sais comme tout le monde, que vous l'avez bien peu voulu, et que jamais cette pensée ne vous fût venue sans les instances de quelques amis moins zélés pour vous, 160 peut-être, que pour l'Académie, et qui croyaient de son

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honneur que votre nom parût sur la liste, que vous cédâtes avec peine, et ne fûtes prompt qu'à vous retirer. Tout cela est vrai et vous est commun avec moi, aussi bien

165 que le succès. Vous avez voulu comme moi, votre indigne disciple, être de l'Académie. C'était sans contredit aspirer à descendre» Il vous en a pris comme à moi. C'est-à-dire qu'on se moque de nous deux. . . .

Jomard à la place de Visconti ! M. Prévost d'Irai

170 succédant à Clavier ! voilà de furieux arguments contre le progrès des lumières, et les frères ignorantins, s'ils ne vous ont eux-mêmes dicté ces nominations, vous en doivent savoir bon gré.

Jomard dans le Eiuteuil de Visconti ! je crois bien

175 qu'à présent, messieurs, vous y êtes accoutumés ; on se fait à tout, et les plus bizarres contrastes, avec le temps, cessent d'amuser. Mais avouez que la première fois cette bouffonnerie vous a réjouis. Ce fut une chose à voir, je m'imagine, que sa réception. Il n'y eût rien

180 manqué de celle de Diafoirus, si le récipiendaire eût su autant de latin. Maintenant, essayez {nature se plaît en diversité^) de mettre à la place d'un âne un savant, un helléniste. A la première vacance, peut-être, vous en auriez le passe-temps, nommez un de ceux que vous avez

185 refusés jusqu'à présent.

Mais ce M. Jomard, dessinateur, graveur, ou quelque chose d'approchant, que je ne connais point d'ailleurs, et que peu de gens, je crois, connaissent, pour se placer ainsi entre deux gentilshommes, le chevalier et le

190 vicomte, quel homme est-ce donc, je vous prie ? Est-ce un gentilhomme qui déroge en faisant quelque chose, ou bien un artiste anobli comme le marquis de Canova ? ou serait-ce seulement un vilain qui pense bien ? les vilains bien pensants fréquentent la noblesse, ils ne

^ Mot de Louis XL

parlent jamais de leur père, mais on leur en parle 195 souvent.

M. Jomard, toutefois, sait quelque chose ; il sait graver, diriger au moins des graveurs, et les planches d'un livre font foi quMl est bon prote en taille-douce. Mais le vicomte, que sait-il ? sa généalogie ; et quels 200 titres a-t-il ? des titres de noblesse pour remplacer Clavier dans une Académie ! Chose admirable que parmi quarante que vous étiez, messieurs, savants ou censés tels, assemblés pour nommer à une place de savant, d'érudit, d'helléniste, pas un ne s'avise de proposer un 205 helléniste, un érudit, un savant ; pas un seul ne songe à Coraï, nul ne pense à Thurot, à M. Haase, à moi, qui en valais un autre pour votre Académie ; tous d'un commun accord, parmi tant de héros, vont choisir Childebrand, tous veulent le vicomte. Les com- 210 pagnies, en général, on le sait, ne rougissent point, et les académies ! ... ah ! messieurs, s'il y avait une académie de danse, et que les grands en voulussent être, nous verrions quelque jour, à la place de Vestris, M. de Talleyrand, que l'Académie en corps com- 215 plimenterait, louerait, et, dès le lendemain, rayerait de sa liste pour peu qu'il parût se brouiller avec les puissances.

Vous faites de ces choses-là. M. Prévost d'Irai n'est pas si grand seigneur, mais il est propre à vos études 220 comme l'autre à danser la gavotte. Et que de Childebrands, bons dieux ! choisis par vous et proclamés unanimement, à l'exclusion de toute espèce d'instruction : Prévost d'Irai, Jomàrd, Dureau de la Malle, Saint- Martin, non pas tous gentilshommes. Aux vicomtes, 225 aux chevaliers vous mêlez de la roture. L'égalité académique n'en soufFre point, pourvu que l'un ne soit pas plus savant que l'autre, et la noblesse n'est pas de

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rigueur pour entrer à rAcadémie ; l'ignorance, bien

230 prouvée, suffit.

Cek est naturel, quoi qu'on en puisse dire. Dans une compagnie de gens faisant profession d'esprit ou de savoir, nul ne veut près de soi un plus habile que soi, mais bien un plus noble, un plus riche ; et généralement,

235 dans les corps à talent, nulle distinction ne Elit ombrage, si ce n'est celle du talent. Un duc et pair honore l'Académie française qui ne veut point de Boileau, refuse La Bruyère, feit attendre Voltaire, mais reçoit tout d'abord Chapelain et Conrart. De même nous voyons à

240 l'Académie grecque le vicomte invité, Coraï repoussé, lorsque Jomard y entré comme dans un moulin.

Mais ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est cette prudence de l'Académie, qui, après la mort de Clavier et celle de Visconti arrivées presque en même temps, songe à

245 réparer de telles pertes, et d'abord, afin de mieux choisir, diffère ses élections, prend du temps, remet le tout à six mois, précaution remarquable et infiniment sage. Ce n'était pas une chose à faire sans réflexion, que de nommer des successeurs à deux hommes aussi savants,

250 aussi célèbres que ceux-là. Il y fallait regarder, élire entre les doctes, sans faire tort aux autres, les deux plus doctes ; il fallait contenter le public, montrer aux étrangers que tout savoir n'est pas mort chez nous avec Clavier et Visconti, mais que le goût des arts antiques,

255 l'étude de l'histoire et des langues, des monuments de l'esprit humain, vivent en France comme en Allemagne et en Angleterre. Tout cela demandait qu'on y pensât mûrement. Vous y pensâtes six mois, messieurs, et au bout de six mois, ayant suffisamment considéré, pesé le

260 mérite, les droits de chacun des prétendants, à la fin vous nommez. ... Si je le redisais, nulle gravité n'y tiendrait, et je n'écris pas pour faire rire. Vous savez bien qui

VOUS nommâtes à la place de Visconti. Ce ne fut ni Coraï ni moi, ni aucun de ceux qu'on connaît pour avoir cultivé quelque genre de littérature. Ce fut un 265 noble, un vicomte, un gentilhomme de la chambre. Celui-là pourra dire qui l'emporte en bassesse de la cour ou de l'Académie, étant de l'une et de l'autre, question curieuse qui a paru, dans ces derniers temps, décidée en votre faveur, messieurs, quand vous ne faisiez réellement 270 que maintenir vos privilèges et conserver les avantages acquis par vos prédécesseurs. Les Académiciens sont en possession de tout temps de remporter le prix de toute sorte de bassesses, et jamais cour ne proscrivit un abbé de Saint-Pierre, pour avoir parlé sous Louis XV un peu 275 librement de Louis XIV, ni ne s'avisa d'examiner laquelle des vertus du roi méritait les plus fades éloges.

Enfin voilà les hellénistes exclus de cette Académie dont ils ont fait toute la gloire, et où ils tenaient le premier rang ; Coraï, La Rochette, moi, Haase, Thurot, 280 nous voilà cinq, si je compte bien, qui ne laissions guère d'espoir à d'autres que des gens de cour ou suivant la cour. Ce n'est pas là, messieurs, ce que craignit votre fondateur, le ministre Colbert. Il n'attacha point de traitement aux places de votre Académie, de peuvy disent 285 les mémoires du temps, que Us courtisans rCy voulussent mettre leurs valets. Hélas ! ils font bien pis, ils s'y mettent eux-mêmes, et après eux y mettent encore leurs protégés, valets sans gages, de sorte que tout le monde sera bientôt de l'Académie, excepté les savants : comme 290 on conte d'un grand d'autrefois, que tous les gens de sa maison avaient des bénéfices, excepté l'aumônier.

Mais avant de proscrire le grec, y avez-vous pensé, messieurs ? Car enfin que ferez-vous sans grec ? voulezvous avec du chinois, une bible copte ou syriaque, vous 295 passer d'Homère et de Platon ! Quitterez- vous le

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Parthénon pour la pagode de Jagarnaut, la Vénus de Praxitèle pour les magots de Fo-hi-Can ? et que deviendront vos mémoires, quand au lieu de l'histoire des arts

300 chez ce peuple ingénieux, ils ne présenteront plus que les incarnations de Visnou, la légende des faquirs, le rituel du lamisme, ou l'ennuyeux bulletin des conquérants tartares ? Non, je vois votre pensée ; l'érudition, les recherches sur les mœurs et les lois des peuples, l'étude

305 des chefs-d'œuvre antiques et de cette chaîne de monuments qui remontent aux premiers âges, tout cela vous détournait du but de votre institution. Colbert fonda l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres pour faire des devises aux tapisseries du roi^ et en un besoin, je

310 m'imagine, aux bonbons de la reine. C'est là votre destination à laquelle vous voulez revenir et vous consacrer uniquement ; c'est pour cela que vous renoncez au grec ; pour cela, il faut l'avouer, le vicomte vaut mieux que Coraï.

315 D'ailleurs, à le bien prendre, messieurs, vous ne faites point tant de tort aux savants. Les savants voudraient être seuls de l'Académie, et n'y souffrir que ceux qui entendent un peu le latin d*A Kempis, Cela chagrine, inquiète d'honnêtes gens parmi vous, qui ne se piquent

320 pas d'avoir su autrefois leur rudiment par cœur; que ceux-ci excluent ceux qui veulent les exclure, où est le mal, où sera l'injustice ? Si on les écoutait, ils prétendraient encore à être seuls professeurs, sous prétexte qu'il faut savoir pour enseigner, proposition au moins

325 téméraire, malsonnante, en ce qu'elle ôte au clergé l'éducation publique ; et sait-on où cela s'arrêterait ? Bientôt ceux qui prêchent l'Évangile seraient obligés de l'entehdre. Enfin si les savants veulent être quelque chose, veulent avoir des places, qu'ils fassent comme on

330 fait, c'est une marche réglée : les moyens pour cela sont

connus et à la portée d'un chacun. Des visites, des révérences, un habit d'une certaine façon, des recommandations de quelques gens considérés. On sait, par exemple, que pour être de votre Académie, il ne faut que plaire à deux hommes, M. Sacy et M. Quatremëre 335 de Quincy, et, je crois, encore à un troisième dont le nom me reviendra ; mais ordinairement le suffrage d'un des trois sufEt, parce qu'ils s'accommodent entre eux. Pourvu qu'on soit ami d'un de ces trois messieurs, et cela est aisé, car ils sont bonnes gens, vous voilà dispensé 340 de toute espèce de mérite, de science, de talents ; y a-t-il rien de plus commode, et saurait-on en être quitte à meilleur marché? que serait-ce, au prix de cela, s'il fallait gagner tout le public, se faire un nom, une réputation ? Puis, une fois de l'Académie, à votre aise 345 vous pouvez marcher en suivant le même chemin j les places et les honneurs vous pleuvent. Tous vos devoirs sont renfermés dans deux préceptes d'une pratique également facile et sûre, que les moines, premiers auteurs de toute discipline réglementaire, exprimaient ainsi en leur 350 latin : Bene dicere de Priore^ facere officium suum taliter qualitery le reste s'ensuit nécessairement : Sinere mundum ire quomodo vadit.

Oh ! l'heureuse pensée qu'eut le grand Napoléon, d'enrégimenter les beaux-arts, d'organiser les sciences, 355 comme les droits réunis j pensée vraiment royale^ disait M. de Fontanes, de changer en appointements ce que promettent les muses, un nom et des lauriers. Par là, tout s'aplanit dans la littérature ; par là, cette carrière autrefois si pénible est devenue facile et unie. Un jeune 360 homme, dans les lettres, avance, &it son chemin comme dans les sels ou les tabacs. Avec de la conduite, un caractère doux, une mise décente, il est sûr de parvenir et d'avoir à son tour des places, des traitements, des

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365 pensions, des logements, pourvu qu'il n'aille pas faire autrement que tout le monde, se distinguer, étudier. Les jeunes gens quelquefois se passionnent pour l'étude ; c'est la perte assurée de quiconque aspire aux emplois de la littérature j c'est la mort à tout avancement. L'étude

370 rend paresseux : on s'enterre dans ses livres ; on devient rêveur, distrait, on oublie ses devoirs, visites, assemblées, repas, cérémonies ; mais ce qu'il y a de pis, l'étude rend orgueilleux ^ celui qui étudie s'imagine bientôt en savoir plus qu'un autre, prétend à des succès, méprise ses égaux,

375 manque à ses supérieurs, néglige ses protecteurs, et ne fera jamais rien dans la partie des kttres.

Si Gail eût étudié, s'il eût appris le grec, serait-il aujourd'hui professeur de la langue grecque, académicien de l'Académie grecque, enfin le mieux rente de tous les

380 éruditsi Haase a fait cette sottise. Il s'est rendu savant, et le voilà capable de remplir toutes les places destinées aux savants, mais non pas de les obtenir. Bien plus avisé fut M. Raoul Rochette, ce galant défenseur de l'Église, ce jeune champion du temps passé. Il pouvait,

385 comme un autre, apprendre en étudiant, mais bien il vit que cela ne le menait à rien, et il aima mieux se produire que s'instruire, avoir dix emplois de savant, que d'être en état d'en remplir un qu'il n'eût pas eu s'il se fût mis dans l'esprit de le mériter, comme a fait ce pauvre Haase,

390 homme, à mon jugement, docte mais non habile, qui s'en va pâlir sur les livres, perd son temps et son grec, ayant devant les yeux ce qui l'eût dû préserver d'une semblable faute, Gail, modèle de conduite, littérateur partit. Gail ne sait aucune science, n'entend aucune langue :

395 Mais s'il est par la brigue un rang à disputer,

Sur le plus savant homme on le voit l'emporter.

L'emploi de garde des manuscrits, d'habiles gens le

demandaient ; on le donne à Gail qui ne lit pas même la lettre moulée. Une chaire de grec vient à vaquer, la seule qu'il y eût alors en France ; on y nomme Gail, dont 4a> l'ignorance en grec est devenue proverbej ^ un fauteuil à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, on place Gail, qui se trouve ainsi, sans se douter seulement du grec, avoir remporté tous les prix de l'érudition grecque, réunir à lui seul toutes les récompenses avant lui partagées 405 aux plus excellents hommes en ce genre. Haase n'oserait prétendre à rien de tout cela, parce qu'il étudie le grec, parce qu'il déchiffre, explique, imprime les manuscrits grecs, parce qu'il fait des livres pour ceux qui lisent le grec, parce qu'enfin il sait tout, hors ce qu'il faut savoir 410 pour être savant patenté du gouvernement. Oh ! que Gail l'entend bien mieux ! il ne s'est jamais trompé, jamais fourvoyé de la sorte, jamais n'eut la pensée d'apprendre ce qu'il est chargé d'enseigner. Certes un homme comme Gail doit rire dans sa barbe, quand il 4^5 touche cinq ou six traitements de savants, et voit les savants se morfondre.

Messieurs, voilà ce que c'est que l'esprit de conduite. Aussi, avoir donné le fouet jadis à un duc et pair, il faut en convenir, cela aide bien un homme, cela vous pousse 420 furieusement, et, comme dit le poète.

Ce chemin aux honneurs a conduit de tout temps.

Le pédant de Charles-Quint devint pape, celui de Charles IX fut grand aumônier de France, mais tous deux savaient lire ; au lieu que Gail ne sait rien, et même 425 est connu de tout le monde pour ne rien savoir, d'autant plus admirable dans les succès qu'il a obtenus comme savant.

Vous n'ignorez pas combien sont désintéressés les

^ Tu t*y entends comme Gail au greCf proverbe d'écolier.

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430 éloges que je lui donne. Je n'ai nulle raison de le flatter, et suis tout à fait étranger à ce doux commerce de louanges que vous pratiquez entre vous. M. Gail ne m'est rien, ni ami, ni ennemi, ne me sera jamais rien, et ne peut de sa vie me servir ni me nuire. Ainsi le pur

435 amour du grec m'engage à célébrer en lui le premier de nos hellénistes, j'entends le plus considérable par ses grades littéraires. Le public, je le sais, lui rend assez de justice 'y mais on ne le connaît pas encore. Moi, je le juge sans prévention, et je vois peu de gens qui soient de son

440 mérite^ même parmi vous, messieurs. En Allemagne, où vous savez que tout genre d'érudition fleurit, je ne vois rien de pareil, rien même d'approchant. Là, les places académiques sont toutes données à des hommes qui ont fait preuve de savoir. Là, CoraT serait président

445 de l'Académie des Inscriptions, Haase garde des manuscrits, quelque autre aurait la chaire de grec, et Gail . . . qu'en ferait-on ? Je ne sais, tant l'industrie qui le distingue est peu prisée en ce pays-là. Ces gens, à ce qu'il paraît, grossiers, ne reconnaissent qu'un droit aux

450 emplois littéraires, la capacité de les remplir, qui chez nous est une exclusion.

Ce que j'en dis toutefois ne se rapporte qu'à votre Académie, messieurs, celle des Inscriptions et Belles- Lettres. Les autres peuvent avoir des maximes difFé-

455 rentes. Et je n'ai garde d'assurer qu'à l'Académie des Sciences un candidat fût refusé, uniquement parce qu'il serait bon naturaliste ou mathématicien profond. J'entends dire qu'on y est peu sévère sur les billets de confession, et un de mes amis y fut reçu l'an passé, sans

460 même qu'on lui demandât s'il avait fait ses Pâques, scandales qui n'ont point lieu chez vous.

Mais, messieurs, me voilà bien loin du sujet de ma lettre. P oublie^ en vous parlant^ ce que je viens vous dire.

et le plaisir de vous entretenir me détourne de mon objet. Je voulais répondre aux méchantes plaisanteries de ce 465 journal qui dit que je me suis présenté^ que je me présente actuellement^ et que je me présenterai encore pour être reçu parmi vous. Dans ces trois assertions il y a une vérité, c'est que je me suis présenté, mais une fois sans plus, messieurs. Je n'ai fait, pour être des vôtres, que quarante 470 visites seulement, et quatre-vingts révérences, à raison de deux par visite. Ce n'est rien pour un aspirant aux emplois académiques ; mais c'est beaucoup pour moi, naturellement peu souple, et neuf à cet exercice. Je n'en suis pas encore bien remis. Mais je suis guéri de 475 l'ambition, et je vous proteste, messieurs, que, même assuré de réussir, je ne recommencerais pas.

Quant à ce qu'il ajoute touchant les principes de ceux que vous avez élus, principes qu'il dit être connus, cette phrase, tendant à insinuer que les miens ne sont pas 480 connus, me cause de l'inquiétude. Si jamais vous réussissez à établir en France la Sainte-Inquisition, comme on dit que vous y pensez, je ne voudrais pas que l'on pût me reprocher quelque jour d'avoir laissé sans réponse un propos de cette nature. Sur cela donc j'ai à 485 vous dire que mes principes sont connus de ceux qui me connaissent, et j'en pourrais demeurer là. Mais, afin qu'on ne m'en parle plus, je vais les exposer en peu de mots.

Mes principes sont, qu* entre deux points la ligne droite ^ço est la plus courte ; que le tout est plus grand que sa partie ; que deux quantités^ égales chacune à une troisième^ sont égales entre elles.

Je tiens aussi que deux et deux font quatre j mais je n'en suis pas bien sûr. ^ç^

Voilà mes principes, messieurs, dans lesquels j'ai été élevé, grâce à Dieu, et dans lesquels je veux vivre et

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mourir. Si vous me demandez d'autres éclaircissements (car on peut dire qu'il y a différents principes en difFé-

500 rentes matières, comme principes de grammaire ; il ne s'agit pas de ceux-là ; ces messieurs ne sachant, dit-on, ni grec, ni latin ; principes de religion, de morale, de politique), je vous satisferai là-dessus avec la même sincérité.

505 Mes principes religieux sont ceux de ma nourrice, morte chrétienne et catholique, sans aucun soupçon d'hérésie. La foi du centenier, la foi du charbonnier sont passées en proverbe. Je suis soldat et bûcheron, c'est comme charbonnier. Si quelqu'un me chicane sur

510 mon orthodoxie, j'en appelle au futur concile.

Mes principes de morale sont tous renfermés dans cette règle : Ne point faire à autrui ce que je ne voudrais pas qui me fût fait.

Quant à mes principes politiques, c'est un symbole

515 dont les articles sont sujets à controverse. Si j'entreprenais de les déduire, je pourrais mal m'en acquitter, et vous donner lieu de me confondre avec des gens qui ne sont pas dans mes sentiments. J'aime mieux vous dire en un mot ce qui me distingue, me sépare de tous les

520 partis, et fait de moi un homme rare dans le siècle où nous sommes ; c'est que je ne veux point être roi, et que j'évite soigneusement tout ce qui pourrait me mener là.

Ces explications sont tardives et peuvent paraître

525 superflues, puisque je renonce à l'honneur d'être admis parmi vous, messieurs, et que sans doute vous n'avez pas plus d'envie de me recevoir que je n'en ai d'être reçu dans aucun corps littéraire. Cependant je ne suis pas fâché de désabuser quelques personnes qui auraient pu

530 croire, sur la foi de ce journaliste, que je m'obstinais, comme tant d'autres, à vouloir vaincre vos refus par

mes importunités. Il n'en est rien, je vous assure. Je reconnais ingénument que Dieu ne m'a point fait pour être de l'Académie, et que je fus mal conseillé de m'y présenter une fois. 535

Paris, U zo mars 1819.

t VÉRCTz, 18 octobre 18 19.

Monsieur,

Le hasard m*a fait tomber entre les mains une lettre d'un procureur du roi à un commandant de gendarmes. En voici la copie, sauf les noms que je supprime. 10 Monsieur le commandant^ veuillex faire arrêter et conduire en prison un tel de tel endroit.

Voilà toute la lettre. Je crois, si vous l'imprimez, qu'on vous en saura gré. Le public est intéressé dans une pareille correspondance ; mais il n'en connaît d'ordi- 15 naire que les résultats. Ceci est bref, concis ; c'est le style impérial, ennemi des longueurs et des explications. Veuillez mettre en prison^ cela dit tout. On n'ajoute pas : car tel est notre plaisir. Ce serait rendre raison, alléguer un motif ; et, en style de l'empire, on ne rend raison de 20 rien. Pour vno\^ je suis charmé de ce petit morceau.

Quelqu'un pourra demander (car on devient curieux, et le monde s'avise de questions maintenant qui ne se faisaient pas autrefois), on demandera peut-être combien

de gens en France ont le droit ou le pouvoir d'emprisonner qui bon leur semble, sans être tenus de dire 25 pourquoi. Est-ce une prérogative des procureurs du roi et de leurs substituts ? Je le croirais, quant à moi. Ces places sont recherchées 5 ce n'est pas pour l'argent. On en donnait jadis, on en donnait beaucoup pour être procureur du roi. Fouquet vendit sa charge dix-huit cent 30 mille francs, cinq millions d'aujourd'hui, et elles coûtent à présent bien plus que de l'argent. Ce qu'achètent si cher d^honnÈtes gens^ c'est l'honneur {Phonneur seul peut flatter un esprit généreux)^ ce sont les privilèges attachés à ces places. £n est-il en effet de plus beau, de plus 35 grand que de pouvoir dire : Gendarmes, qu'on l'arrête, qu'on le mène en prison ! Cela ne sent pas du tout le robin, l'homme de loi. On ne voit rien là-dedans de ces lentes et pesantes formalités de justice que le cardinal de Retz reproche, avec tant de raison, à la magistratiu-e, et 40 qui, tant de fois, le firent enrager, comme lui-même le raconte.

Il ne se plaindrait pas maintenant : tout a changé au delà même de ce qu'il eût pu désirer alors. Notre jurisprudence, nos lois sont prévôtales ; nos magistrats aussi 45 doivent être expéditife et le sont. Vite, tôt; emprisonnez, tuez ; on n'aurait jamais fait s'il allait tant d'ambages et de circonlocutions. Tout chez nous porte empreint le caractère de ce héros, le génie du pouvoir, qui faisait en une heure une Constitution, en quelques jours un 50 Code pour toutes les nations, gouvernait à cheval, organisait en poste, et fonda, en se débottant, un Empire qui dure encore.

Tout bien considéré, le parti le plus sûr, c'est de respecter fort les procureurs du roi, leurs substituts et 55 leurs clercs ; de les éviter, de fuir toute rencontre avec eux, tout démêlé ; de leur céder non seulement le haut

Il8 LETTRES

du pavé, mais tout le pavé, s'il se peut. Car enfin, on le sait, ce sont des gens fort sages, qui ne mettent en prison

60 que pour de bonnes raisons, exempts de passions, calmes, imperturbables, des hommes éprouvés sous le grand Napoléon qui, cent fois dans le cours de sa gloire passée^ tenta leur patience et ne Pa point lassée. Mais ce ne sont pas des saints ; ils peuvent se fâcher. Un mot avec

65 paraphe, le commandant est là. Veuillez ... et aussitôt gendarmes de courir, prison de s'ouvrir; quand vous y serez, la Charte ne vous en tirera pas. Vous pourrez rêver à votre aise la liberté individuelle. Non, respectons les gens du roi, ou les gens de l'empereur, qui happent

70 au nom du roi. C'est le conseil que je prends pour moi, et que je donne à mes amis.

Mais je me suis trompé, monsieur, je m'en aperçois ; ce n'est pas là toute la lettre du procureur du roi : avec ce que je vous ai transcrit, il y a quelque chose encore,

75 II y a d'abord ceci : Le procureur du roi^ à M. le com-^

mandant de la gendarmerie. Monsieur le commandant ; et

puis, pai Phonneur ffttre^ Monsieur le commandant^ avec

considération^ votre tris humble et tris obéissant serviteur. •

Le tout s'accorde parfaitement avec veuillez mettre en

80 prison. Veuillez^ c'est comme on dit : faites-moi l'amitié, obligez-moi de grâce, rendez-moi ce service, à la charge d'autant. Je suis votre serviteur y cela s'entend. Il est serviteur du gendarme qui, au besoin, sera le sien ; ils sont serviteurs l'un de l'autre contre Vadministré qui les

85 paye tous deux ; car l'homme qu'on emprisonne est un cultivateur. C'est un bon paysan qui a déplu au maire en lui demandant de l'argent. Celui-ci, par le moyen du procureur du roi, dont il est serviteur, a fait juger et condamner l'insolent vilain, que ledit procureur du roi,

90 par son serviteur le gendarme, a fait constituer es prisons. C'est l'histoire connue ; cela se voit partout.

Oh ! que nos magistrats donnent de grands exemples ! quelle sévérité ! quelle exactitude scrupuleuse dans l'observation de toutes les formes de h civilité ! Celui-ci peut-être oublie dans sa lettre quelque chose, comme de 95 faire mention d'un jugement 5 mais il n'oubliera pas le très humble serviteur, Thonneiu- d'être, et le reste, bien plus important que le jugement, et tout, pour monsieur le gendarme. Au bourreau, sans doute, il écrit : Monsieur le bourreau, veuillez tuer, et je suis votre serviteur. Les 100 prociM%urs du roi ne sont pas seulement d'honnêtes gens, ce sont encore des gens fort honnêtes. Leur correspondance est civile comme les parties de monsieur Fleurant. Mais on pourrait leur dire aussi comme le malade imaginaire, ce rCest pas tout (Titre civil^ ce n'est 105 pas tout pour un magistrat d'être serviteur des gendarmes ; il faudrait être bon et ami de l'équité.

VfRïTz, 12 novembre 1819. .

Monsieur, no

Dans ces provinces, nous avons nos bandes noires^ comme vous à Paris, à ce que j'entends dire. Ce sont des gens qui n'assassinent point, mais ils détruisent tout. Ils achètent de gros biens pour les revendre en détail, et de profession décomposent les grandes propriétés. C'est 115 pitié de voir quand une terre tombe dans les mains de ces gens-là ; elle se perd, disparaît. Château, chapelle, donjon, tout s'en va, tout s'abîme. Les avenues rasées, labourées de ça, de là, il n'en reste pas trace. Où était l'orangerie s'élèvent une métairie, des granges, des étables 120 pleines de vaches et de cochons. Adieu bosquets, par-

terres, gazons, allées d'arbrisseaux et de fleurs ; tout cela morcelé entre dix paysans : l'un y va fouir des haricots, l'autre de la vesce. Le château, s'il est vieux, se fond

125 en une douzaine de maisons qui ont des portes et des fenêtres ; mais ni tours, ni créneaux, ni ponts-levis, ni cachots, ni antiques souvenirs. Le parc seul demeure entier, défendu par de vieilles lois, qui tiennent bon contre l'industrie ; car on ne permet pas de défricher les

130 bois, dans les cantons les mieux cultivés de la France, de peur d'être obligé d'ouvrir ailleurs des routes et de creuser des canaux pour l'exploitation des forêts. Enfin, les gens dont je vous parle se peuvent nommer les fléaux de la propriété. Ils la brisent, la pulvérisent, l'éparpillent

135 encore après la révolution, mal voulus pour cela d'un chacun. On leur prête, parce qu'ils rendent, et passent pour exacts ; mais d'ailleurs on les hait, parce qu'ils s'enrichissent de ces spéculations ; eux-mêmes paraissent en avoir honte, et n'osent quasi se montrer. De tous

140 côtés on leur crie : Hepp ! hepp ! Il n'est si mince autorité qui ne triomphe de les surveiller. Leurs procès ne sont jamais douteux ; les juges se font parties contre eux. Ces gens me semblent bien à plaindre, quelque succès qu'aient, dit-on, leurs opérations, quelques profits

145 qu'ils puissent faire.

Un de mes voisins, homme bizarre, qui se mêle de raisonner, parlant d'eux l'autre jour, disait : Ils ne font de mal à personne, etTont du bien à tout le monde j car ils donnent à l'un de l'argent pour sa terre, à l'autre de

150 la terre pour son argent ; chacun a ce qu'il lui faut, et le public y gagne. On travaille mieux et plus. Or, avec plus de travail, il y a plus de produits, c'est-à-dire plus de richesse, plus d'aisance commune, et, notez ceci, plus de mœurs, plus d'ordre dans l'Etat comme dans les familles.

155 Tout vice vient d'oisiveté, tout désordre public vient

du manque de travail. '^Ces gens donc, chaque fois que simplement ils achètent une terre et la revendent, font bien, font une chose utile ; très utile et très bonne, quand ils achètent d'un pour revendre à plusieurs ; car accommodant plus de gens, ils augmentent d'autant plus ^^ le travail, les produits, la richesse, le bon ordre, le bien de tous et de chacun. Mais, lorsqu'ils revendent et partagent cette terre à des hommes qui n'avaient point de terre, alors le bien qu'ils font est grand ; car ils font des propriétaires, c'est-à-dire d'honnêtes gens, selon Côme '^5 de Médicis. jivec trois aunes de drap fin^ disait-il, /^ fais un homme de bien ; avec trois quartiers de terre il aurait fait un saint. En effet, tout propriétaire veut l'ordre, la paix, la justice, hors qu'il ne soit fonctionnaire ou pense à le devenir. Faire propriétaire, sans dépouiller personne, ^^o l'homme qui n'est que mercenaire, donner la terre au laboureur, c'est le plus grand bien qui se puisse faire en France, depuis qu'il n'y a plus de serfs à affranchir. C'est ce que font ces gens.

Mais une terre est détruite; mais le château, les '75 souvenirs, les monuments, l'histoire. . . . Les monuments se conservent où les hommes ont péri, à Balbek, à Palmyre, et sous la cendre du Vésuve j mais ailleurs, l'industrie, qui renouvelle tout, leur feit une guerre continuelle. Rome elle-même a détruit ses antiques '^ édifices, et se plaint des Barbares. Les Goths et les Vandales voulaient tout conserver. Il n'a pas tenu à eux qu'elle ne demeurât et ne soit aujourd'hui telle qu'ils la trouvèrent. Mais, malgré leurs édits portant peine de mort contre quiconque endommageait les statues et '^5 les monuments, tout a disparu, tout a pris une forme nouvelle. Et où en serait-on, que deviendrait le monde, si chaque âge respectait, révérait, consacrait, à titre d'ancienneté, toute œuvre des âges passés, n'osait toucher

190 à rien, défaire ni mouvoir quoi que ce soit ? scrupule de madame de Harlai qui, plutôt que de remuer le fauteuil et les pantoufles du feu chancelier son grand-père, toute sa vie vécut dans sa vieille, incommode et malsaine maison. M. Marcellus chérit, dans les forêts, le souvenir des

195 druides, et, pour cela, ne veut pas qu'on exploite aucun bois, qu'on abatte même un arbre, le plus creux, le plus caduc, tout, de peur d'oublier les sacrifices humains et les dieux teints de sang de ces bons Gaulois nos aïeux. Il défend tant qu'il peut, en mémoire du vieux âge, les

200 ronces, les broussailles, les landes féodales, que d'ignobles guérets chaque jour envahissent. Les souvenirs ! diton. Est-ce par les souvenirs que se recommandent ces châteaux et ces cloîtres gothiques ? Autour de nous^ Chenonceaux, le Plessis-lèz-Tours, Blois, Âmbcttse,

205 Marmoutier, que retracent-ils à l'esprit ? de honteuses débauches, d'inîâmes trahisons, des assassinats, des massacres, des supplices, des tortiU«s, d'exécrables forfaits, le luxe et la luxure, et k crasse ignorance des abbés et des moines, et, pis encore, l'hypocrisie. Les monu-

210 ments, il faut Tavouer, pour la plupart, ne rappellent guère que des crimes ou des superstitions, dont la mémoire, sans eux, dure toujours assez ; et, s'ils ne sont utiles aux arts comme modèles, ce qui se peut dire d'un petit nombre, que gagne-t-on à les conserver, lorsqu'on

215 en peut tirer parti pour l'avantage de tous ou de quelqu'un seulement ? Les pierres d'un couvent sont-elles pro- ^nées, ne sont-elles pas plutôt purifiées, lorsqu'elles servent à élever les murs d'une maison de paysan, d'une sainte et chaste demeure, où jamais ne cesse le travail, ni

220 P^** conséquent la prière ? Qui travaille prie.

Une terre non plus n'est pas détruite ; c'est pure façon de parler. Bien le peut être un marquisat, un titre noble quand la terre passe à des vilains. Encore dit-on qu'il se

conserve et demeure au sang, à la race, tant qu'il y a race; je m'en rapporte. . . . Prene% le titre^ a dit La 225 Fontaine, et laissez-moi la rente. C'est, je pense, à peu près le partage qui a lieu, lorsqu'un fief tombe en roture, malheur si commun de nos jours ! Le gentilhomme garde son titre pour le faire valoir à la cour. Le vilain acquiert seulement le sol, et n'en demande pas davantage, 230 content de posséder la glèbe à laquelle il fut attaché ; il la fait valoir à sa mode, c'est-à-dire par le travail. Or, plus la glèbe est divisée, plus elle s'améliore et prospère. C'est ce que l'expérience a prouvé. Telle terre, vendue il y a vingt-cinq ans, est à cette heure partagée en dix 235 mille portions, qui vingt fois ont changé de mains depuis la première aliénation, toujours de mieux en mieux cultivée (on le sait : nouveau propriétaire, nouveau travail^ nouveaux essais) ; le produit d'autrefois ne payerait pas l'impôt d'aujourd'hui. Recomposez un peu 240 l'ancien fief par les procédés indiqués dans le Conservateur^ et que chaque portion retourne du propriétaire laboureur à ce bon seigneur adoré de ses vassaux dans son château, pour être substitué à lui et à ses hoirs, de mâle en mâle, à perpétuité \ ses hoirs ne laboureront pas, ses vassaux peu. 245 Plus d'industrie. Tout ce qui maintenant travaille se fera laquais, ou mendiant, ou moine, ou soldat, ou voleur. Monseigneur aura ses pacages et ses lods et ventes, avec les grâces de la cour. Bientôt reparaîtront les créneaux, puis les ronces et les épines, et puis les forêts, les druides 250 de M. de Marcellus i et la terre alors sera détruite.

Ils ne songent pas, les bonnes gens qui veulent maintenir toutes choses intactes, qu'à Dieu seul appartient de créer j qu'on ne fait point sans défaire 5 que ne jamais détruire, c'est ne jamais renouveler. Celui-ci, 255 pour conserver les bois, défend de couper une solive ; un autre conservera les pierres de la carrière ; à présent.

bâtissez. L'abbé de la Mennais conserve les ruines, les restes de donjons, les tours abandonnées, tout ce qui

260 pourrit et tombe. Que Ton construise un pont du débris délaissé de ces vieilles masures, qu'on répare une usine, il s'emporte, il s'écrie : Uesprit de la révolution est êmineni'ment destructeur. Le jour de la création, quel bruit n'eûtil pas fait ! il eût crié : Mon Dieu, conservons le chaos.

265 £n somme, ces gens-ci, ces destructeurs de terres, font grand bien à la terre, divisent le travail, aident à la production, et, faisant leurs affaires, font plus pour l'industrie et l'agriculture que jamais ministre, ni préfet, ni société d'encouragement, sous l'autorisation du préfet.

270 Le public les estime peu. En revanche, il honore fort ceux qui le dépouillent et l'écrasent ; toute fortune faite à ses dépens lui paraît belle et bien acquise.

Voilà ce que me dit mon voisin. Mais, moi, tous ces discours me persuadent peu. Je ne suis pas né d'hier, et

27s j'ai mes souvenirs. J'ai vu les grandes terres, les riches abbayes ; c'était le temps des bonnes œuvres. J'ai vu mille pauvres recevoir mille écuelles de soupe à la porte de Marmoutier. Le couvent et les terres vendues, je n'ai plus vu ni écuelles, ni soupes, ni pauvres, pendant

280 quelques années, jusqu'au régne brillant de l'empereur et roi, qui remit en honneur toute espèce de mendicité. J'ai vu jadis, j'ai vu madame la duchesse, marraine de nos cloches, le jour de Saint-Andoche, donner- à la fabrique cinquante louis en or et dix écus aux pauvres.

285 Les pauvres ont acheté ses terres et son château, et ne donnent rien à personne. Chaque jour la charité s'éteint, depuis qu'on songe à travailler, et se perdra enfin, si la Sainte-Alliance n'y met ordre.

Véretz, io mars 1820. 290

Monsieur,

C'est rimprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la création ; et Caïn lisait les journaux dans le paradis terrestre. Il n'en ftiut point douter ; les ministres le disent, les 295 ministres ne mentent pas, à la tribune surtout.

Que maudit soit l'auteur de cette damnable invention, et, avec lui, ceux qui en ont perpétué l'usage, ou qui jamais apprirent aux hommes à se communiquer leurs pensées ! pour telles gens l'enfer n'a point de chaudières 300 assez bouillantes. Mais remarquez, monsieur, le progrès toujours croissant de la perversité. Dans l'état de nature célébré par Jean-Jacques avec tant de raison, l'homme exempt de tout vice et de la corruption des temps où nous vivons, ne parlait point, mais criait, murmurait ou 305 grognait, selon ses affections du moment. Il y avait plaisir alors à gouverner. Point de pamphlets, point de journaux, point de pétitions pour la charte, point de réclamations sur l'impôt. Heureux âge qui dura trop peu ! 310

Bientôt des philosophes, suscités par Satan pour le renversement d'un si bel ordre de choses, avec certains mouvements de la langue et des lèvres, articulèrent des sons, prononcèrent des syllabes. Où étais-tu, Séguier ? Si on eût réprimé dès le commencement ces coupables 315 excès de l'esprit anarchique, et mis au secret le premier qui s'avisa de dire ha be bi ho bu^ le monde était sauvé ; l'autel sur le trône, ou le trône sur l'autel, avec le tabernacle affermis pour jamais, en aucun temps il n'y eût eu de révolutions. Les pensions, les traitements, 320

augmenteraient chaque année. La religion, les mœurs. . . . Ah ! que tout irait bien ! . . . Mais fait-on jamais rien à temps ? Faute de mesures préventives, il arriva que les hommes parlèrent, et tout aussitôt commencèrent

325 à médire de l'autorité, qui ne le trouva pas bon, se prétendit outragée, avilie, fit des lois contre les abus de la parole ; la liberté de la parole fut suspendue pour trois mille ans, et, en vertu de cette ordonnance, tout esclave qui ouvrait la bouche pour crier sous les coups ou

330 demander du pain était crucifié, empalé, étranglé, au grand contentement de tous les honnêtes gens. Les choses n'allaient point mal ainsi, et le gouvernement était considéré.

Mais, quand un Phénicien (ce fut, je m'imagine,

335 quelque manufacturier, sans titre, sans naissance) eut enseigné aux hommes à peindre la parole, et fixer par des traits cette voix fugitive, alors commencèrent les inquiétudes vagues de ceux qui se lassaient de travailler pour autrui, et en même temps le dévouement monar-

340 chique de ceux qui voulaient à toute force qu'on travaillât pour eux. Les premiers mots tracés furent liberté^ loiy droit^ équitéy raison ; et dès lors on vit bien que cet art ingénieux tendait directement à rogner les pensions et les appointements. De cette époque datent les soucis

345 des gens en place, des courtisans.

Ce fut bien pis, quand l'homme de Mayence (aussi peu noble, je le crois, que celui dé Sidon) à son tour eut imaginé de serrer entre deux ais la feuille qu'un autre fit de chiffons réduits en pâte ; tant le démon est habile à

350 tirer parti de tout pour la perte des âmes ! L'Allemand, par tel moyen, multipliant ces traits de figures tracées qu'avait inventées le Phénicien, multiplia d'autant les mots que fait la pensée. O terrible influence de cette race qui ne sert ni Dieu, ni le roi, adonnée aux sciences

mondaines, aux viles professions mécaniques ! engeance 355 pernicieuse, que ne ferait-elle pas si on la laissait faire, abandonnée sans frein à ce fatal esprit de connaître, d'inventer et de perfectionner ! Un ouvrier, un misérable ignoré dans son atelier, de quelques guenilles fait une colle, et, de cette colle, du papier qu'un autre rêve 360 de gaufrer avec un peu de noir ; et voilà le monde bouleversé, les vieilles monarchies ébranlées, les canonicats en péril. Diabolique industrie ! rage de travailler, au lieu de chômer les saints et de faire pénitence ! Il n'y a de bons que les moines, comme dit M. de Coussergue, 365 la noblesse présentée, et messieurs les laquais. Tout le reste est perverti, tout le reste raisonne, ou bientôt raisonnera. Les petits enfants savent que deux et deux font quatre. O temporal mores! O M. Clauzel de Coussergue, ô Marcassus de Marcellus ! 370

Tant il y a qu'il n'y a plus qu'un moyen de gouverner, surtout depuis qu'un autre émissaire de l'enfer a trouvé cette autre invention de distribuer chaque matin à vingt ou trente mille abonnés une feuille où se lit tout ce que le monde dit et pense, et les projets des gouvernants et 375 les craintes des gouvernés. Si cet abus continuait, que pourrait entreprendre la cour, qui ne fût contrôlé d'avance, examiné, jugé, critiqué, apprécié ? Le public se mêlerait de tout, voudrait fourrer dans tout son petit intérêt, compterait avec la trésorerie, surveillerait la haute police, 380 et se moquerait de la diplomatie. La nation enfin ferait marcher le gouvernement, comme un cocher qu'on paie, et qui doit nous mener, non où il veut, ni comme il veut, mais où nous prétendons aller, et par le chemin qui nous convient ; chose horrible à penser, contraire au 385 droit divin et aux capitulaires.

Mais, comme si c'était peu de toutes ces machinations contre les bonnes mœurs, la grande propriété et les

privilèges des hautes classes, voici bien autre chose. On

390 mande de Berlin que le docteur Kirkausen, fameux mathématicien, a depuis peu imaginé de nouveaux caractères, une nouvelle presse maniable, légère, mobile, portative, à mettre dans la poche, expéditive surtout, et dont l'usage est tel, qu'on écrit comme on parle, aussi

395 vite, aisément : c'est une tachitypie. On peut, dans un salon, sans que personne s'en doute, imprimer tout ce qui se dit, et, sur le lieu même, tirer à mille exemplaires toute la conversation, à mesure que les acteurs parlent. La plume, de cette façon, ne servira presque plus, va

400 devenir inutile. Une femme, dans son ménage, au lieu d'écrire le compte de son linge à laver, ou le journal de sa dépense, l'imprimera, dit-on, pour avoir plus tôt fait. Je vous laisse à penser, monsieur, quel déluge va nous inonder, et ce que pourra la censure contre un pareil

405 débordement. Mais on ajoute, et c'est le pis pour quiconque pense bien ou touche un traitement^ que la combinaison de ces nouveaux caractères est si simple, si claire, si facile à concevoir, que l'homme le plus grossier apprend en une leçon à lire et à écrire. Le docteur en

410 a fait publiquement l'expérience avec un succès effrayant ; et un paysan qui, la veille, savait à peine compter ses doigts, après une instruction de huit à dix minutes, a composé et distribué aux assistants un petit discours, fort bien tourné, en bon allemand, commençant par ces mots ;

415 Despotes ho nomos ; c'est-à-dire, comme on me l'a traduit : La loi doit gouverner. Où en sommes-nous, grand Dieu ! qu'allons-nous devenir ! Heureusement l'autorité avertie a pris des mesures pour la sûreté de l'Etat : les ordres sont donnés ; toute la police de l'Allemagne est à

420 la poursuite du docteur, avec un prix de cent mille florins à qui le livrera mort ou vif, et l'on attend à chaque moment la nouvelle de son arrestation. La chose n'est

AU RÉDACTEUR DU CENSEUR IZg

pas de peu d'importance ; une pareille invention, dans le siècle où nous sommes, venant à se répandre, c'en serait fait de toutes les bases de l'ordre social ; il n'y aurait 425 plus rien de caché pour le public. Adieu les ressorts de la politique : intrigues, complots, notes secrètes ; plus d'hypocrisie qui ne fût bientôt démasquée, d'imposture qui ne fût démentie. Comment gouverner après cela ?

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