‹ Paul Mariéton d'après sa correspondance (volume 2)Chapitre 10 sur 25 · TANTUM ERGO · texte numérisé non relu

TANTUM ERGO

Quand on a tant erré, tant cherché, tant souffert, Un jour vient, calme jour de douceur résignée, Qu'on sounit à la mort, le front haut, l'œil ouvert, Tout surpris de l'avoir si longtemps dédaignée.

Et dès qu'on entrevoit l'immense apaisement Qu'y gagnent sans effort tant d'inutiles peines, On n'a plus que pitié pour l'obstiné tourment Que nourrissait l'orgueil des amours et des haines.

On se souvient alors, le cœur moins irrité :

« Ce monde m'était-il île tous ses biens avare ?

Que de bontés, hélas ! méconnut ma fierté... »

— La mort fait tant aimer ceux dont elle sépare !

O villes du passé, douces agonisantes

Qui vivez plus en nous que les cités vivantes !

Tant de larmes, de vos débris, semblent couler.

I<V| PAUL MAIUÉTON

/ Qu'il s'éveille un désir, une pitié divine, Sous l'aimant de beauté qu'expire toute ruine, De vous prendre en nos bras pour mieux vous consoler,

O reines d'autrefois, ô cités nostalgiques, Les soupirs patients que vos pierres antiques Mêlent dans l'herbe verte au murmure des vents, Touchant l'écho profond de la sagesse humaine, Font tressaillir en nous la consolante chaîne Oui relie à jamais les morts et les vivants.

Le 25 octobre, Mariéton revenait au Saix en automobile, après une promenade jusqu'aux bords de la Saône, lorsqu'un double accident vint compromettre gravement sa santé, si robuste en apparence, mais déjà minée par tant d'années de surmenage. Une première fois, près du passage à niveau de la gare de Bourg, il était lancé hors de la voiture; on le relevait avec une épaule démise et on le conduisait chez un médecin qui lui donnait les premiers soins et le faisait coucher quelques heures. Puis, comme l'auto le ramenait au Saix, vers le champ de courses, un second accident se produisait; le choc projetait encore sur la route le blessé déjà meurtri et ébranlé.

Pendant les semaines qui suivirent, il pouvait à peine écrire, souffrait de l'épaule et du bras et se plaignait de ne plus dormir. C'est au cours de ces insomnies qu'il griffonnait, sur quelques feuilles de son diario échappées à la destruction :

Ta pensée ne m'a pas quitté. Au tournant de tous ses paysages, mon âme te retrouve seule régnante sur mon cœur, ma pauvre Mère bien-aimée. Ah! qu'est-ce que la mort à qui vit de la sorte, quand survit dans un cœur aimant un cœurNégalement aimé...

Ah ! ne crois pas que je t'oublie

S'il m'arrive parfois de rire et de chanter...

Tu es toujours là, ma douce Mère,

Comme un baume à la morne vie.

Ta pensée met une tendresse

Sur mes vaines ambitions.

Ah ! sèche et dure solitude !

Et pourquoi lutter désormais

sans l'espoir de te voir sourire

à l'effort de ton bien-aimé !

Tout seul ce soir, près de ma lampe

dans le silence sans haleine

d'une nuit sans âme pour moi,

que rythme le pouls affolé

de ma montre parmi mes livres

(ces morts amis plus vivants qu'elle)

je veille pour tenter d'apprendre

un peu de tout ce que j'ignore,

ce rien que brigue un sot orgueil

pour s'estimer moins sot qu'autrui...

l8G PAUL MARIÉ TON

Mariéton apprit bientôt, au Saix, l'élection au Capouliérat de Valère Bernard. Celui-ci s'effrayait déjà « du rôle que (sa) timidité allait avoir à jouer » dans des circonstances difficiles. Le Félibrige de Paris s'agitait confusément. Résolus à « un coup d'Etat nécessaire », treize félibres avaient voté d'autorité la dissolution de la Société et nommé un Comité de sept membres chargé d'en réviser les statuts. Le 1er décembre, la nouvelle association, sous le titre de « Les Félibres, Société occitane de Paris », procédait à l'élection d'un bureau provisoire où Mariéton était président, désignait 44 membres titulaires, 120 associés et leur envoyait ses nouveaux statuts.

Mariéton, lui, s'occupait d'une édition, projetée par les Aixois, des œuvres de son grand ami Léon de Berluc-Pérussis. Il envoyait au « Figaro » une protestation contre la mutilation des admirables peupliers de la grande allée des Alyscamps, raccourcis de 20 mètres à 8 mètres de hauteur. Puis il quittait le Saix, accompagnant son père à Nice.

1910. — A Nice où, « de sa patte d'infirme », il se remettait un peu à écrire, il recevait, vers la fin de janvier, une dépêche alarmante du concierge de la Richepansière entourée par les inondations qui bouleversaient Paris. Il partait de suite, s'arrêtait un jour à Maillane et trouvait, à Paris, sa maison sans eau ni électricité, ébranlée par la crevaison de l'égout voisin. Là rue était interdite aux voitures et l'on parlait de la nécessité de reconstruire tout l'îlot. Son logis se montrait imprégné d'une humidité telle, que sa vieille amie, Mme Ménard- Dorian ne voulut pas qu'il y couchât, et lui offrit une chambre chez elle, rue de la Faisanderie. Déjà, un petit lac se formait dans la rue Richepanse où l'on étampait les maisons. En bateau parfois, Mariéton allait visiter le Colonel « toujours affolé de travail » et Mme Boissière « si cruellement désemparée » depuis la mort de son fils.

La bonne hôtesse de Mariéton l'obligeait à se soigner et un traitement de massages sem-

blait le soulager un peu; mais il se plaignait de sa « faiblesse persistante » et toujours de ses insomnies : « Un marasme habite en moi dont je ne parviens pas à me délivrer... Cet accident stupide m'a détraqué pour tout mon hiver ».

Enfin, au début de mars, la Seine baissant, il se réinstallait rue Richepanse. En son absence, des amis étaient venus y déposer, le long des murs des deux pièces d'entrée, des mousses et des lichens, pour faire croire au brave concierge que, malgré le feu entretenu par lui, l'humidité y était extraordinaire. En mai, Marieton, allant mieux, arrivait à dormir 4 heures de suite et reprenait peu à peu sa vie normale. Mais on l'avait trouvé « singulièrement maigri..., sans doute — disait-il — parce que j'étais en veston ».

Dans les lettres qu'il écrivait à son père depuis son retour à Paris, il parlait de ses amis Quinton, Grangiei'j Varenne; de son portrait par Hubert de La Rochefoucauld (un dessin que le peintre voulait terminer) ; de « Chantecler », qui occupait tout Paris. C'était une déception, malgré « les qualités d'esprit » de

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l'œuvre et son « bagout poétique » : un « poème dramatique verveux mais long ». On applaudissait peu; on ne protestait pas contre les sifflets qui accueillaient toujours J'acte des Crapauds. Mais on discutait ferme et la question Chantecler « menaçait de renouveler l'affaire Dreyfus ».

Quant à Orange, il était indécis. Après son abstention de l'an dernier, à cause de son deuil, les chorèges de 1909 lui proposaient de le prendre en tiers pour l'organisation du prochain cycle; mais Orange devenait une « pétaudière » avec les élections législatives où le maire était candidat. Il finit cependant par se décider à collaborer aux représentations de 1910 et, en avril, il reprenait son ancien projet de monter « la Samaritaine » avec Sarah Bernhardt.

Toujours envenimées par la politique, les querelles félibréennes ne s'apaisaient pas ; le nouveau Capoulier était à son tour pris à parti et accusé d'être un franc-maçon, « alors — disait-il — que tous mes efforts se portent à faire cesser les appréhensions de la majorité iles félibres contre les Félibres de Paris et que

j'affirme partout ma volonté de ramener la concorde et la paix ». La Société Occitane, qui avait remplacé le Félibrige de Paris, élut pour président Paul Mariéton; il accepta dans l'intérêt de la Cause, bien que partageant le découragement de la plupart des jeunes. La Société nouvelle était « composée d'éléments trop disparates », et déjà on reprochait à son président de « vouloir être l'ami de tous ».

Au mois d'avril, Mariéton rejoignit son père à Nice; en regagnant Paris il s'arrêta à Maillane, puis à Avignon d'où, le 11 mai, un petit groupe d'amis — dont faisaient partie, avec lui, Jean Richepin, la Reine (depuis peu Mme Fr. de Croisset) et Mme Boissière — alla saluer à Sérignan Henri Fabre, celui que Darwin appelait déjà, en 1854, « l'observateur incomparable ». Cette cordiale visite, « grâce à l'éloquence touchante de Richepin et à la bonne grâce de la Reine », fit sur le vieux naturaliste « presque mourant » une impression autrement réconfortante que la maigre manifestation organisée en son honneur le mois précédent et à laquelle n'avait pris part « qu'un savant » revenant par hasard de Monte-Carlo à ce moment.

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En quittant Paris, Mariéton avait écrit à Critobule : « Il y a pour moi certain projet possible que tu approuveras. Tu en auras la primeur, mon vieux confident ». En mai, ce projet était devenu un espoir, et, après tant d'hésitations, de tristesses, de désillusions, Mariéton entrevoyait enfin le repos pour son cœur inquiet, et une vie désormais partagée entre la vraie tendresse et le travail. Des amis qui n'étaient pas dans le secret le trouvaient préoccupé et avaient l'impression « qu'il cachait quelque chose ». Il avait retrouvé sa belle vaillance, son entrain et s'efforçait de se reposer.

Le propriétaire de la maison qu'il habite rue Richepanse vient alors de lui donner congé et, aidé par quelques intimes, il cherche un nouveau logis; « il le faut assez large — mande-t-il à son père — pour que j'y puisse rester dans le cas d'un mariage prochain ». Déjà il expédie au Saix ou à Nice quelques objets d'art, et on lui écrit : « Pourquoi quitter votre Richepansière, qui était en train de devenir un lieu historique? »

Il s'inquiète des travaux du Colonel, de ses

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articles dans le « Figaro », et des controverses qu'ils soulèvent. Il accepte quelques invitations chez des intimes, va causer autographes avec M. Barthou, alors ministre de la Justice, « et plus bibliophile assurément que Garde des Sceaux » ; il prend part à l'organisation d'Orange :

J'ai beaucoup vu Rostand. Il ne tient guère à s'occuper d'Orange, ni à voir Sarah au pied du Mur. J'ai donc lâché le projet. Nous jouerons « le Cid ». Tout marche !

Puis il prépare la fête de Sceaux, envoie au « Gaulois » un article sur « Pie X et Mistral » à propos du retour de Rome du curé de Maillane rapportant au Maître un portrait du pape dédicacé; « Mistral reste le grand poète catholique du xixe siècle. »

Je vais bien — écrit-il au milieu de juin — cette nuit j'ai dormi 6 heures. Orange ne nous donne rien à faire cette année; le programme est dans un fauteuil, ce qui est presque humiliant.

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Le nouvel appartement trouvé — rue Matignon, 24 — Mariéton y faisait transporter, au début de juillet, les meubles de la Riche pansière et commençait à s'installer, lorsqu'il fut appelé au Saix auprès de son père assez souffrant. M. Mariéton rétabli, Paul allait, bien qu'assez peu vaillant lui-même, assister aux représentations d'Orange les 6, 7 et 8 août.

Le programme comportait : le 6, « Psyché », de Molière et Corneille, et « le Cid » ; le 7, « Liguria », légende héroïque d'Alexis Mouzin et « Alkestis » de Rivollet, avec la musique de Gluck ; et, le 8, « Hairilet », où triompha Mounet-Sully.

En félicitant Mariéton de son « succès du Mur », la princesse de Grèce disait, à propos de Mistral, dont le souvenir, à l'occasion de la mort de sa tante, l'avait beaucoup touchée : « Il m'est impossible de l'appeler Monsieur dans mes lettres; ça me fait le même effet que si je disais « Monsieur » à Virgile ».

P. MARIÉTON, t. Ht Q

T f)/| PAUL MARIÉTOX

Le 21 août, Mariéton était, aux arènes de Béziers, à la représentation d' « Héliogabale », puis il rentrait au Saix, si las de ces deux voyages qu'il se mettait au lit en arrivant. Après une série de forts accès de fièvre, on l'obligeait à voir un médecin qui lui prescrivait de rester couché et ne parlait d'abord que de bronchite négligée. Mais, peu après, une consultation avait lieu; les docteurs décidaient qu'un séjour dans le Midi était nécessaire, et M. Mariéton allait installer son fils à Avignon, provisoirement d'abord à l'Hôtel de l'Europe. Il y habita une des chambres desservies par la galerie du premier étage, à gauche en entrant dans le hall.

C'est de là que Mariéton écrivait, le 11 septembre :

Tu ne sais pas, mon bon Critobule, que je suis bien mal en point depuis plusieurs mois ! Jamais entièrement remis de la névrose traumatique installe dans mon côté droit par le fameux accident d'automobile qui m'a enlevé le sommeil, j'étais en proie, depuis le début de juillet, à un vif malaise;

surmenage de mon déménagement (61 caisses de papiers et de livres à transporter rue Matignon et à reclasser) ou toute autre cause, on m'a traité pour le tube digestif, purgé à mort et foutu à la diète pour un mois ! Or, à la fin d'août, rentrant au Saix, humide comme jamais après six mois de pluie, j'y eus de si forts accès de fièvre que je consultai sérieusement. C'était d'une bronchite entièrement négligée depuis deux mois, paraît-il, que je tenais toute ma misère (à Orange je « semblais » un spectre, à Béziers un fantôme) ; bref la Faculté me renvoya au soleil et je m'installai en ce bon Hôtel d'Europe, me confiant aux soins d'un excellent docteur qui, d'accord avec mon oncle Aubert, m'a fait garder le lit depuis un mois et adopter la vie la plus cénobitique.

A part la visite hebdomadaire de Mistral qui m'approvisionne d'œufs frais, de vins chaleureux, de biscuits de Maillane et de verveine de son jardin, je ne vois personne. Mes après-midi sont interdits. Le matin, j'ai la longue visite du Docteur Cassin, tout à

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fait un ami pour moi, homme éminent et charmant, et, le soir vers 7 heures, l'apparition de la bonne Thérèse Boissière. Mon père vient 48 heures tous les dix jours. Et voilà ! Je ne pense pas quitter Avignon avant la mi-novembre. Nous nous transborderions alors à Nice. Quant à rentrer à Paris, pas question pour le quart d'heure. Quelle aventure, dis-moi ! Donne-moi vite de tes nouvelles et de celles des tiens, homme heureux. Je t'embrasse. .

Le 14 septembre, ce mot de Mistral arrivait à l'Hôtel de l'Europe :

...Rien ne te force de venir demain à Arles t'exposer aux intempéries. Par conséquent, ne te dérange pas pour rien et suis scrupuleusement les conseils de ton docteur. Je trouve très sage celui de te faire garder la chambre; je m'en suis trouvé à merveille lors de ma phlébite, où ma porte même fut fermée, pendant trois mois, à tout le monde, sans excepter les proches et les amis. Comme tu ne sais pas converser sans

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l'emballer et t'énerver, je suis sur que le bavardage inutile ne peut que te faire mal.

Mistral et, comme lui, Paul Bourget insisi aient vivement alors auprès de Mariéton pour le déterminer à aller voir, à Montpellier, le professeur Grasset, « le plus grand médecin vivant ». Il ne s'y décida pas. Le 4 octobre, Mistral écrivait encore :

Cher ami, j'ai eu de tes nouvelles, dimanche soir, par le docteur Cassin, qui t'aime beaucoup. J'ai appris avec plaisir que tu devenais sage, que tu éconduisais la plupart des visiteurs et que tu gardais le lit sans trop te plaindre, sauf un jour, paraît-il, où tu faillis faire une escapade... imprudent ! Ecoute ce que dit le cantique de Saint-Gent, s;uérissour de nos fièvres :

Per gagna l'indulgènci

e se reviscoula fau faire penitènci e se teni coucha.

A ce propos Mario-dôu-Pouèto (la servante de Mistral) disait, l'autre jour: « Grese

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que se Marietoun bevié'n pau d'aigo de la font de Sant-Gent, sarié lèu gari ». Je pense t'aller voir, jeudi, vers les 10 heures. A midi je partirai pour Arles où doit être arrivé, de Lyon, un envoi pour le Museon. Dans le « Poème du Rhône », il est question des patrons Cuminal, de Serrières, « li Cuminau tant famous de Serriero! ». Or, le petit-fils de ces bateliers, M. Paul Cuminal, se trouve directeur de l'Ecole primaire supérieure de Lyon et, très fier d'avoir son aïeul célébré dans le poème, il m'envoie un tas d'ustensiles et apparaux de marine fluviale légués par le patron Cuminal. A Serrières d'ailleurs, le « Poème du Rhône » a fait grand plaisir, et la municipalité a fait acheter et relier, pour les archives, toutes les œuvres du Maillanais.

De plus, M. Cuminal a demandé à M. Herriot, maire de sa patrie (qui l'accordera volontiers), une copie du tableau de Dubuisson « les Equipages du Rhône », dont tu nous avais procuré une photographie.

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Mariéton avait abandonné sa Richepansière el disparu après Orange; ses amis parisiens commençaient à s'inquiéter de ne pas le voir revenir et leurs lettres arrivaient au Saix demandant : « Où êtes-vous ? Que faites-vous donc ?» — « Que signifie ce séjour prolongé en Provence — écrivait la Reine — cela recèle quelque chose, je le sens ». Vers la fin d'octobre, Mariéton annonçait à Critobule son installation prochaine à la Villa du Chêne- \7ert :

Merci de tes affectueuses lettres, cher ami. J'y répondrai bientôt. Cette semaine prochaine, je m'installe avec mon père Villa du Chêne-Vert (villa Séménow) à Villeneuve-les-Avignon (Gard). Cagnard incomparable !

La lettre annoncée arriva à Critobule au milieu de novembre :

Cher ami, ne t'aurais-je pas dit mon remerciement fraternellement affectueux de ta bonne lettre. Il faut m'excuser: je mène, surtout depuis que je suis dans ce cagnard paradoxal du Chêne-Vert (l'ancien Château Séménow des premiers félibres), une vie végétative dont j'ai honte, mais à quoi je dois me soumettre si je veux guérir. Le docteur Cassin qui me soigne comme un ami (je le vois tous les jours) est assez content du processus de la maladie. De l'insomnie seule nous ne venons pas à bout. Et ceci, qui dure depuis plus d'un an, m'entretient dans un marasme déplorable. Je ne quitte encore presque pas mon lit... tu vois d'ici mes papillons noirs. Mais non, tu ne peux pas tout voir; mon cas est compliqué, tu le sais, de cet événement — heureux... ou malheureux — survenu au moment où je commençais à m'inquiéter de cette bronchite, sans savoir d'où provenait mon malaise. Mais de ce grand événement, pour moi capital, et qui m'est une consolation... et un souci constants, je ne veux te reparler que de vive voix et en confidence.

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Il y aussi la question du legs de tous mes livres et papiers à la Provence. Mon testament, refait trois fois depuis 18 mois, est au Saix, dans un portefeuille. J'en voudrais mettre un double chez mon notaire, mais t'en montrer la teneur, ainsi qu'à mon ami Marc Varenne, puisque vous avez accepté tous deux d'être mes légataires pour la transmission de ce don important. J'en ai parlé le mois dernier à Mistral, qui est d'une bonté incessante pour moi, m'envoyant force provisions saines de son potager et de sa basse-cour et venant me voir assez souvent... Tibi et tuis ex imo corde.

En apprenant que son ami allait habiter le Chêne-Vert, Mistral lui avait rappelé tous les souvenirs félibréens que gardait déjà la Villa Séménow :

Il y a vraiment des lieux sacrés et des fatalités pour les lieux ! Qui eût dit que Paul Mariéton, le suprême initié de la doctrine de sainte Estelle, trouverait un jour pour asile de santé le Chêne- Vert, ce joli : coin de Provence tout pénétré des chansons,

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des allégresses et des rêves des félibres de la première et de la seconde génération ?

En effet, c'est à côté de la villa Séménow que tu habites et que nous avons vu bâtir sur les plans des frères Grivolas, qu'il y avait et qu'il doit y avoir encore l'auberge des Abrieu, et c'est chez les Abrieu que nous venions nous isoler et festoyer, à toute occasion littéraire.

Si un album eût pris note de tous les hôtes illustres de cette époque héroïque, tu pourrais y lire, à toutes les pages, les signatures que voici : Aubanel, Grivolas, Mathieu, Roumanille, Mistral, Roumieux, Bonaparte- Wyse, Félix Gras, Séménow, Balaguer, des Essarts, Mallarmé, Jean Lahor, Villiers de l'Isle-Adam, Paul Arène, Daudet... surtout Daudet qui, un beau soir, entendant la musique d'un bal, en contre-bas de la salle où nous soupions, sauta de la fenêtre et vint, à travers une treille, tomber au milieu des danseuses ! Et Arène et Séménow qui faillirent se battre en duel pour une question grammaticale, etc.. En résumé, par là, l'atmosphère est élyséenne, la flore aromatique,

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la vision merveilleuse, et il fait bon y vivre, quand on n'a pas plus à faire.

Tu dois avoir reçu, aujourd'hui vendredi, la visite de l'excellente Mme Ménard-Dorian. Mardi j'irai à Arles pour la réunion (orageuse ?) du Consistoire (où est la joie du Chêne-Vert ?). Quand tu auras déménagé, tu nous le feras savoir, et nous t'enverrons les œufs tous les lundis (10 heures du matin) à l'Hôtel Saint- Yves, place Pie, où loge le messager de Maillane. A toi mon cher, à toi, au nom de tous, une bonne brassado!

— Je suis heureuse (écrivait la comtesse de Noailles), de savoir que vous allez quitter la belle et triste auberge pour le lieu enchanté que vous décrivez. Patience et prudence !... Ne regrettez pas l'oppressant et mélancolique Paris où le lyrisme et les humanités sont fort mal à l'aise.

D'Avignon, le Rhône franchi, on descendait, à gauche, la route qui traverse Villeneuve et,

le village dépassé, on arrivait à la collinette que couronne la Villa Séménow. Une grande

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Villa du Chêne- Vert

grille de fer s'ouvrait, à droite, sur le chemin, d'où une large allée grimpait directement à

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la maison à travers un bois de chênes-verls. L'habitation, d'allure italienne, se composait, au rez-de-chaussée, d'une vaste galerie reliant deux pavillons et décorée des portraits en pied du comte de Séménow et de sa femme. De ce salon-galerie, éclairé par de larges baies, la vue, dominant les verdures, était merveilleuse sur Avignon qui profilait, à gauche, sa silhouette féodale, sur le cours capricieux du Rhône et ses rives bordées de collines, plus loin sur la plaine, jusqu'aux montagnes de Provence.

Le bois, qui occupait presque tout le clos était longé,, dans le haut, par une longue allée bordée de fleurs en haie. Tout poussait un peu à l'aventure dans ce vrai jardin de poète à demi abandonné. La maison déjà ancienne, souvent inhabitée, laissait entrer par ses ouvertures la poussière et la pluie; le soleil et le vent étaient terribles sur ce sommet. C'était bien « le cagnard paradoxal » dont parlait Mariéton.

Et dans ce logis vivaient, presque isolés, ce père si durement éprouvé déjà et soignant son dernier fils qu'il savait condamné, ce fils qui voulait si ardemment guérir puisque de

l'Ail, MAHIETON

sa guérison dépendait le bonheur si longtemps cherché, maintenant entrevu et promis. On avait voulu lui laisser cette espérance, cette illusion et, plus encore que les prescriptions de ses docteurs, la peur qu'on ne le dît gravement malade lui faisait éviter tous les visiteurs qui n'étaient pas des intimes. Pour que celle qui l'attendait ne sût rien de sa maigreur, de sa faiblesse, il ne voulait pas qu'on le vît et, dans ses lettres, il faisait parade d'un optimisme vaillant qui, souvent, ne le trompait pas lui-même.

De fidèles amitiés s'efforçaient du moins de le distraire, de le soustraire à ces « papillons noirs » qu'on devinait, malgré son courage, sous l'entrain qu'il simulait. Marc Varenne lui donnait des nouvelles de Paris, des théâtres, de leurs relations communes ; Gabriel Boissy, son dévoué secrétaire-général d'Orange lui parlait du Cièri et des Félibres de Paris; Mistral, entre ses visites à Villeneuve, du Félibrige et du Museon. Le Colonel, la Reine, Mme Ménard-Dorian et bien d'autres l'entouraient de loin, de leur mieux. Mais beaucoup ignoraient que, pour le malade et son père,

ce délicieux Chêne- Vert était le plus douloureux des Calvaires.

« Fais pénitence (disait Mistral), pour obtenir le bonheur suprême. Ta réapparition doit être celle de la santé triomphante ». Mariéton obéissait docilement au docteur Cassin. Il se savait aimé et communiquait à Mistral, lors de ses visites, les nouvelles qui entretenaient son espérance et lui faisaient supporter cette vie oisive, tout occupée maintenant par le Rêve.

Un mistral fou soufflait sur Avignon et, dans la villa mal close, il était malaisé de se défendre contre « la température sibérienne » de cette fin d'année :

Je suis content — écrivait le Maître — de te voir prendre ta maladie en patience, car la patience est la vertu des malades. Le retour du soleil avec l'année nouvelle te rem/ettra sur pied. Ce sont les nerfs qu'il faut calmer. Donc, contente-toi du rêve qui est la vie réelle et paradisiaque des poètes et peut-être de ceux qui sont au Ciel !

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l'AlL MARI E T O N

1911. — Le malade écrivait ; il répondit un peu à la volumineuse correspondance qui lui arrivait pour le jour de l'an. Son ami G. Rivollet, qui venait d'être décoré et qu'il avait cordialement félicité, lui répliquait :

Ma première pensée a été pour l'ami fidèle, le noble poète qui, le premier, a aimé mon œuvre, y a cru, et, plein de foi et d'affection confraternelle, en a risqué l'aventure devant le Mur qui fait et défait la renommée.

— Savez-vous (disait Marc Varenne) que votre écriture est excellente. Elle n'est plus affligée de cette nervosité effroyable d'autrefois. Allons, mon bon Paul : « Tout va! »

Lavedan terminait une lettre de souhaits par ces mots : « Et vive l'enthousiasme, dont nous aurons été les derniers et peu nombreux représentants! » Une des triomphatrices

d'Orange affirmait : « Paris s'ennuie sans vous ! ».

Mariéton écrivait à Gritobule, le 1er janvier: « Mille souhaits affectueux, cher vieil ami, pour toi et les tiens. Il paraît que je vais mieux » ; puis, en février : « Je vais beaucoup mieux mais il fait froid, et ordre de continuer la vie claustrale du Chêne-Vert. Je me remets un peu au travail... As-tu lu « La Fosse aux Lions », d'Emile Baumann ? J'en sors. C'est d'un rare écrivain ». Mais, quelques jours plus tard, le 1er mars, il réunissait ses notes, agendas, correspondances, « à remettre en cas de mort, avec ce coffret de fer à M. (Critobule) » et, dans le coffret, il déposait cette lettre : « Cher ami, je te confie, en cas de mort, les papiers (inclus ou sortis dudit coffret; plis désignés par les lettres f, g, h, i, j, k), poulies détruire aussitôt que reçus. A toi, bien affectueusement. »

Les lettres qui suivent, adressées au même ami, témoignent d'un retour à l'espérance et d'un meilleur état moral :

ÀlO PAUL M A Ri ET ON

9 mars. — Mille grâces, cher Infatigable (comme disait Homère du Soleil) d'avoir pensé à ton vieil ami Pauloun pour cette précieuse évocation de La Mothe-Houdancourt... Combien mon cher Berluc-Pérussis, dont je classe les lettres, aimerait tes travaux ! Humaniste fervent, et documenté à glace, il a laissé dans ce genre de pures merveilles qui vont être rassemblées. — Quant à ma santé, elle est en bonne voie. Je lisotte, je pianotte, je travaillotte ; je ne me lève encore que trois heures l'après-midi jusqu'à la cessation de ce vent terrible et salubre qui continue février sous un soleil de mai. Je m ennuie bien un peu, mais ne nous plaignons pas trop, après l'atroce hiver ! Quand te revoir cher ami ? Nous sommes ici pour l'été vraisemblablement.

18 mars. — Sans doute iras-tu, samedi, à la sixième vacation de la vente d'Ebrard (Lyonnais et Provinces). Si oui, peux-tu miser pour moi deux raretés provençales, les numéros 900 jusqu'à 20 fr. et 905 jusqu'à 10 fr. ou environ. Si non, deux mots, je te prie et j'en chargerai le libraire. Tuissimus.

A ia fin d'une longue lettre sur les descendants de l'illustre famille des Porcellets, le 8 mai :

Il y a deux ou trois ans — tu te souviens? — c'était un Anglais, ancien officier garibaldien, qui se prétendait issu d'un prétendu rameau florentin et voulait venir voir mes archives. Aujourd'hui c'est un colonel de Marseille qui descend par sa mère... Il n'y a pas de raison pour que ça finisse ! Evitons surtout une oiseuse correspondance. — Ne reviendras-tu pas me voir un de ces quatre matins, cher ami ? Tu peux te recommander de moi auprès de Duhamel, archiviste de Vaucluse, et de Girard, conservateur du Musée Calvet, pour ce Pillement qui t'intéresse. Nous ne bougerons pas du Chêne-Vert avant l'été accompli. Je me rétablis graduellement, patiemment : la vie est monotone quand on ne saurait s'y occuper selon sa fonction. Un bon souvenir de mon père, cher et excellent ami. Tibi et tuis.

Avec les livres, les lettres et les < mémo-

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riaux » arrivaient toujours au malade qui en avait tant écrit. Au moment de Pâques, une caravane, organisée par « les Annales », venait à Maillane, envahir le jardin de Mistral; quelques-uns des voyageurs poussaient jusqu'au Chêne-Vert et s'y heurtaient à l'impitoyable consigne. Mistral écrivait à Mariéton, en juin: « Demain dimanche, une centaine de Marseillais ; me voilà classé comme site ornemental du paysage ! ». Puis, le 27 juin :

Mes remerciements empressés pour ton fraternel sonnet dont l'ultime tercet est infiniment touchant. Ce retour à la langue des Dieux démontre ton retour à la santé complète. Louons les Dieux! — Hier je suis allé revoir le Museon, qui est vraiment beau et agréable à parcourir. C'est la Provence illustrée par le peuple !... Hier soir... la Société « l'Assistance aux animaux », séant au Trocadéro, ne m'a-t-elle pas décerné le premier prix (vase de Sèvres offert par le Président de la République) ! Ça m'est venu probablement par l'influx mystérieux de mes chiens magiques, Pan-Perdu, Barboche

et autres — à moins qu'on ne m'ait classé parmi nos frères inférieurs...

Quelques jours plus tard, un jeune journaliste admis, grâce à Mariéton, au « Figaro », comme correspondant, le remerciait de l'accueil qu'on lui avait fait à Paris : « Le secrétaire de Calmette m'a dit : « Pour faire plaisir à Mariéton on n'hésite jamais et même si cela n'avait aucun intérêt pour nous ».

A la fin de juillet, la chaleur, devenue insupportable, décidait le docteur Cassin à renvoyer son malade au Saix pour quelque temps ; le 5 août, Mariéton en avisait Critobule :

Une canicule sauvage nous a chassés brusquement, lundi, du Chêne-Vert. Nous voici au Saix pour trois ou quatre semaines. Ces neuf heures de route, après un an d'immobilité, m'ont fortement courbaturé, mais on respire !

Pendant son séjour, qui devait durer trois mois, Mariéton, sans doute plus souffrant, s'isola dans sa « maison des livres » ; il se levait à peine, et, par peur sans doute de bruits

2ll\ PAUL MÀRIÉTON

alarmants concernant sa santé, ne recevait que très rarement quelques intimes. Il refusait obstinément de voir les visiteurs et même les jeunes cousins que la saison de la chasse amenait nombreux au Saix, comme chaque année.

A propos du cycle d'Orange, et au moment des fêtes, c'était à qui exprimerait à l'ancien chorège son désappointement et ses regrets :

Je me suis désolé, au pied du Mur, sur la décadence du Théâtre Antique (disait l'auteur des « Chorégies d'Orange »). Il faudra rentrer dans la voie que vous avez ouverte. Que ne peut-on constituer cette Société des Amis du Théâtre d'Orange que vous aviez tentée pour surveiller ses destinées !

D'après Gabriel Boissy, « à Orange, le leitmotiv a été : « Mais où est Mariéton ? » . Peu de monde, les hôteliers furieux et des tas de provisions gâchées. On parle, pour 1913, d'une combinaison nouvelle. Il est vraiment trop

triste de voir cette grande chose que nous aimions, défaillir. Il faudrait la sauver. »

Un correspondant qui signait illisiblement envoyait à Mariéton un article du « Figaro » saluant en lui « le Créateur des Théâtres en plein an* », et il ajoutait :

Sans vous, le grand Mur ne peut plus être le grand Mur. Personne ne saura donner à la semaine d'Orange ce lyrisme, cette fièvre de travail, cette joie, cette atmosphère d'Art. J'espère que, remis, vous reprendrez Orange en mains et que nous vous reverrons traversant la scène aux cris de « E vivo Marietoun! », sous le vol des coussins rouges.

A la villa Bassaraba, en septembre, on l'attendait encore pour le séjour accoutumé. Il semblait alors très découragé. Marc Varenne (et avec lui d'autres amis) insistait sur l'état meilleur de sa santé, attribuait ses « idées grises » à « l'inaction forcée » et aux « souffrances morales ». — - « Voyez le progrès ! Travaillez sans vous fatiguer... Vous seul pouvez écrire « la Renaissance Provençale ». A cette date — vers la fin de septembre — Marié-

2 I G PAUL MARIETON

ton prévoyait sans doute, s'il ne l'avait déjà ressenti, le coup terrible qui devait anéantir son dernier rêve et lui enlever tout le courage qu'il avait eu jusque-là pour lutter contre le mal. La gravité de son état n'avait pu être cachée plus longtemps aux parents de Celle qui, l'aimant quand même, allait, comme lui, se désespérer.

Le 4 octobre, Mistral connaissait déjà, par Mariéton, la lettre qui avait mis fin à son espoir, puisque, à cette date, il parlait à son ami de « la déconvenue qui dénouait (son) roman, roman qui finit comme tous les beaux rêves d'amour ». Il pensait bien que Mariéton avait dû pressentir la catastrophe; il le félicitait de sa dernière lettre « si sereine et si limpide » et il ajoutait : « Rétablis-toi, tu verras ensuite. Il y a toujours du jour derrière la montagne ».

De ce qu'il souffrit alors, Mariéton ne voulut rien laisser paraître. Ses lettres affirmaient de plus en plus sa vaillance et une confiance en l'avenir qu'il n'avait plus. Le 6 octobre, il annonçait ainsi à Critobule son départ du Saix :

Mon vieux cher ami, je vais assez bien maintenant, mais six mois d'observation restent nécessaires. Nous quittons le Saix mercredi ou jeudi prochain pour un séjour d'une quinzaine encore au Chêne-Vert. D'où installation à Nice (2, rue de la Préfecture : dénomination nouvelle), pour l'hiver. T'ai-je dit que j'avais refait avec mon notaire (La Perrière) mon fameux testament, en août dernier. J'y ai joint des instructions à mes exécuteurs testamentaires (toi et Varenne) pour l'installation de mon legs... et les diverses publications éventuelles, des correspondances notamment, dont tu voudras bien te charger. Mais j'espère bien pouvoir procéder moi-même au classement de mon Capharnaûm avant son « casement » définitif... Quand nous reverrons-nous, mon cher ami? Si tu peux faire coïncider ta venue problématique en Avignon avec mon bref séjour prochain à Villeneuve, je serais bien heureux de causer un peu à loisir avec toi. Crois à ma vieille affection.

N'eut-il pas, en quittant le Saix, le pressen-

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