‹ Paul Mariéton d'après sa correspondanceChapitre 13 sur 13 · I <) OO · texte numérisé non relu

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l'n nouveau candidat à Fépiscopat (le troisième) le sollicite à cette époque d'intervenir en sa faveur au Secrétariat des Cultes et d'y faire valoir ses titres félibréens. sa popularité et son esprit libéral. Le jeune sculpteur Dussart le prie de venir voir quelques bustes dans son atelier; recommandé par Mariéton à la princesse de Monaco, il rêve d'exécuter là-bas deux grands groupes dont il obtiendra bientôt la commande.

Mariéton est entré en correspondance avec une amie de longue date de Mlle Jeanne Hatto, Mme Mathilde Roland de la Platière, fixée à Cuiseaux. Cette bonne et très originale vieille dame qui a fréquenté, à Paris, de 1830 à 1860, maints artistes et politiciens, sait presque autant d'anecdotes qu'en savait Chenavard. Elle les conte avec une verve endiablée, dans un style qui rappelle surtout celui de la Mère Duchêne dont elle a la verte franchise et quelquefois les idées. A propos de « la Terre Provençale », qu'elle vient de lire, elle se souvient avoir reçu jadis Adolphe Dumas, un vrai poète, mais infirme, ridicule et méconnu, et, avec lui, Alexandre Dumas père. Adolphe Dumas ayant

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eu, à propos de leur homonymie, la maladresse de rappeler qu'il y avait eu deux Corneilles, le père des « Trois Mousquetaires » prit congé du poète en lui criant: « Adieu Thomas! » Chaque année, jusqu'à sa mort, Mme Mathilde Roland de la Platière recevait des fleurs de son jeune voisin du Saix au moment du jour de l'an.

Enfin Mistral, réclamant l'envoi de gravures promises pour le Museon, annonçait à Mariéton que l'Opéra-Comique allait reprendre « Mireille », « telle qu'elle était au début » et qu'Albert Carré lui demandait à ce sujet, des renseignements et des conseils. Mistral avait adressé à Mariéton son correspondant : « Vas-y s'il t'appelle, disait-il à son ami, pour moi et pour la Cause »... Si bien que la fin de l'année trouvait encore le Chancelier à Paris.

OU il

1901. — Après l'ordinaire séjour à Nice, Mariéton était de nouveau, en février, à Paris où la Commission d'Orange allait décider s'il

y aurait, en 1901, des représentations à Orange. Le projet d'y monter officiellement « les Barbares », de Saint-Saëns, échoua, après plusieurs réunions, pour des raisons financières, le directeur de l'Opéra demandant une subvention de 90.000 francs. Les Chambres votèrent bien un crédit qui devait, à l'avenir, assurer au chorège le paiement d'une partie des frais nécessaires, mais la Commission fut d'avis de ne rien organiser avant 1902. Mariéton estimait qu'il était dommage, pour le maintien de l'œuvre, de ne pas donner au moins une tragédie, mais que, d'autre part, n'avoir qu'une seule soirée serait se diminuer. La décision prise n'empêcha pas les drames et les comédies d'affluer à la Richepansière en vue du prochain cycle.

En mars, la mort subite, à Avignon, de Félix Gras, obligea Mistral à convoquer le Consistoire pour nommer un Capoulier. A propos de cette élection, fixée au 21 avril, Léon de Berlue écrivait :

Celui que vous mettez au premier rang (le capitaine Groslong, en littérature Pierre Dé voluy), n'est nullement empêché par ses

épaule l tes; il le dit lui-même. J'espère que nous pourrons donner comme un seul homme en faveur de ce vaillant. Une campagne commencera dans la presse d'Aix, Avignon, Digne, Apt, etc., et si Mistral laisse voir ses préférences, les autres candidatures provençales seront neutralisées. La lutte, en somme, sera entre Provence et Languedoc. On ne pourra guère blâmer ceux qui préféreront leur pays; c'est la raison d'être du régionalisme. On se prend plutôt à regretter que le Statut félibréen n'ait pas établi entre les provinces une simple fédération laissant à chacune son Capoulier et sa liberté de mouvements. Cela viendra un jour par la simple force des choses. En attendant, on devrait décider que, tour à tour, le Capouliérat passera d'une rive à l'autre du Rhône. Les élections seraient alors faites en dehors des rivalités particularistes. Quant à moi, le fardeau qui me parut trop lourd jadis m'est impossible maintenant. J'entends mourir félibre en chambre, sans le moindre panache.

Mistral passait en revue les candidats : de Berlue avait refusé ; Arnavielle était impossible, les rouges crieraient à la réaction; Tavan n'était pas en situation. Et il se décidait pour Dévoluy, «'excellent félibre et écrivain », avec qui « la Capitale resterait à Avignon ». Celuici fut élu, mais bientôt l'odieuse politique intervint et le Maître déplorait un article de journal qui jetait « un vilain bâton dans les roues » du nouveau Capoulier en affirmant qu'il n'était pas « dreyfusard ».

Mariéton, qui avait assisté à la réunion du Consistoire à Arles, puis séjourné quelque temps à Nice, repartait, en mai, de Paris pour Pau, où avait lieu la Sainte-Estelle. De Pau, il écrivait à sa mère :

Nos fêtes ont été superbes. La reine n'est pas venue, mais Philadelphe l'a très agréablement et très glorieusement remplacée, avec M"1' Mistral. Hospitalité magnifique, très grand concours de félibres, banquets... un peu pénibles, pour le chancelier surtout qui les dirige et ne peut donner la parole à tout le monde, mais très importants pour

la Cause. Mistral rayonnant. Belle campagne en somme. Philadelphe a eu autant de succès que de charme. La vraie muse royale de ces fêtes de son pays ! — Mon bouquin va vite paraître; il est urgent, devant cet épanouissement du Sud-Ouest et pour l'explication des tendances nouvelles du Félibrige. Mistral seul comprend et trouve excellent mon titre « La Provence Nouvelle » (dans le sens d' « Arcadie », de « vita nuova*»).

Puis, au sujet de certains propos tenus à Lyon sur son compte :

Vraiment j'ai droit autour de moi à plus d'égards. A quarante ans bientôt, et n'étant point n'importe qui, je me sens tous ces Lyonnais par trop gratuitement dédaigneux... Nous avons passé trois journées charmantes ici (les Mistral, les Réquier et Dévohiy).

D'autres lettres résument le journal de sa vie à Paris; elles ont trait à la première de « Quo Vadis » (17 mars); à la Comédie-Fran-

eaise « frappée à la tète par la mort de Got et de Croisette » :

27 mars. — Mounet-Sully m'a mené souper dans une brasserie du Chàtelet dont il aime la bière digestible. La vue de sa rosette l'attriste : « Elle me donne, dit-il, pour la première fois, l'impression d'être vieux ». L'état d'âme de Mistral et ses réflexions quand il reçut la rosette. Mounet vient d'avoir 60' ans. Il n'en est pas moins d'une beauté unique, ce génial artiste, ce charmant homme... Je vis solitairement. Léon, enfermé dans son travail de polémique et de politique, ne voit personne.

31 mars. —Passé la soirée chez les Villeneuve, à causer avec leur nièce, la princesse Marie Bonaparte, fille de Roland. C'est une belle jeune fille de vingt ans qui, je crois, fait son entrée dans le monde. Elle est d'une vivacité d'intelligence et d'une santé morale autant que physique tout-à-fait surprenante. Une Bonaparte avec un cerveau, quelqu'un de rare et de charmant. Sa tante l'adore et

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est un peu sa maman. Villeneuve, qu'on n'aime guère dans la Société, parce qu'il est indépendant et sec, m'a toujours plu par ses goûts très provençaux et par le côté archiviste (à la Stendhal et à la Berlue à la fois) qui est dans ses habitudes. Il est resté très Aixois, très félibre.

Juin. (A son père.). — Je ne suis sorti, depuis cinq jours, que pour le baptême — charmant — de Marinet (le fils d'Auguste Marin). Je travaille presque uniquement à <( La Provence Nouvelle » qui t'est dédiée. J'ai établi mes dossiers sur les chaises et meubles; au Saix, j'ai trop d'archives pour pouvoir finir, je voudrais toujours revoir ceci ou cela... Je vais vous envoyer, demain, une deuxième caisse de bouquins, afin de pouvoir disposer de tous les sièges pour la documentation de mon coup de feu final.

Juillet. — J'ai aussi un gros volume de vers tout prêt — le journal d'une âme — mais que je ne publierai que mélangé de prose, plus tard. Pour le moment, j'en détache

quelques morceaux pour diverses revues, la « Revue de Paris » notamment, qui en donnera trois ou quatre pages pendant les vacances.

A la fin de juillet, ce fut, comme d'ordinaire, le repos au Saix :

Je vais à Amphion (écrit-il du Saix à Critobule). Songe donc : pas bougé d'ici depuis six semaines! Je passerai samedi par Lyon et sans doute bifurquerai-je, à Perrache, pour deux ou trois jours, vers la Richepansière, avant de filer sur le Léman où je compte rester une quinzaine.

A la Villa Bassaraba, il s'amusait « à faire de la musique avec la princesse, c'est-à-dire que je l'accompagne, au hasard, sur un second piano. Elle aime ce sport mariétonesque ». Il écrivait encore à Critobule :

Voilà seize ans que j'ai l'habitude d'un séjour septembral dans cette maison de

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l'amitié et de l'Art. Les enfants ont grandi : Constantin vient d'être élu député roumain, à 25 ans; les deux filles sont mariées, Anna de Noailles est même célèbre, tu le sais; la maison est restée la même. Plusieurs de ses vieux habitués sont morts : Caro et sa femme, Saint-Amand, le Prince de Polignac, Delpit, Etincelle; plusieurs ne viennent plus: Paderewski (remarié), Vogué (de plus en plus aigri contre sa destinée), Vencker, le prince Vogorïdy (mariés, c'est-à-dire désorientés), le père Dessus (dont je t'ai transmis jadis quelques memoranda curieux), aussi vert et plus boudeur que jamais avec ses 80 ans — incompatible qu'il est aux idées peu cléricales de la jeunesse. Le dreyfusisme, ici comme ailleurs, a tout classifié... Mais l'âme indulgente et charmante de la maison est toujours là, l'exquise princesse Brancovan qui a reflété son charme sur tous ses enfants, si également bons et sincères. Pas l'ombre de snobisme à la Villa Bassaraba.

Tout le monde « littérarise » dans la maison. As-tu lu « le Cœur innombrable », de MIT,e de Noailles? Un des plus beaux livres en

vers de cette année, à coup sûr le plus étonnant recueil d'une femme, depuis « Posthuma » de Mme Valmore, et les « Pensées philosophiques » de Mme Ackermann. Elle l'a composé entre 18 et 21 ans; c'est exquis de sensibilité délicate et profonde. Hélène de Chimay, sa sœur, a la cervelle plus raisonneuse; « Gœthina » comme je l'avais surnommée enfant (alors qu'à 13 ans elle écrivait en cachette un « Traité de la Volonté ») prépare son livre elle aussi, mais sûrement philosophique... Je t'envoie ces pattes de mouches oubliées sur mon bureau. Je rentre au Saix où se trouvent MmeBoissière,déjà installée à mon départ, Philadelphe la Pyrénéenne, son mari et leur fille, M. et M'110 Franklin-Grout (l'ex Mme Commanville-Flaubert). — Raconte-moi, je te prie, tout ce qu'on t'aurait dit, cet hiver, de mes « projets prochains ». Je flaire en effet pas mal de potins lugduno-foréziens à mon entour.

Au même, du Saix, le 22 octobre :

Quant à mes vers, j'ai fini par m'apercevoir que j'en avais mes tiroirs si pleins que

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je pouvais songer à un nouveau recueil, une dernière fois pour toutes. Car mon « genre ■ est peu compatible avec la « gravité de l'âge ». Mais voilà le malheur : j'ai perdu (mettons « passé » seulement) le meilleur de ma vie recueillie (le côté Saône) à tenir le journal de mon âme. Ces intimes memoranda, aussi nombreux bientôt que les papiers de Stendhal et fort inégaux (tu causes!) figurent dans mes archives en de vastes enveloppes jaunes ou en de noirs agendas in-8° qui portent invariablement cette suscription : « à brûler sans lecture en cas de mort ». Or mon père me reproche sans cesse de ne pas le faire jouir de mes griffonnages. Le retard de mes grands bouquins l'exaspère, celui surtout de cette « Provence Nouvelle » qui lui est dédiée et que j'ai, chez Duc, en cours d'impression depuis... des mois. Dans ces conditions, pourquoi ne pas détacher un millier de rimes de ce diario (probablement condamné) de ma vie intime, où alterneront prose et proses, vers libres et orthodoxes, pensées, réflexions, lettres, que sais-je?... El voilà pourquoi j'ai doublement regretté de

te manquer l'autre jour, mon vieux Critobule. Mais ne peux-tu pas venir toi-même, ne fût-ce que pour 48 heures et pour causer un peu à loisir.

Tu trouveras encore ici l' aimable M" Franklin-Grout qui t'intéifessera avec tous les souvenirs de son oncle Flaubert (il y aurait les plus belles interviews du inonde à lui prendre... si on avait le temps) et la géniale et brave Philadelphe, avec son mari et leur fille. Cette Philadelphe est quelqu'un, quelqu'un d'attachant et de rare. Tu sais l'admiration de Mistral pour la félibresse et sa haute admiration pour la femme. 11 dit même à qui veut l'entendre que c'est la poétesse la plus géniale du siècle. Son ami, moi aussi, depuis pas mal d'années, j'ai achevé de me lier de sympathie avec elle lors de son séjour de l'automne dernier à Paris.

Tu sympathiseras violemment avec cette jeune sibylle, si j'en juge par ce que je sais de vos natures étonnamment parallèles. Il n'est pas jusqu'à ton sentiment sur les vers de M'"° de Noailles qui ne se soit trouvé identique au sien. Je ne m'étonne point de cette

opinion de sa part : bien factice, pense-t-elle, trop littéraire, trop peu senti. Artiste profonde, poète sincère, âme encore bien près du peuple, le philosophisme éparpillé de cette sensibilité cosmopolite la choque d'instinct. Il est cependant une ou deux qualités rares dans ces poésies : l'accent de facture qui est d'un timibre précieux, la saveur acidulée, végétale de la langue, je ne sais quoi de « verd », de « nud », de « crud » qui saisit à première lecture le palais blasé. La suite à demain...

Au même encore :

Je pars demain soir pour Paris. Je te continuerai ma chronique. J'emporte, transcrit (par la plume du brave Réquier), mon poème platonicien. C'est peut-être beaucoup de vers « intimes ». Mais « Poésie est délivrance » et l'extériorisation ne me fait plus peur. Que dis-tu de ce titre : « Hippolyta » ? Je n'ai rien annoncé encore ; donc, « inter nos ». Et ton avis.

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Peu après, Mariéton fut chargé par le Capoulier,qui le déclarait « le plénipotentiaire du Consistoire à Paris », de présenter au Ministre compétent une requête provoquée par Arnavielle et le frère Savinien, approuvée par Mistral et signée par un grand nombre de félibres, requête tendant à ce que le provençal ait « la porte ouverte dans les écoles primaires ». A propos de cette démarche, le Capoulier se plaignait de Y « incroyable inertie des Félibres » et souhaitait « une révision du Statut déclaré désormais inviolable et quelqu'un chargé de le faire respecter ». Plus tard il déplorait encore « le demi-geste perpétuel qui semble être le lot du Félibrige » et qui le réduisait malgré lui au rôle de « Capoulier-fainéant ».

Les lettres de Mariéton pendant cette fin

I d'année ont surtout trait à son volume qui s'imprime :

Vieux Critobule, que deviens-tu ? Ce petit mot pour l'annoncer que mon bouquin va P. MARIÉTON, t. II. |3

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être incessamment livré à l'imprimeur.

Quant à mon titre ? « Hippolyta » te plaît-il toujours? Rivollet a bien voulu passer tout un soir à lire mon fatras et m'a engagé à grossir le volume de toutes les pages rythmées mais non rimées (des vers blancs quoua!) qui alternent avec les poésies dans ce journal intime. Qu'en dis-tu, cher ami? J'ai provisoirement résolu de publier les poèmes sans rimes imprimés en italiques, pour les différencier du reste du recueil... J'ai rependu la crémaillère, hier jeudi, à la Richepansière. Savoure ce ragoût de convives : Mlle Hatto, Mounet-Sully, Brancovan, Mme de Nuovina, Gailhard (le directeur de l'Opéra), Jean Lorrain et Gheusi, l'auteur des « Barbares ». Que n'étais-tu là, mon Critobule?

21 octobre. — J'ai assisté, hier, à la répétition des « Barbares » à l'Opéra. Soirée . magnifique. J'étais entre Saint-Saëns et Sardou dans la loge de Gailhard qui m'y avait convié à titre de « prince d'Orange ». Œuvre classique, çà et là très forte, la plus pure de Saint-Saëns, je crois, au théâtre — pour quoi

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il est peu doué — et qui, constamment, évoque des bas-reliefs antiques tels celui que nous aimons : Hermès-Psychopompe ramenant Orphée à Eurydice. Le livret, par exemple, est « coco » et gâte l'impression totale... T'ai-je dit que le brave Marin avait quitté le « Journal » depuis un mois ? Ce congé, ajourné trois fois, était inévitable; il avait affaire à de vulgaires entrepreneurs à l'année, au mois, à la semaine...

27 octobre. — Je travaille, depuis mon arrivée, solitaire et l'esprit libre, comme il faut être pour ce « livre subtil » qui s'achève, mon chef-d'œuvre (!!) sans doute! Si l'on n'avait pas cet exaltant précieux?on ne s'attacherait point à de tels ouvrages...

Son père était resté le financier de jadis, laborieux, actif et minutieusement exact ; il s'impatientait une fois de plus de ces retards. Il lui tardait de voir aboutir enfin tant de projets, de lire les livres annoncés depuis si longtemps. Son désir était toujours que son fils fût obligé à un travail plus régulier, le forçant à produire et à publier. D'autre part Mariéton,

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lout en menant une existence fort simple et des plus rangées, devait cependant faire à Paris toutes les dépenses que nécessitaient sa situation et ses relations, dépenses très souvent accrues par sa générosité et par l'impossibilité où il fut toujours de rien refuser à des amis ou même à des camarades malheureux. A quelques reproches qui lui avaient été faits à propos de son budget, il répondait à sa mère, au cours d'une longue lettre :

Le journal, où je n'étais pas libre, (le journal lyonnais qui donnait ses « Impressions de Paris »■) voulait certaines chroniques d'actualité dans un certain esprit; maintenant, il n'en veut plus. Et ceci m'empêchait de faire mes livres. Je ne regrette rien. N'ayant pas l'intention de renoncer à une carrière que mes prochains livres annoncent plutôt bien et voulant, sans faire un centime de dettes, vivre de ma vie normale dans la parfaite respectabilité que j'ai toujours gardée, je choisirai donc, prochainement, entre deux ou trois situations de presse fixes que j'ai en vue. Ceci par exemple me permettra

de moins eu moins d'éparpiller ma vie sur le P.-L.-M., mon domicile depuis 15 ans... Je t'embrasse de tout mon cœur.

Mais la correspondance continuait, comme par le passé, confiante et tendre :

1er novembre. — Ma chère mère. Je viens de passer deux heures intéressantes chez Constans, l'ambassadeur. C'est plus que jamais (avec les affaires d'Orient), l'homme du jour. M. Loubet disait de lui, hier, à un ami : « Constans, c'est ma dernière cartouche ». Pour moi, c'est un homme charmant, un « Méridional d'Etat » et qui peut nous être fort utile. Chez lui, c'est un pèlerinage de tous les gens qui comptent sur les variations possibles de demain. Il a une tranquillité, une bonhomie, une autorité incroyables. Un des gros financiers de Paris lui disait : « Revenez, laissez-vous faire! Et les affaires reprendront dans deux jours ».

13 novembre. Je viens de recevoir la visite du grand-duc Paul de Mecklembourg, de passage à Paris incognito sous le nom de

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M. de Malchow. Je le préfère à sa femme, je le trouve même charmant, lui, très allemand, bonhomme et bon compagnon, assez fort d'ailleurs, et comme elle (Mein Schatz! !) passionné pour les choses de l'esprit. Intéressants d'anecdotes tous les deux. Elle est uri, peu agaçante, tourbillonnante à l'excès, malgré son fonds d'Autrichienne confîturière. C'est la « glace à la poire » avec du kirsch autour. Sa vie à Mecklembourg (à Ludwigsluft), m'a-t-il conté, l'ennuie, à cause du peu de ressources. Berlin est à 2 heures d'express; aussi y va-t-il souvent. Mais l'Empereur lui est peu sympathique (quoique cousin germain), comme à beaucoup d'Allemands. Nous avons convenu ensemble que Guillaume II n'était guère « gobé » qu'en France. Il a passé une partie de l'été, à Mecklembourg, avec son frère et sa bellesœur, la petite Reine de Hollande; pour celleci, il n'a que des éloges. Je lui ai dit combien son attitude avec Krùger l'avait fait aimer chez nous... La « Revue de Paris » n'aurait pu me publier que deux pages de vers, en novembre. Ça ne signifiait plus rien. Alors

j'en ai donné six (en petits caractères» soit 11 morceaux) à la « Nouvelle Revue »

d'après-demain. Elle s'est très bien relevée; son tirage est de 4 à 5.000. La « Revue de Paris » ne dépasse pas 3.000, dit-on. Les revues ont tant perdu. Croirais-tu que les actions de la « Revue des Deux-Mondes » qui ont valu 80.000 francs, n'étaient plus que de 11.000 à la dernière assemblée. Elle ne tire plus qu'à 7.000, après avoir été à 24.

Décembre. — Je suis dévoré d'épreuves, de corrections et par conséquent de scrupules. Mais, pour les vers, peu importe le moment; la poésie est durable ou n'existe pas... A bientôt, pour Noël.

22 décembre. — Je suis dans les épreuves jusque-là. J'aime assez les épreuves; je ne me sens écrivain que là. Ça paraîtra avant la fin du mois, la mise en vente sera pour après le jour de l'an... Tu sais le mariage de la petite Reine ? Elle m'a écrit très amicalement pour m'annoncer la chose. Elle est ravie; je l'ai félicitée dare-dare... La géniale Aurcl est à Vence, très inquiète de son

mari. Je vous quitterai le 9 janvier, el vous reviendrai, pour un vrai séjour, au début de février.

28 décembre. — Je ne peux pas partir ce soir. Je dois voir demain le ministre pour lui remettre officiellement la requête du Félibrige en faveur de l'enseignement primaire. Puis j'ai ma 3e feuille — en tirage lundi — à surveiller. J'emporterai les épreuves à Nice. J'arriverai mardi.

Le 3 décembre, Mistral avait écrit à Mariéton à propos du prix Nobel qui, disait-on, venait de lui être décerné :

Je ne t'ai pas écrit au sujet du prix Nobel, parce que je n'en sais pas plus que toi. Seulement la dépêche singulière qui me l'at- Iribuait a fait pleuvoir sur Maillane une averse de félicitations... et de sollicitations ! Si bien qu'à cette heure j'ai environ 250.000 francs de requêtes, suppliques et demandes. Que serait-ce donc, si la chose se confirmait ! Or en ce cas, dont je doute fort, je suis bien décidé à faire bénéficier la Cause de la

manne inespérée, et, en cette occurrence, tu m'aiderais de tes conseils. Seulement, comme il faut tout payer, devenu, par le fait, l'offîcier-payeur du Félibrige, adieu loisirs, adieu chansons !

Mistral eut bien le prix Nobel et ce prix — on le verra plus loin — fut dévoré par le « Lion d'Arles », par le « Museon Arlaten ».

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La Bibliothèque

Université d'Ottawa

Échéance

The Library

University of Ottawa

Dote due

a39003 00U5760*tb

CE pc 3402 .M3V5 1920 V002 C00 VlALt EUGENE ACC# 1191250

PAUL KARIETO

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