Thureau-Dangiu, le Parti libéral, p
de Jacquinot de Pampelune et de Jean de Broë ? N'étaitce pas défendre la cause de la liberté contre l'oppression ? L'avenir devait donner raison au pamphlétaire. Mais on lui garde rancune d'avoir trop bien gagné sa cause : il est commode de le déshonorer en le travestissant en quelque Homais bornéetsentencieux. A défaut d'idées politiques profondes, il eutcertaines convictions auxquelles il s'attacha avec force, et qui le soutinrent dans sa lutte sans merci contre l'esprit de réaction : ce sont la sympathie pour les principes de la révolution et la foi au progrès. Il faut le louer, en outre, d avoir aimé, d'avoir défendu, avec toute son énergie et son éloquence, l'indépendance nationale. Son plus violent grief contre les Bourbons, c'est de nous livrer aux puissances étrangères. Il accuse les ministres — peut être sans raison — de leur fournir sur le compte de la nation des notes secrètes, entendez des renseignements sur l'état des esprits en France. Nous aimons — avouonsle — à trouver chez Paul -Louis ce patriotisme ombrageux et fier, même quand nous sentons qu'il s'y mêle de la haine contre le pouvoir.
Ajoutons que certains critiques, en le dénigrant, ne prouvent que la violence de leur éternelle rancune contre la révolution et ce qui en est sorti. L'accuser, comme Vitu, d'avoir ébranlé la religion^ la propriété et ïautorilé, c'est d'abord donner à ses pamphlets une importance politique très exagérée, c'est surtout faire le procès non du seul Courier, mais du parti libéral tout entier. Que ces critiques haineux se rassurent d'ailleurs. Rien de tout cela n'est détruit au bout d'un siècle. La propriété est aussi respectée qu'elle fut jamais ; la religion subsiste, mais elle est devenue tolérante ; le pouvoir central, sans rien perdre de sa force, s'est fait respectueux des droits des citoyens dont il sait qu'il n'est que l'émanation.
Mais est-il besoin de défendre plus longtemps Paul- Louis Courier contre des adversaires de mauvaise loi? Nous voudrions plutôt le sauver de l'indifférence du parti avec lequel il a combattu en indépendant. Des députés, des lettrés, des journalistes républicains, parmi lesquels on peut citer About, Sarcey, Spuller, Paul Meurice, Viollet-le-Duc, Hébrard, prenaient, en 1876, l'initiative d'une souscription destinée à lui ériger un monument sur la place publique de Véretz •. Ce fut, en Touraine, l'occasion d'une imposante manifestation républicaine. Mais, hélas ! c'était le dernier hommage public que devait recevoir le pamphlétaire .
A défaut d'une popularité compromettante, le culte des lettrés doit suffire à Courier. Qu'on préfère ses Lettres ou qu'on goûte davantage ses Pamphlets, il « restera dans la littérature française comme un type d'écrivain unique et rare », car tout ce qui est sorti de sa plume offre le caractère de la perfection.
Angoulême, le 12 mai 1913.
1. Extrait des délibérations du Conseil municipal de Véretz, 3 juillet 1876. Le monument fut inauguré en 1878.