LE REPOS DEVANT LA GRANGE
(Collection du Duc d'Arenberg.) .
une telle ingénuité, qu'en regardant ses tableaux, on s'intéresse à elles, à leur vie paisible et qu'on pénètre avec lui dans ce monde nouveau, à la fois très proche et très différent du nôtre dont il nous révèle les mystères et la poésie inconsciente. On s'oublie, comme il s'oubliait lui-même, en face de quelques vaches paissant ou dormant en liberté, sous la lumière à demi voilée d'un ciel hollandais. Si elles ne vous attirent guère au passage, ces fidèles images vous retiennent et plus vous les regardez, plus vous vous sentez pénétré par la vérité et la force de l'impression qui se dégage des œuvres de l'artiste. Potter cherche tellement à s'effacer que vous vous croyez en leur présence en face de la réalité elle-même, mais résumée, condensée etcomme transfigurée par son génie. Des affinités si nombreuses et si étroites entre le talent de Potter et la nature dont il s'inspirait, préparaient ses compatriotes à le comprendre et à l'apprécier. Aussi n'a-t-il pas connu la misère dont la plupart des peintres, ses contemporains, ont été victimes. Il a eu, de son vivant même, des admirateurs et, sans atteindre des prix élevés, ses œuvres étaient recherchées. Leur prix d'ailleurs a toujours été en augmentant. Telle de ses toiles acquise en vente publique pour 250 florins en 1716, atteignait un chiffre double en 1780. Un Paysage avec des animaux de la collection van der Pot à Rotterdam était payé 28 000 francs en 1808, et à la vente de la collection van Brienen en 1865 des Animaux effrayés par l 'orage étaient poussés jusqu'à 35100 francs et le Repos des pâtres jusqu'à 44 100 francs. Quant aux dessins de l'artiste, les uns
étaient des études d'après nature, faites pour lui-même; d'autres, qui portent sa signature, ont été exécutés pour des amateurs, et le Troupeau de Porcs daté de 1644, de la collection de Chantilly, avait été acheté 'par M. Reiset 2 325 francs à la vente Glaussin en 1844.
Potter n'a pas été le seul à pratiquer dans son pays la peinture d'animaux, et avec des aptitudes et des mérites plus variés, Cuyp et Adrien van de Velde y ont excellé comme lui. Mais en restant exclusivement un animalier, il a mieux que ses émules pénétré et exprimé la vie intime des bêtes, et montré quelle infinie diversité comporte le genre restreint où il s'est cantonné. Dans la riche floraison de l'École hollandaise, qui sans lui serait incomplète, il a, comme La Fontaine dans notre littérature, créé des chefsd'œuvre très personnels dontlaperfection relève et dépasse l'humilité des sujets qu'il a traités. En dépit de sa courte existence, il a courageusement rempli sa tâche et réalisé son dessein.