LA LETTRE A M. RENOUARD
l'afFaire à son cabinet, où lui seul en décidera, et fera 95 Paul-Louis honnête homme ou fripon, [selon qu'il croira convenir au service de Sa Majesté, selon le bon plaisir de Son Altesse Impériale madame Bacciochi.
Paul - Louis, bien empêché, récrivit au préfet : «Monsieur, j'ignorais qu'il fallût votre permission pour loo imprimer mon petit mémoire justificatif; mais puisqu'elle m'est nécessaire, je vous supplie de me l'envoyer.» Il n'eut point de réponse, et l'avait bien prévu. Heureusement il se souvint d'un pauvre diable d'imprimeur nommé Lino Contadini, qui demeurait près de la Sapience, n'im- 105 primait que des almanachs, et devait être peu en règle avec la nouvelle censure. Il va le trouver, et lui dit : Or^ sàj prestOj sbrighiamola e si stampi questa cosa per P eccellentissimo signor prefetto di pulizia ; c'est-à-dire : Vite qu'on imprime ceci pour monseigneur excellentissime 110 préfet de police (ou de propreté, car c'est le même mot en italien). A quoi le bonhomme répondit : Padron mio riveritOy corne farh ? Non capisco parola di francese ; che vuol ella cK io passa raccapezzar mai in questo benedetto straccio pieno di cossature? Mon cher monsieur, comment 115 ferai-je ? n'entendant pas un mot de français, que puisje comprendre à ce chiffon tout plein de ratures ? — Eh bien ! repartit Paul-Louis, nous y travaillerons ensemble ; mais dépêchons, le préfet attend. Les voilà donc à la besogne, et Paul-Louis, compositeur, correcteur, imprimeur 120 et le reste. Ce fut un merveilleux ouvrage que cette impression : il y avait dix fautes par ligne, mais à toute force on pouvait lire. La chose achevée, vient un scrupule à ce bonhomme d'imprimeur : Ne nous faudraitil pas, dit-il, pour faire ce que nous faisons, une permission, 125 un permesso ? — Non, dit Paul-Louis. — Si fait, dit l'autre. — Eh quoi ! pour le préfet ? — Attendez, dit Lino ; je reviens tout à l'heure. Il s'en va chez le préfet, et