AVERTISSEMENT SUR
amateurs de ces antiquités, il fît séquestrer tout, pour empêcher Paul-Louis de se l'approprier. Celui-ci ne s'en émut guère, et laissait sa Chloé dans les mains de la police, fort résolu à ne jamais faire nulle démarche pour
65 l'en tirer ; mais à la fin, il eut avis qu'on allait le saisir lui-même et l'arrêter. Cela le rendit attentif, et il commençait à rêver aux moyens de sortir d'affaire, quand il fut mandé chez le préfet de Rome, où il était alors, pour donner des éclaircissements siu" sa conduite, ses
70 liaisons, son état, son bien, sa naissance et son pâté d'encre, le tout par ordre supérieur. Il écrivit à ce préfet, non sans humeiu- ; voici sa lettre :
«Monsieur, j'ai négligé de répondre aux calomnies dirigées contre moi depuis environ im an, croyant que
75 ces sottises feraient peu d'impression sur les esprits sensés j mais puisque le ministre y met de l'importance, et qu'enfin il faut m'expliquer sur ce pitoyable sujet, je vais donner au public, devant lequel on m'accuse, ma justification aussi claire et précise qu'il me sera possible. Vous
80 recevrez, monsieiu", le premier exemplaire de ce mémoire très succinct, où Son Excellence trouvera les renseignements qu'elle désire.»
Le préfet répondit : « Monsieur, gardez-vous bien de rien publier sur l'affaire dont il est question ; vous vous
85 exposeriez beaucoup, et l'imprimeur qui vous prêterait son ministère ne serait pa^ moins compromis.»
Il s'agissait d'un pâté d'encre, et remarquez, car il y a en toute histoire moralité, tout est matière d'instruction à qui veut réfléchir ; admirez en ceci la doctrine du
90 pouvoir: les calomnies s'impriment, mais la réponse, non. Chacun peut bien dire au public, dans les pamphlets^ dans les journaux, Paul-Louis est un voleur ; mais il ne faut pas que celui-ci puisse parler au même public et montrer qu'il est honnête homme. Le ministre évoque