‹ Paul-Louis Courier et la restaurationChapitre 47 sur 52 · Balzac, les Paysans · texte numérisé non relu

Balzac, les Paysans

Si Balzac se montre trop pessimiste, il est au fond plus vrai que Courier; et ce dernier, s'il revenait au monde, devrait convenir de ses illusions, en voyant les envahissements si rapides de ses protégés. Il constaterait peutêtre avec tristesse qu'en défendant les humbles contre les hautes classes, il a trop bien gagné sa cause, etque ses bons paysans, d'opprimés sont devenus les oppresseurs du propriétaire bourgeois.

Voilà donc une grave erreur au compte de Courier. Comme son amour du paysan prouve une certaine dose de naïveté, son goût si décidé pour l'orléanisme avant la lettre est la marque d'un esprit timide et borné en politique.

Triste destinée d'un polémiste : plus malheureux dans ses engouements que dans ses rancunes, il ne peut préférer une classe sociale, ni s'attacher à un prince sans accumuler des preuves irréfutables de la fausseté de sa vue. A l'exemple de Voltaire, son modèle inavoué, mais, en définitive, son véritable maître, que ne s'est-il contenté de railler et de démolir ? Esprit véritablement doué pour la satire, il nous semblerait plus inattaquable, il se défendrait mieux du temps et de la critique s'il avait poursuivi de ses sarcasmes la société contemporaine sans jamais indiquer ses préférences.

On comprend dès lors que Courier, s'il eût assisté à la révolution de Juillet, n'aurait vu grandir ni son rôle ni son influence. Comme Carrel, dès le lendemain des « trois glorieuses », il se serait séparé du « roi citoyen », auquel il a tant contribué à faire donner le trône. Incapable de conceptions politiques fécondes et de conseils pratiques, il serait retombé aussitôt à son rôle de pamphlétaire sans profit ni pour le roi, ni pour sa gloire.

En montrant, dans notre désir d'être impartial, toutes les erreurs qui constituent, si l'on peut ainsi dire, la faillite politique de l'homme que nous avons pris pour sujet de nos études, nous avons poussé la sévérité du critique à ses dernières limites. Indiquons donc, en terminant, les titres sérieux de Paul-Louis Courier à l'estime de la postérité.

Peu ou point d'idées politiques, des illusions, des affections qui s'égarent : que lui reste-t-il donc ?

Il lui reste, sans parler de son admirable talent d'écrivain, un beau courage de pamphlétaire. Nous l'avons vu combattre, avec une énergie inlassable, les excès et les passions ultra-royalistes qui ont empêché dans notre pays l'établissement définitif de cette monarchie constitutionnelle dont jouissent les Anglais. Ces passions funestes à la royauté étaient, chose inouïe, encouragées et servies par les ministres du roi. En luttant contre l'oppression du parti clérical appuyé de toutes les forces du gouvernement, Courier a réalisé lui aussi son idéal : résister au pouvoir brutal, comme Manuel expulsé de la Chambre. Il a accompli ce qui est à ses yeux « le plus bel acte dont l'homme soit capable ».

La tâche qu'il entreprit fut à la fois courageuse et salutaire pour le pays. A l'heure où certains théoriciens d'extrême droite, comme Lamennais, demandaient pour l'Eglise la prépondérance politique, où ils voulaient voir « le clergé constitué comme premier ordre de l'Elat, avec un pouvoir dominant, une dotation territoriale, un droit de censure suprême sur la presse * », à ce moment-là, n'y avait-il pas quelque courage à défendre les droits de la société civile, en bravant les réquisitoires

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